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Cela peut paraître incroyable, mais le sort du plus grand fonds négocié en Bourse du monde repose sur l’espérance de vie de 11 citoyens américains bien ordinaires.

Tous nés entre mai 1990 et janvier 1993, ces 11 individus ont été sans le savoir au cœur de la création du premier FNB américain, le SPDF S&P 500 ETF Trust, plus connu sous le nom de SPY. Ce fonds, qui reproduit le rendement de l’indice S&P 500, détient aujourd’hui plus de 250 G $US d’actif.

Bloomberg a contacté 8 de ces 11 individus aujourd’hui âgés dans la vingtaine. Aucun d’entre eux n’était au courant que la longévité du plus important FNB du monde allait dépendre de la date de leur décès.

C’est une bizarrerie juridique qui a mené à cette situation improbable. Lors de la création du SPY en 1993, ses concepteurs ont privilégié une structure de fiducie d’investissement unitaire (unit investment trust). Une telle structure permet à l’émetteur de créer des parts de fonds semblables aux actions d’une société. Par contre, elle exige une date de terminaison.

D’abord conçu pour expirer 25 ans après sa création, en janvier 2018, le FNB a été modifié pour s’arrimer à la longévité d’individus sélectionnés au hasard. Dans sa forme actuelle, le SPY cessera d’exister 20 ans après la mort du dernier survivant, ou le 22 janvier 2118, selon la première éventualité.

APPEL À TOUS POUR DES NOMS DE BÉBÉS

Selon les recherches de Bloomberg, au moins huit des 11 personnes sélectionnées ont un lien avec l’American Stock Exchange, à l’origine du SPY. Alexander Most, 27 ans, aujourd’hui étudiant à la maîtrise en éducation, est le petit-fils de Nathan Most, l’un des créateurs du FNB.

Kevin Pavelka et ses deux cousins, Paul et Peter, ont pour leur part été mêlés à cette histoire parce que la mère de Kevin, Claire McGrath, était à l’époque avocate à la division des options de l’American Stock Exchange. Lors d’un appel lancé pour obtenir des noms de bébés qui pourraient être utilisés pour la constitution de la fiducie, elle a proposé son fils et ses deux neveux.

Kevin travaille aujourd’hui dans le domaine des relations publiques à New York, tandis que Paul et Peter sont basés à Philadelphie. Le premier possède un resto-bar branché, alors que le second travaille pour le service des eaux de la ville.

Le SPY n’est pas le seul FNB à avoir été mis en place à l’aide d’une telle structure juridique. Sept autres fonds sont dans la même situation selon Bloomberg, et la durée de vie d’au moins trois d’entre eux repose également sur la longévité d’êtres humains bien réels.