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La collecte de données « alternatives », c’est-à-dire autres que purement financières, constitue un enjeu de plus en plus important pour les gestionnaires d’actif soucieux de se démarquer par rapport à la concurrence, rapportent Les Echos.

Qu’il s’agisse d’articles de journaux ou de magazines, de données publiques diffusées sur le Net ou de commentaires publiés dans les réseaux sociaux, de factures, de brevets ou de flux de marchandises, ces informations leur permettent en effet de mieux connaître les compagnies auxquelles ils pourraient un jour avoir affaire.

Le quotidien économique français relève par exemple que Goldman Sachs Asset Management (GSAM) analyse chaque année à lui seul quelque trois millions de brevets, un million de rapports d’analystes et 26 millions d’articles de presse rien qu’aux États-Unis. L’enjeu étant « d’analyser quasi instantanément tout texte écrit par ou à propos d’une entreprise pour en déterminer la teneur et le ton », avec pour objectif de « capter un maximum d’informations ».

DES MILLIONS D’INVESTISSEMENTS

Le problème, souligne le journal, c’est que recueillir, trier puis classer une masse aussi considérable de données du genre en vue de l’intégrer à un modèle financier ne va pas de soi, en plus de nécessiter des millions de dollars d’investissements en recherche,  main-d’œuvre spécialisée et équipements. Résultat : plusieurs gestionnaires d’actif ont recours à des prestataires de services extérieurs au secteur financier.

« Une taille critique est nécessaire pour rentabiliser l’investissement », explique dans Les Echos David Wright, directeur produit à Systematic Active Equity (SAE), une filiale de BlackRock vouée à la gestion quantitative qui gère actuellement 100 milliards de dollars d’encours. SAE dispose ainsi d’une équipe de 70 personnes, dont 25 se consacrent exclusivement à la recherche de données alternatives, et dont plusieurs possèdent une formation en science informatique. Systematic Active Equity dispose en outre d’une équipe de soutien informatique forte d’une trentaine d’employés mises à sa disposition par BlackRock.

De son côté, Goldman Sachs Asset Management a mis sur pied une équipe, Quantitative Investment Strategies, dont les effectifs sont supérieurs à 200 et qui est responsable d’administrer environ 165 milliards de dollars d’encours. « L’une des principales difficultés est de gérer d’importantes quantités de bases de données très variées, de les structurer et d’en extraire un signal d’investissement », souligne Yacine Bouhmarat, directeur pour la France et le Benelux de GSAM.

CONCURRENCE CROISSANTE

En effet, poursuit le dirigeant, le modèle du gestionnaire américain scrute aujourd’hui plus de 13 000 entreprises et utilise environ 150 critères, dont la moitié concerne des bases de données alternatives. Or, souligne-t-il, toutes les informations recueillies ne sont pas forcément intéressantes et ce processus est en constante évolution, car les équipes de recherche de GSAM explorent régulièrement de nouvelles avenues. « Nous étudions entre 15 et 30 nouveaux critères chaque année, parmi lesquels trois à cinq sont finalement introduits dans les modèles », détaille Yacine Bouhmarat.

Si le coût moyen de ces bases de données tourne autour de quelques centaines de milliers de dollars, certaines dépassent cependant la barre du million, notent Les Echos. « La concurrence est croissante, en particulier vis-à-vis des fonds spéculatifs », constate David Wright. Celui-ci indique qu’il utilise aujourd’hui plus d’une centaine de fournisseurs de données, comparativement à une dizaine il y a 15 ans. Et, chaque semaine, sa compagnie rencontre en moyenne deux sociétés désireuses de lui vendre leurs données, ce qui représente plus de trois téraoctets de données par jour. Malgré tout, David Wright estime qu’il ne s’agit là que d’un début. « Nous avons seulement effleuré la surface en termes de données exploitables  », conclut-il.