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Peu après le partenariat conclu entre RBC et BlackRock Canada, c’était au tour de CIBC et de la Banque Nationale de lancer leurs premiers fonds négociés en Bourse (FNB). C’est maintenant officiel, toutes les grandes banques canadiennes et le Mouvement Desjardins se sont lancés dans la gestion des FNB. Mais qu’est-ce que cela implique pour la gestion d’actif?

Rappelons d’abord qu’au cours des 50 dernières années, deux événements ont fondamentalement transformé le secteur de la gestion d’actif :

  • L’arrivée des baby-boomers sur le marché du travail vers la fin des années 1960 et la vague de cotisations de retraite qu’elle a impliquée. Cela a permis à de nombreux conseillers indépendants de se lancer dans la gestion d’actif au détriment des compagnies d’assurance, qui jusque-là géraient 100 % des actifs de retraite.
  • En 1990, soit 58 ans après le lancement du premier fonds commun de placement (FCP), toutes les banques étaient sur le marché des fonds. Le secteur des FCP a explosé : son actif est passé de 25 G$ en décembre 1990 à 426 G$ en décembre 2001. Évidemment, cela s’est fait au détriment d’autres produits, notamment les obligations d’épargne.

Le fait que toutes les banques offrent aujourd’hui des FNB aura-t-il un effet aussi considérable? C’est la question à laquelle tente de répondre Mark Yamada, président de PÜR Investing, une entreprise de développement de logiciels, dans un article d’Advisor’s Edge.

M. Yamada remarque que seulement 28 ans après le lancement du premier FNB, toutes les banques ont décidé de lancer leur propre fonds, alors qu’il avait fallu 58 ans avant qu’elles ne proposent toutes des FCP.

LES FNB POUR LES BANQUES

La gestion d’actif et les autres revenus qui ne sont pas dépendants des intérêts représentent désormais entre 43 % et 57 % des recettes totales des banques, soit bien plus qu’il y a 50 ans. Les frais sont donc importants pour les banques et, de ce point de vue, les FNB représentent un certain défi.

Les frais de ce type de fonds sont bien plus bas que ceux des FCP. Le ratio de frais de gestion moyen modéré en fonction de l’actif des FNB d’actions canadiennes à grande capitalisation est de 0,21%, soit entre un dixième et le tiers des frais facturés par des fonds communs de placement comparables, selon la série, explique Mark Yamada.

En plus de rapporter moins, ces produits nécessitent qu’une formation soit donnée aux conseillers qui en proposent. De plus, les FNB les plus populaires sont les FNB passifs, dont la flexibilité de tarification est limitée. Et finalement, ils sont très nombreux, donc le choix est particulièrement difficile pour les investisseurs et les conseillers.

VERS UNE CONSOLIDATION DE L’INDUSTRIE

Le dégroupage des produits et services d’investissement est inévitable du fait de la pression réglementaire mondiale pour plus de transparence. Pour répondre à ce besoin, certaines banques ont décidé de regrouper des FNB dans des FCP.

Les portefeuilles de FNB BMO ont ouvert la voie en 2013 avec cinq fonds communs de placement gérés activement, composés de 10 à 22 FNB BMO. Au début de 2019, Placements CI a lancé cinq portefeuilles de FNB CI Mosaïque suivant le même principe. RBC/Blackrock et d’autres risquent de rapidement imiter cette tendance.

Les FCP de FNB offrent une construction simplifiée du portefeuille et surtout ne nécessitent aucune nouvelle licence ou reconversion pour en distribuer en succursale. Les coûts peuvent également être inférieurs aux FCP comparables. Ainsi, les cinq fonds de la série F du portefeuille de FNB BMO, dont le RFG varie de 0,51 % à 0,66 %, sont en moyenne inférieurs de 43 points de base aux fonds communs de placement de la série F comparables.

Ce groupage de FNB implique également qu’il y aura moins de produits proposés. Les concessionnaires veulent que les conseillers utilisent moins de produits pour limiter leur responsabilité et éventuellement mettre en valeur les produits internes. Cela désavantagera les fournisseurs de produits de niche qui auront du mal à se faire une place. Il risque donc d’y avoir une certaine consolidation de l’industrie.

VERS DES SOLUTIONS PLUS PERSONNALISÉES

Les coûts d’acquisition des clients étant élevés, dans un monde de FNB à faible marge, la rétention deviendra d’autant plus précieuse. Un investissement fondé sur la technologie et basé sur des objectifs qui correspond aux besoins des investisseurs avec des portefeuilles utilisant des FNB pourrait beaucoup améliorer la rétention des institutions financières.

Cette solution pourrait être « vendue » à travers les canaux traditionnels. L’obsession actuelle de la performance pourrait ainsi céder la place à une volonté accrue d’améliorer la probabilité d’atteindre les objectifs du client.

Les conseillers consacreront beaucoup moins de temps à investir et davantage à la planification financière, fiscale et successorale basée sur des honoraires, avec la possibilité de regrouper des services auxiliaires. Ce qui prouve que l’intérêt accru pour les FNB modifiera profondément la gestion des placements.