Face aux perspectives de rendements des titres à revenu fixe qui sont moins brillantes que par le passé, les promoteurs de régimes à prestations déterminées changent leur approche d’investissement pour adopter des solutions plus sophistiquées.

Selon l’Institut canadien des actuaires, la valeur des rentes s’est améliorée de 5 % par rapport à celle des obligations de sociétés au cours des trois dernières années. Deux phénomènes expliquent cette embellie.

« Il y a eu la performance des actifs des régimes qui ont bien fait en 2020 et 2021 — mais un peu moins cette année, explique Mathieu Tessier, directeur général principal, relations avec la clientèle et innovations, solutions prestations déterminées à la Sun Life. L’autre grand vent de dos vient de la hausse des taux d’intérêt. Quand ils augmentent, la valeur des obligations diminue. »

La valeur des engagements (soit les promesses faites aux participants) est elle aussi très sensible au taux d’intérêt. Cela a fait en sorte que le provisionnement de nombreux régimes de retraite s’est amélioré pour dépasser dans certains cas les 100 %.

Il y a donc une tendance forte chez les promoteurs à adopter une approche de gestion moins passive, souligne M. Tessier.

UN NOUVEL APPÉTIT POUR LES ACTIFS ALTERNATIFS

« Depuis les dix dernières années, les promoteurs ont opté pour des portefeuilles obligataires un peu plus musclés, constate-t-il. Ils ont commencé à allonger l’échéance de leurs obligations et à vendre des actions pour acheter plus d’obligations. Qu’elles soient gouvernementales ou corporatives, elles constituent à leurs yeux deux très bons moyens d’apparier leurs promesses avec leurs actifs.

« Récemment, les promoteurs ont décidé d’aller un peu plus loin dans ce raisonnement pour aller voir du côté des actifs alternatifs, soit l’immobilier, les dettes privées, les infrastructures et les obligations à rendement élevé, poursuit-il. Cette stratégie d’investissement un peu plus sophistiquée amène un avantage de diversification et de rendements en plus du contrôle d’un certain niveau de risque. »

UN MARCHÉ EN CROISSANCE

Selon Mathieu Tessier, les rentes collectives sont dorénavant à la portée d’un plus large bassin de régimes qui montrent d’ailleurs un intérêt grandissant envers le produit. Une étude de la firme de recherche LIMRA a démontré que la valeur du marché des rentes collectives a doublé depuis quatre ans, passant de 3,7 milliards de dollars (G$) en 2017 à 7,7 G$ en 2021.

« Avec un marché élargi, il y en a un peu pour tout le monde, explique Mathieu Tessier. Les régimes de grande taille sont capables de procéder à des transactions beaucoup plus importantes d’un seul coup pouvant dépasser le milliard de dollars. Il y a aussi un plus grand nombre d’assureurs qui sont prêts à aller soumissionner sur les rentes, ce qui ouvre la porte aux plus petits régimes qui peuvent placer leur bloc à assurer. Il y a aussi des solutions pour les régimes ayant des rentes indexées à l’inflation. »

Il est difficile de prévoir comment le marché va évoluer. Chose certaine, les promoteurs de régime peuvent encore profiter de la fenêtre d’opportunités qui s’offrent à eux pour réduire le risque dans leur portefeuille de façon stratégique et même tactique, selon Mathieu Tessier.