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Le traditionnel portefeuille 60/40 est-il mort? C’est ce qu’affirment nombre d’acteurs de Wall Street. La perspective d’une faible croissance économique et d’une forte inflation assombrit les perspectives des actions comme des obligations, obligeant de repenser certaines stratégies.

Le portefeuille avec 60 % d’actions et 40 % d’obligations était devenu le favori des investisseurs de détail ces dernières années offrant une belle croissance grâce aux actions, mais également une certaine stabilité due aux obligations. Le prix de ces dernières évoluant dans le sens inverse de celui des actions, elles permettaient de stabiliser les rendements. Sauf que la situation économique a changé, note l’économiste Allison Schrager, dans un article d’Advisor Perspectives.

En effet, lorsque l’économie ralentit et qu’au contraire, l’inflation augmente, les actions peuvent chuter en même temps que le prix des obligations annihilant ainsi l’objectif du portefeuille 60/40.

Même avant la pandémie, le structure des portefeuilles était remise en question en raison des rendements anémiques des obligations, alors que les actions explosaient. La tradition irait vers davantage de risques. Certaines banques proposent déjà de placer des actifs plus risqués, comme des obligations d’entreprise à haut rendement ou des biens immobiliers, dans la partie la plus sûre du portefeuille (40 %) afin d’améliorer les rendements. Mais cela réduit la stabilité du portefeuille, note Allison Schrager.

Selon elle, le plus simple serait de reconnaître que la sécurité est plus chère et d’accepter plus de risque en adoptant par exemple une stratégie 70/30.

Toutefois, l’économie post-pandémique pose un nouveau défi. L’inflation devrait se traduire par une baisse des prix des obligations en raison de la hausse des rendements, et si une inflation plus élevée persiste pendant quelques années, les prix des obligations pourraient devenir plus volatils et offrir moins de protection contre le risque lié aux actions. Une situation qui pourrait durer des années, voire des décennies, mettant ainsi fin à la « protection » qu’offraient les obligations.

Allison Schrager propose donc d’investir dans des actifs qui conserveront leur valeur dans un contexte de forte inflation, comme les titres du Trésor protégés contre l’inflation (TIPS). Ces derniers étant trop jeunes pour avoir déjà connu la stagflation, difficile de savoir exactement comment ils se comporteront si la situation se présente. Toutefois, l’économiste estime qu’il y a de fortes chances qu’ils conservent leur valeur mieux que les obligations nominales et qu’ils constituent une couverture contre une éventuelle stagflation.

Seul inconvénient, les TIPS pourraient augmenter de prix, puisqu’ils sont l’un des rares actifs à l’abri de l’inflation. Ce qui ferait qu’un portefeuille 60/40 avec beaucoup de TIPS du côté « sûr » n’offrira probablement pas beaucoup de rendement. Toutefois, lorsque les corrélations actions/obligations s’inversent, la protection est plus difficile à trouver, donc toute stratégie offrant une certaine couverture sera nécessairement coûteuse.

Ainsi, de nombreux investisseurs ne pourront plus se permettre une répartition 60/40 et devront accepter plus de risques. La question à se poser est donc : est-ce que vos clients pourront supporter quelques années difficiles sur les marchés, ou ont-ils besoin rapidement de leur argent? L’autre solution c’est qu’ils soient prêts à renoncer à une partie de la hausse des marchés pour une sécurité relative. Évidemment, aucune réponse toute faite n’existe.

Ce qui est sûr, c’est que la sécurité se fait plus coûteuse et que vous devrez évaluer les compromis avec chacun de vos clients pour trouver la meilleure solution selon leur réalité respective.