Photo : Pattanaphong Khaunkaew / 123RF

Plutôt que de se fier à des prévisions économiques « illusoires » en ces temps de pandémie, les investisseurs ont intérêt à privilégier des actifs capables de prospérer dans l’incertitude, estime le gestionnaire de portefeuille Didier Saint-Georges.

Dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde, ce membre du comité d’investissement stratégique de la société française de gestion d’actifs Carmignac tente de les aider à traverser ce qu’il nomme une période d’« incertitude radicale ».

« Face aux aléas cernant les marchés, mieux vaut éviter les prévisions bâties sur du sable et privilégier les actifs “anti-fragiles” qui prospèrent dans l’incertitude », commente-t-il. S’il reconnaît qu’« une grande perplexité règne chez beaucoup d’observateurs face à l’incertitude économique liée à l’onde de choc de la pandémie », Didier Saint-Georges ajoute que cet embarras est également dû « aux interventions massives des banques centrales et aux efforts des gouvernements ». Dans ces conditions, insiste-t-il, « personne ne peut prédire les effets précis, et a fortiori les conséquences ultimes, de la création monétaire à l’infini [des banques centrales] pour financer des déficits hors normes [des États] ».

PRIORITÉ AUX VALEURS TECHNOS ET À L’OR

Le gestionnaire rappelle que lorsque les banques centrales se sont pour la première fois lancées dans l’achat massif d’actifs financiers, à partir de 2009, la plupart des observateurs redoutaient que cette stratégie n’alimente l’inflation. Or, c’est exactement l’inverse qui s’est produit puisque la décennie suivante a été celle de tous les records en termes de bas taux d’intérêt. Son diagnostic? « Il faut être humble devant l’inconnu et se garder de prévisions péremptoires, inévitablement bâties sur du sable. » D’autant plus qu’aujourd’hui la situation est encore plus complexe qu’il y a 10 ans, notamment avec « le mystère d’une menace virale à l’échelle de la planète ».

Face à l’« incertitude radicale » dans laquelle sont aujourd’hui plongés les marchés, Didier Saint-Georges souligne que les investisseurs disposent néanmoins de points de repère. En particulier le fait que non seulement tous les actifs ne sont pas fragiles, mais que « certains s’avèrent si résistants à l’incertitude, voire au chaos, qu’ils s’en nourrissent ». Baptisés « anti-fragiles » par l’essayiste et statisticien libanais Nassim Taleb, ces actifs pas comme les autres sont à privilégier par les investisseurs en quête de profits.

Aujourd’hui, note le gestionnaire, les valeurs technologiques et l’or répondent à cette définition, ce qui explique leur remarquable ascension en Bourse. C’est ainsi que, depuis le début de l’année, l’indice Nasdaq a progressé de 25 %, tandis que l’indice boursier des mines d’or a quant à lui bondi de 35 %.

Autres secteurs qui ne connaissent pas la crise, celui de la santé, « qui surfe sur le vieillissement des populations », et « les grands groupes intégrés internationalement, hérauts des chaînes d’approvisionnement globalisées ». En revanche, des activités comme la grande industrie et la banque ne sont pas aujourd’hui très intéressantes sur le plan des rendements car, pour s’épanouir, elles nécessitent une activité économique soutenue.

LA PANDÉMIE, DEGRÉ SUPPLÉMENTAIRE D’INCONNU

« Une conséquence essentielle de cette polarisation des comportements boursiers est que ces secteurs, qui reflètent la dynamique d’une économie, ne représentent plus qu’un poids très faible dans les grands indices boursiers. A contrario, les valeurs de technologie ou de la santé, dont la valorisation reflète non pas la vigueur de l’économie mais au contraire sa langueur déflationniste, sont désormais surreprésentées », résume Didier Saint-Georges.

Celui-ci prend ensuite acte qu’une pièce supplémentaire est désormais venue s’ajouter à ce casse-tête : « une pandémie dont nul ne connaît le devenir, et qui non seulement renforce les tendances déflationnistes existantes mais aussi modifie, peut-être pour longtemps, le comportement des consommateurs ». Pourtant, souligne-t-il, les marchés ont réussi à s’adapter à « ce degré supplémentaire d’inconnu ».

Comment? D’une part, ils ont « renforcé leur positionnement dans les secteurs qui “aiment” les pressions déflationnistes nourries par l’incertitude économique » (les valeurs technologiques et l’or, notamment). D’autre part, « ils se sont concentrés, au sein de ces secteurs anti-fragiles, sur les entreprises qui voient leur croissance bénéficiaire profiter des changements de comportement des consommateurs » (travail à distance, jeux vidéo, infonuagique, e-commerce, protection environnementale, etc.). Enfin, conscients « du degré sans précédent atteint par l’incertitude » en matière de cycle économique, d’inflation, de géopolitique et de monnaies, les marchés se sont rabattus vers la « traditionnelle police d’assurance multirisque » que constitue l’or.