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Le concept de retour sur investissement est en voie de se transformer dans l’esprit d’un nombre croissant d’investisseurs. Bien qu’ils s’intéressent toujours en priorité aux entreprises qui offrent d’excellents résultats et enregistrent un bénéfice net de qualité, trois facteurs viennent enrichir leur analyse : l’empreinte environnementale, la responsabilité sociale et la bonne gouvernance.

En effet, il est possible de constater une croissance de la conviction selon laquelle la rentabilité la plus saine inclura ces éléments.

Le sondage sur l’investissement responsable réalisé en 2018 par RBC Gestion mondiale d’actifs a montré que 90 % des investisseurs institutionnels considèrent que les portefeuilles qui intègrent les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) performent probablement aussi bien, sinon mieux, que les portefeuilles qui ne les incluent pas.

Cette conviction se traduit d’ailleurs en actions bien réelles. En effet, 38 % des répondants au sondage dans le monde considèrent que l’intégration des facteurs ESG peut aider à générer de l’alpha, ce qui constitue une augmentation de 14 % par rapport à 2017. Seulement 20 % des répondants au sondage 2018 ne croient pas que l’intégration des facteurs ESG soit une source d’alpha.

TOUJOURS PAS CLAIR

En dépit de cette validation par les investisseurs, la confusion persiste quant à ce qui constitue l’intégration des facteurs ESG et si cela équivaut à de l’investissement socialement responsable (ISR). Ce n’est pas le cas, indique Melanie Adams, vice-présidente et chef, gouvernance d’entreprise et investissement responsable, chez RBC Gestion mondiale d’actifs, à Toronto.

Elle souligne que l’intégration des facteurs ESG habituellement effectuée par le conseiller prend en compte une évaluation des entreprises dans les trois domaines de l’ESG de manière à déterminer les points où elles peuvent être vulnérables. Par exemple, a-t-on recours au travail forcé dans la chaîne d’approvisionnement ? Le conseil d’administration compte-t-il suffisamment de femmes ?

Pour sa part, l’investissement socialement responsable, qui implique habituellement la participation d’une tierce partie à la sélection, se base sur un ensemble de critères prédéterminés pour inclure et exclure les entreprises. Par exemple, les organisations religieuses pourraient ne pas vouloir investir dans une firme impliquée dans le secteur des jeux d’argent. « C’est la valeur opposée aux valeurs », dit Melanie Adams.

Il est important que les conseillers comprennent la différence entre l’ESG et l’ISR, et les nuances qui les distinguent. L’investissement d’impact, par exemple, est un domaine en pleine croissance de l’ISR qui cherche à mesurer les bénéfices de l’ESG. Au départ, il est donc essentiel de comprendre ce que signifient responsabilité environnementale, responsabilité sociale et bonne gouvernance.

PAS DE CERTIFICATION UNIFORME

Il n’existe pas d’ensemble universel de questions ou de critères. Chez Placements NEI, un émetteur de fonds d’investissement responsable, on procède à une évaluation des risques ESG et des possibilités d’un secteur. On définit ensuite les indicateurs clés de performance pour aider à déterminer à quel point les entreprises sont bien positionnées pour gérer les risques ESG dans leur industrie. Les enjeux ne seront pas les mêmes, dit Rosa van den Beemt, analyste principale ESG, chez Placements NEI, à Toronto. « Les réflexions en matière d’ESG diffèrent selon le secteur. »

Prenons la composante environnementale de l’ESG. Lorsque les investisseurs évalueront la performance d’une entreprise sur le plan environnemental, ils examineront certaines questions essentielles comme les émissions de gaz à effet de serre, l’efficacité énergétique et la gestion de l’eau et des déchets. Mais la pondération attribuée à chaque facteur environnemental dépendrait de l’importance de ce facteur dans l’industrie, note Dustyn Lanz, chef de la direction de l’Association pour l’investissement responsable, à Toronto.

« Par exemple, la gestion de l’eau sera plus importante pour l’évaluation des sociétés minières et des entreprises agricoles qu’elle le serait pour celle des banques et des entreprises de technologie. »

Les entreprises considérées en général comme à haut risque pour cette catégorie, comme celles du secteur pétrolier et gazier, ne sont pas nécessairement éliminées. De nombreuses sociétés de fonds communs de placement, comme Placements NEI, adoptent une approche assez large. « Le pétrole est une base fondamentale de l’économie. On peut éviter les entreprises, mais on ne peut pas éviter d’utiliser le pétrole, dit Rosa van den Beemt. Ignorer un élément aussi essentiel de l’économie ne semble pas responsable. »

Elle précise que parce que le secteur pétrolier et gazier a nettement un impact environnemental significatif, l’attente est plus élevée à l’égard des entreprises qui y sont actives pour qu’elles remédient à ces impacts et les atténuent. « Elles font face sur le plan environnemental à une norme plus stricte que les entreprises des autres secteurs en raison de leur empreinte. Mais les entreprises n’ont qu’à être meilleures que leurs homologues pour figurer sous divers indices. »

Et les entreprises veulent faire partie des indices, souligne Melanie Adams. « En général, les sociétés aimeraient faire partie d’autant d’indices et de fonds que possible. Elles essaient de divulguer [quelles sont leurs pratiques à cet égard]. »

Les critères de responsabilité sociale évaluent la performance d’une entreprise par rapport à divers enjeux comme les droits de la personne, la gestion du capital humain, la diversité et l’engagement des parties prenantes.

« La mauvaise presse est un casse-tête pour tout investisseur, et la mauvaise presse résulte souvent de questions liées à l’ESG, telles que les violations des droits de la personne ou la maltraitance des travailleurs au sein de la main-d’œuvre ou de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise, dit Dustyn Lanz. Des controverses de cette nature peuvent causer à l’entreprise des problèmes de réputation graves pouvant entraîner une vente ou une pression à la baisse de la valeur de son titre. »

La gouvernance est l’unique domaine constant entre les secteurs, remarque Rosa van den Beemt. « Quel que soit le secteur dans lequel une société est active, elle a besoin d’être bien gouvernée, de tenir compte des actionnaires, d’avoir instauré des mesures d’imputabilité, etc. »

Melanie Adams suggère aux conseillers de prendre l’initiative de discuter d’investissement ESG et des questions qui y sont associées avec les investisseurs. « Les conseillers devraient soulever ces questions avec leurs clients. Les études montrent que les clients s’en soucient davantage que les conseillers. »