Jeune homme d'affaires consultant des cotes boursières.
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Dans un article publié dimanche par La Presse, la chroniqueuse économique Stéphanie Grammond se dit « troublée » de « voir de jeunes investisseurs sans la moindre expérience jouer à la Bourse comme à des jeux vidéo ».

Or, s’inquiète-t-elle, si nombre de Y ont abandonné leur console au profit d’applications leur permettant de réaliser des transactions boursières sans payer de commission, comme Robinhood, un tel changement ne va pas sans risques pour eux. Souvent attirés par les titres de la « nouvelle économie », qui ont explosé depuis le début de la pandémie, notamment Amazon, ces « self traders » sont particulièrement accros aux valeurs liées aux nouvelles technologies.

Et jusqu’à aujourd’hui, reconnaît Stéphanie Grammond, il faut dire que le marché leur a donné raison. En effet, note-t-elle, la spectaculaire remontée boursière à laquelle on a assisté au cours des tout derniers mois repose avant tout sur « une poignée de titres de technologie ».

LES VALEURS TECHNOS ONT LE VENT EN POUPE

Concrètement, les six géants technos américains (Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Google et Microsoft) représentent désormais le quart de l’indice S&P 500 de la Bourse américaine, alors que les autres secteurs demeurent peu attractifs. Cité par la chroniqueuse, Mathieu Savary, stratège à BCA Research, relève que « la valeur médiane de l’ensemble des entreprises de la Bourse américaine reste de 25 % en dessous de son sommet historique ».

Autrement dit, souligne La Presse, c’est bien le secteur des nouvelles technologies qui mène la danse, et pas uniquement aux États-Unis. Dans les pays émergents, six poids lourds dans ce domaine (Alibaba, Tencent, TSMC, Samsung, Naspers et Meituan-Dianping) tournent ainsi à plein régime, au point qu’ils pèsent aujourd’hui près du quart (24 %) de l’indice MSCI des marchés émergents.

Au Canada, la technologie est moins présente à la Bourse, ce qui explique sa relative sous-performance par rapport à ses homologues américaine ou chinoise, par exemple. Cependant, nuance Stéphanie Grammond, le titre de Shopify a quand même « offert tout un feu d’artifice aux investisseurs » d’un océan à l’autre, puisque la société représente désormais plus de 6 % de l’indice S&P/TSX composé. Un résultat exceptionnel qui lui a valu de devenir l’entreprise canadienne ayant la valeur boursière la plus élevée, devant la Banque Royale.

Même si on reste encore loin de la situation qui prévalait à l’époque de la bulle des technos, à la fin des années 1990, cette concentration de la performance boursière dans un petit nombre de titres liés à la « nouvelle économie » devrait néanmoins faire réfléchir les apprentis investisseurs, met en garde la chroniqueuse. En effet, rappelle-t-elle, l’une des 10 règles de base du célèbre homme d’affaires américain Bob Farrell, « suivies par les marchés financiers comme les Dix Commandements », stipulait que « les marchés sont plus forts lorsqu’ils reposent sur des assises larges, et plus faibles lorsqu’ils se restreignent à une poignée de blue chips ».

« LA BOURSE PEUT CONTINUER SON CHEMIN »

Si on se fie à cette remarque, poursuit Stéphanie Grammond, l’insolente bonne santé affichée en ce moment par plusieurs grandes Bourses mondiales ne serait donc qu’un leurre. « Comment expliquer le fait que les indices boursiers ont pratiquement récupéré toutes leurs pertes, du moins aux États-Unis, alors que l’économie reste plongée dans un marasme sans précédent depuis la Grande Dépression? », s’interroge-t-elle. Réponse de Mathieu Savary : « Les banques centrales ont injecté énormément de liquidités dans le marché. Et les taux d’intérêt se sont effondrés partout à travers le monde. »

Résultat : cet afflux de capitaux a fait bondir le prix des actions. La raison? Les investisseurs n’ont pas d’autres possibilités de placement, puisque les obligations ne rapportent plus aujourd’hui que des miettes. « D’un point de vue purement mathématique, la baisse des taux d’intérêt profite davantage aux actions de technologie, dont la valeur repose sur la croissance potentielle des profits. Les taux d’intérêt plus faibles font grimper la valeur actualisée des profits que ces entreprises engrangeront dans le futur », analyse la chroniqueuse.

Dans un contexte de taux d’intérêt historiquement bas, la bonne santé générale de la Bourse et en particulier celle des actions liées au secteur des nouvelles technologies ne semble donc pas si irrationnelle, soutient Mathieu Savary.

Conclusion de Stéphanie Grammond : « Tant qu’il n’y a pas d’inflation en vue, tant qu’il n’y a pas de remontée des taux d’intérêt à l’horizon, la Bourse peut continuer son chemin. Il y a trop de liquidités dans le marché, trop d’investisseurs institutionnels qui ont raté la récente remontée et qui ne veulent pas manquer la prochaine vague. »