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En date du 21 juillet dernier, les émetteurs ont vendu 13,6 milliards de dollars (G$) d’obligations ESG (environnement, société, gouvernance), soit presque autant que les 15,8 G$ vendus durant toute l’année dernière, un record en bonne voie d’être dépassé, rapporte le Financial Post en citant les chiffres de FP Data.

La demande des investisseurs pour les produits ESG s’accélère en raison notamment de la pandémie qui a mis les projecteurs sur les changements climatiques. Conséquemment, les entreprises et les gouvernements cherchent des moyens de financer leur transition vers des opérations plus propres et plus équitables, écrit la journaliste Stefanie Marotta.

La tendance est mondiale. Les émissions de titres de créance durables devraient atteindre plus de 1 000 G$ US en 2021, une augmentation de 30 % par rapport à l’année dernière, selon un rapport de l’Institute of International Finance.

OBLIGATIONS VERTES

Les entreprises et les gouvernements n’ont plus le choix de mettre en place une stratégie ESG. Telus a déjà franchi le pas et est devenue la première entreprise canadienne à émettre des obligations liées au développement durable. Cela lui a permis de lever 750 M$ en obligations avec un taux d’intérêt variable en fonction des objectifs atteints par l’entreprise. Il sera beaucoup plus élevé si elle ne réussit pas à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

En juin, c’était autour d’Enbridge de vendre pour 1G$ US d’obligations vertes qui visaient des objectifs de réduction des émissions de carbone et d’inclusion de la main-d’œuvre de même que le financement de projets d’investissement et le remboursement de la dette.

La flexibilité dans la façon dont les entreprises allouent les fonds, c’est là le grand avantage des obligations. Ce qui fait dire à Melissa Menzies, directrice associée de la finance durable à la Banque Scotia, que d’autres entreprises du secteur du pétrole et du gaz devraient suivre l’exemple d’Enbridge afin de répondre aux exigences des investisseurs en matière de développement durable.

Le mouvement s’est aussi élargi aux institutions financières, les six grandes banques canadiennes s’étant lancées dans les émissions ESG, ainsi qu’aux promoteurs immobiliers. Selon le Financial Post, Allied Properties REIT a émis 600 M$ d’obligations vertes en février dernier, soit la plus importante émission d’obligations ESG d’une société immobilière au cours des deux dernières années. En juin, Dream Industrial Real Estate Investment Trust en a vendu pour 400 M$.

Le fait que des gestionnaires de fonds mondiaux tels que BlackRock et PIMCO mettent davantage l’accent sur les investissements axés sur l’ESG a marqué un tournant dans le marché de l’investissement durable. Plusieurs caisses de retraite canadiennes, dont le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario et la Caisse de dépôt et placement du Québec, incitent dorénavant les entreprises à normaliser leurs divulgations ESG pour les aider à évaluer les risques lors de leurs investissements.

Il est encore trop tôt pour savoir si les obligations vertes seront réellement efficaces pour encourager les entreprises à atteindre leurs objectifs. La perspective de rater la cible devrait être un incitatif pour les pousser à tenir leurs promesses. C’est leur réputation qu’elles mettent en jeu. Telus en est sûrement bien consciente. C’est sans parler de l’impact financier si elle doit payer des intérêts supplémentaires, conclut l’article.