Plusieurs mains d'hommes d'affaires mettent de la monnaie dans des pots d'où poussent des plantes.
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Dans un contexte de flux record de fonds durables et d’une avalanche de nouveaux produits, les investisseurs s’intéressent de plus en plus aux questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), mais se méfient également de l’écoblanchiment.

Sucheta Rajagopal, gestionnaire de portefeuille chez Research Capital à Toronto, se spécialise dans l’investissement responsable depuis des années, mais elle constate aujourd’hui une « énorme demande », selon ce qu’elle a avancé lors de la conférence virtuelle 2021 de l’AIR qui s’est tenue le 11 juin dernier.

Bien que les clients s’intéressent de plus en plus aux questions de durabilité et à l’investissement ESG, ils restent préoccupés par l’écoblanchiment, a complété Ian Robertson, vice-président, directeur et gestionnaire de portefeuille chez Odlum Brown, qui s’exprimait lors d’un autre panel de la conférence. L’écoblanchiment consiste à faire des déclarations fausses ou trompeuses sur le caractère durable d’un fonds.

Les questions des clients sur l’écoblanchiment tournent autour de deux points principaux, a remarqué Robertson :

  • le processus ESG lui-même, par exemple, les écrans d’exclusion ou l’intégration ESG et l’engagement des entreprises;
  • et les noms des entreprises individuelles dans un portefeuille.

« [Les investisseurs] ont une idée de l’adéquation [d’un titre individuel] à un fonds d’investissement responsable en fonction de leur perception de ce que fait une entreprise et de son comportement dans la communauté. Ils regardent certains titres et se demandent comment ils ont pu se retrouver là, a expliqué Ian Robertson. Il s’agit donc d’éduquer les clients sur le processus [ESG] et de s’assurer que leurs attentes sont conformes à ce processus. »

Michelle de Cordova, directrice d’ESG Global Advisors, convient qu’il peut être difficile pour un conseiller de « marier les sentiments personnels d’un client, ou par exemple ses souvenirs à propos d’une société particulière » avec des recherches objectives suggérant qu’une société se comporte relativement bien par rapport aux critères ESG.

En fin de compte, si un client ne peut pas concilier le nom d’une société particulière dans un portefeuille ou dans un fonds, il peut être préférable de la supprimer ou de trouver un produit plus approprié, a conseillé Ian Robertson.

Bien qu’il puisse être plus difficile de trouver un fonds qui correspond aux valeurs et aux principes de durabilité de votre client, « c’est certainement possible d’autant que l’étiquetage et la disponibilité des produits [ESG] s’améliorent chaque jour », a-t-il ajouté.

Carol Smith, conseillère de l’Association canadienne des courtiers de fonds mutuels (ACFM) au Réseau indépendant de Desjardins Sécurité financière de Lévis, a souligné qu’il était essentiel d’aider les investisseurs à comprendre qu’il n’existe pas de sociétés, de fonds ou de processus parfaits.

Si les préoccupations environnementales ont suscité une grande partie de l’intérêt pour l’investissement ESG, Sucheta Rajagopal a noté que les clients étaient de plus en plus conscients des facteurs « S » dans les investissements. Outre les risques climatiques, les clients s’intéressent à des questions telles que la sécurité sur le lieu de travail et les efforts sociaux des entreprises (par exemple, la façon dont les épiceries traitent leurs employés pendant les fermetures), a-t-elle précisé.

Les clients « établissent un lien entre ce qui se passe dans leur vie et [les pratiques des] sociétés cotées en bourse dans une mesure que je n’ai jamais vue auparavant », a-t-elle commenté, et les conseillers peuvent tirer parti de cet engagement par des conversations ESG proactives.

Malgré la croissance de l’investissement ESG, Sucheta Rajagopal a déclaré que certaines perceptions persistent, comme le « mythe du zombie » de la sous-performance ESG, même après les solides rendements de l’année dernière.

Elle a également mis en garde les conseillers contre le fait d’aborder des sujets ESG qui ne les passionnent pas. « Les clients le sentent, a-t-elle souligné. Est-ce que vous vous contentez d’absorber tout un tas d’informations et de les régurgiter, ou est-ce que vous vous souciez vraiment de ce que vous proposez ? »