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Dans Financial-Planning, le PDG de Chaikin Analytics, Carlton Neel, y va d’une prédiction audacieuse : les fonds communs de placement pourraient disparaître en raison de la montée des fonds négociés en Bourse (FNB).

Carlton Neel réagissait ainsi à la récente règle de la Securities and Exchange Commission (SEC) qui facilite et accélère l’arrivée sur le marché de nouveaux FNB. La règle devient aussi moins sévère envers les FNB gérés activement, qui ne sont donc pas liés à un indice spécifique. « C’est probablement la fin de l’industrie des fonds communs de placements », prédit le PDG. 

L’incidence fiscale des FNB est souvent plus efficace que celle des fonds communs et les frais y sont beaucoup plus bas, ce qui explique leur popularité grandissante. Cependant, l’arrivée d’un grand nombre de nouveaux FNB risque de compliquer le marché. Chaikin Analytics a même créé un système de classification et d’évaluation des FNB, afin d’aider les conseillers et leurs clients à s’y retrouver.

MENACE SUR LA CONCURRENCE

Entre 2008 et 2019, les actifs dans les FNB sont passés de 716 milliards de dollars à 5,4 billions (en avril 2019) selon ETF Stream. Ensemble, BlackRock, State Street Global Advisors et Vanguard contrôlent 80 % de ce marché aux États-Unis. BlackRock contrôle aussi 44 % du marché européen.

Les trois géants du FNB aux États-Unis sont devenus de grands actionnaires dans des compagnies aussi importantes qu’Apple, JP Morgan Chase, Citigroup, Ford et GM. Cela soulève des interrogations sur la concurrence, puisque des compagnies qui devraient se faire compétition sont détenues en grande partie par les mêmes actionnaires.

La proportion des entreprises qui sont détenues par les mêmes grands investisseurs est passée de 20 % à 80 % entre 1995 et 2015, selon Eric Posner, professeur de droit à l’Université de Chicago, qui a creusé le sujet. Les fonds indiciels contrôlent 17,2 % des entreprises américaines cotées en Bourse, contre 3,5 % en 2000. 

ENTRAVE À L’INNOVATION

En juin 2019, Matthew Johnston rappelait, sur Investopedia, que cela risquait de tuer l’innovation dans les entreprises, l’un des moteurs du capitalisme. Puisqu’elles sont détenues par les mêmes actionnaires, les entreprises auraient moins d’incitatif à innover pour se mener une chaude lutte.

Depuis 2010, la part des actifs de tous les fonds détenus dans des fonds gérés activement a chuté de 75 à 51 %, alors que celle des actifs qui se trouvent dans des fonds passifs a augmenté à 49 %. 

La nouvelle réglementation qui facilite l’entrée sur le marché de FNB provenant de plus petites firmes vise entre autres à entamer cette domination des trois grands joueurs des FNB sur le marché américain. Atteindra-t-elle son but?