Plateforme pétrolière.
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Même si les compagnies pétrolières continuent à construire des pipelines et à parier sur les réserves mondiales de schiste bitumineux pour soutenir leur développement, leur avenir est loin d’être garanti, estime Le Monde.

Dans un récent article, Philippe Escande, l’éditorialiste économique du quotidien français, écrit en effet que « la mobilisation de politiques et d’activistes civils affecte désormais la valeur des actifs et l’appétit des investisseurs dans le secteur ».

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Il y a deux semaines, un groupe de militants s’est par exemple invité à Houston (Texas) pour interpeller les dirigeants des grandes compagnies mondiales à l’occasion du plus grand rendez-vous mondial des pétroliers. Après avoir eu le temps d’exprimer leur colère, notamment en assimilant le changement climatique à un « génocide », ils ont été expulsés par les forces de l’ordre.

« LA POINTE AVANCÉE D’UN MOUVEMENT POPULAIRE »

Constatant que ces activistes ont réussi à « faire monter la pression », Philippe Escande note qu’ils ne constituent cependant que « la pointe avancée d’un mouvement populaire qui se répand à grande vitesse autour du globe ». Un peu partout sur la planète, les pétitions et manifestations de citoyens, qui rassemblent en particulier de nombreux jeunes, se multiplient en effet depuis le début de l’année face à ce qu’ils qualifient d’« inaction » ou de « faiblesse » des gouvernements.

« Pas de quoi troubler exagérément des pétroliers qui en ont vu d’autres » et qui se sont réunis à Houston pour parler de leurs préoccupations, c’est-à-dire « le prix du pétrole et du gaz, l’avenir des gisements de schistes, l’installation de pipelines et la consolidation du secteur », écrit Philippe Escande.

Le problème, ajoute-t-il, c’est que les deux phénomènes de « la fièvre politique et du business » sont en train de rentrer en collision ». Au point que les grandes compagnies prennent « très au sérieux » la proposition d’une des étoiles montantes du Parti démocrate américain, Alexandria Ocasio-Cortez, qui se définit elle-même comme une « démocrate socialiste », de faire en sorte que les États-Unis cessent d’être dépendants au pétrole en l’espace d’une décennie.

Or, une telle mobilisation peut s’avérer dévastatrice pour l’industrie, dans la mesure où « elle affecte inévitablement la valeur des actifs et l’appétit des investisseurs de long terme ». Le dernier exemple en date de cette désaffection, rappelle Philippe Escande, est la récente annonce par le fonds souverain norvégien de se départir de plusieurs de ses actifs pétroliers. « Plus personne ne croit au respect des engagements de l’accord de Paris limitant le réchauffement à 2 °C. Les analystes estiment que la trajectoire actuelle nous mènera au-delà de trois degrés d’ici la fin du siècle », souligne l’éditorialiste économique.

« LE CLIMAT REBAT LES CARTES DU CAPITALISME »

L’inquiétude est également palpable du côté des grandes compagnies, même si les cinq géants du secteur (Exxon, Chevron, Shell, BP et Total) ont réalisé plus de 80 milliards de dollars de profit l’an dernier. « Que sera alors une société énergétique en 2040 si elle ne peut pas fournir à ses clients une énergie bas carbone? », s’interrogeait récemment Maarten Wetselaar, responsable des énergies nouvelles et du gaz chez Shell, dans les colonnes du Financial Times.

Pour les géants du pétrole, l’avenir semble tout tracé, écrit Philippe Escande : ils devront devenir « des électriciens bas carbone mêlant gaz et solaire dans des réseaux très décentralisés. » Dans le cas de Shell, cette activité pourrait représenter jusqu’à un tiers de son activité à l’horizon 2030, ce qui ferait de la compagnie le principal fournisseur d’électricité de la planète. Conclusion de l’éditorialiste : « Le climat est en train de rebattre les cartes du capitalisme. »