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Un client de QuadrigaCX qui pourrait avoir perdu 50 000 $ dans cette affaire espère que sa mauvaise fortune pourra servir d’exemple aux autres investisseurs qui s’intéressent à la cryptomonnaie, rapporte Radio-Canada.

« J’avais déjà des doutes sur QuadrigaCX en décembre, mais je n’ai jamais pensé que [cette situation] pourrait arriver », a révélé à la société d’État le client, qui souhaite rester anonyme.

Alors que ses deux sœurs et lui avaient investi plus de 100 000 $ dans le marché des cryptomonnaies, ils ont commencé à avoir des doutes après une longue correspondance par courriel avec QuadrigaCX, qui disait n’avoir jamais reçu l’argent. Les trois ont donc décidé de retirer leurs fonds, mais ils n’ont pu en récupérer que la moitié avant que la mort du PDG de QuadrigaCX ne survienne et ils craignent de ne jamais récupérer les 50 000 $ restants.

« J’ai lancé ma propre entreprise en juin donc je n’ai pas de revenu stable pour l’instant, avoue l’investisseur. Je comptais sur ces 50 000 $ pour les coûts de démarrage. »

Radio-Canada a interviewé Chris Rowell, chercheur à l’École de commerce Sauder de l’Université de la Colombie-Britannique, à ce sujet. L’expert estime que la situation de QuadrigaCX s’explique en partie parce que l’industrie des cryptomonnaies est encore émergente.

« Parce que l’industrie est si jeune, nous n’avons pas vraiment de normes claires et de bonnes pratiques pour réguler ces marchés, explique Chris Rowell. Les consommateurs ne sont peut-être pas aussi informés qu’ils devraient l’être et ne posent pas les bonnes questions. »

Pour l’investisseur lésé, le constat est clair : il ne fera plus affaire avec les monnaies virtuelles.

« Je ne vais plus me fier au marché des cryptomonnaies, dit-il. Si un aspect d’une entreprise semble suspect, l’entreprise entière est probablement suspecte. »

Répit de 30 jours

Un répit de procédure de 30 jours a été accordé par la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse à QuadrigaCX afin que celle-ci s’ajuste au décès de son fondateur. Pendant ce délai, aucune action en justice ne peut être portée contre l’entreprise.

Ce délai survient peu de temps après que les médias eurent appris la mort du fondateur de QuadrigaCX, Gerald W. Cotten, le 9 décembre dernier des suites de la maladie de Crohn, emportant avec lui la clé de chiffrement permettant d’accéder aux 190 millions investis dans la société.

Le problème est que le système est ultra sécurisé et qu’il est pratiquement impossible d’y accéder sans connaître le mot de passe, et M. Cotten semble être le seul à posséder la clé de chiffrement permettant d’accéder à l’argent investi.

« C’est surprenant de voir comment l’entreprise dépendait d’une seule personne pour la gestion des fonds sur une base journalière », s’étonne le directeur de la plateforme de cryptomonnaies Liquid.com, Nick Chong, rapporte Radio-Canada.

Actuellement, des employés de QuadrigaCX tentent d’accéder aux cryptomonnaies contenues dans des portefeuilles « froids » ou cold storage. Ce système pourrait être comparé à un coffre à la banque qui permet de stocker les cryptomonnaies hors ligne, sur des clés USB par exemple, ce qui les protège d’éventuels piratages. Mais il faut un mot de passe pour accéder au contenu des clés.

L’avocat de QuadrigaCX, Me Maurice Chiasson, espère que ce mois de répit permettra aux dirigeants de la société de récupérer ou de réamorcer le mot de passe permettant l’accès aux 250 millions de dollars en cryptomonnaies et en espèces manquants. Sans quoi les quelque 115 000 investisseurs pourraient ne jamais retrouver leur mise.