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Si elles ne veulent pas risquer de perdre jusqu’à un tiers de leur clientèle fortunée, les banques privées ont intérêt à mieux évaluer l’incidence environnementale ou sociale de leurs investissements, avertit Bloomberg.

Dans un article publié vendredi par le Financial Post, l’agence de presse américaine estime en effet que plusieurs riches particuliers partout dans monde désirent désormais que leurs gestionnaires de patrimoine investissent davantage de manière « positive ».

« Certaines des personnes les plus riches du monde pourraient retirer leur argent aux banques privées et aux gestionnaires de patrimoine à moins que ceux-ci ne leur offrent davantage de placements et d’opérations philanthropiques », résume Bloomberg.

Citant Annie Chen, présidente de RS Group, dont la firme d’investissement familiale est basée à Hongkong, l’agence de presse note que malgré la promesse faite par nombre d’établissements financiers privés d’offrir plus de transactions « positives », les banques de première ligne ne font souvent rien dans ce sens. Un avis partagé par plusieurs cabinets de gestion de patrimoine, ajoute-t-elle.

UN CLIENT SUR TROIS PRÉVOIT CHANGER DE FOURNISSEUR

Bloomberg relève que le commentaire d’Annie Chen intervient alors que les banques privées, en particulier dans le monde occidental, se préparent à assurer la transition entre deux générations. Or, souligne l’agence, les jeunes investisseurs expriment souvent un désir de « changer le monde pour le mieux », tout en gagnant bien entendu de l’argent. Et s’ils n’obtiennent pas gain de cause, il semble que beaucoup d’entre eux soient prêts à en tirer les conséquences.

Ainsi, un rapport publié en mai par Ernst & Young (EY) montre que plus du tiers des clients du secteur des services financiers se disent insatisfaits et prévoient changer de gestionnaire de patrimoine au cours des trois prochaines années.

« Vous devriez vraiment améliorer votre façon de voir les choses. Faire de grandes déclarations devant les membres du Forum économique mondial ne suffit pas. Vous devez aussi accorder plus d’attention et de moyens financiers à vos employés gestionnaires de patrimoine qui travaillent en première ligne, et faire en sorte qu’ils soient réellement formés pour proposer à leurs clients des occasions d’investissement durable », a déclaré Annie Chen à l’occasion d’une conférence de l’Asian Venture Philanthropy Network, qui se tenait la semaine dernière à Singapour.

Même son de cloche du côté de la fondation américaine William and Flora Hewlett. Mise sur pied par le cofondateur de la firme Hewlett Packard, celle-ci gère près de 10 milliards de dollars et a accordé environ 410 millions de subventions et de dons l’an dernier.

« Une grande partie de notre travail sur le climat se concentre désormais sur la nécessité d’amener les banques, qu’il s’agisse de banques de détail ou de banques d’investissement, à changer de mentalité. Et dans la mesure où leurs clients veulent faire de la philanthropie, elles devraient les y aider », plaide le président de la fondation, Larry Kramer.

7 000 G$ D’ACTIFS NETS À INVESTIR D’ICI À 2021

Le « principal casse-tête » auquel est confrontée la Standard Chartered est l’incapacité de son personnel de première ligne à offrir une meilleure information aux clients, confirme à Bloomberg Didier von Daeniken, responsable mondial de la division gestion de patrimoine de la banque privée britannique.

« Si nous ne faisons pas les choses correctement, nous risquons de ne pas être en mesure de conserver nos clients à l’avenir », met-il en garde. Un risque qu’aucune banque privée ne peut se permettre de prendre : selon les données d’EY, les particuliers fortunés disposeront de près de 7 000 milliards de dollars américains d’actifs nets à investir d’ici à 2021.

Pour profiter de cette manne, Didier von Daeniken explique que la Standard Chartered forme aujourd’hui une cinquantaine de banquiers, soit environ 15 % de sa force de vente de première ligne en gestion privée et gestion de patrimoine, à devenir des experts dans le domaine des investissements à incidence « positive ».