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Il n’est pas si aisé de créer un fonds soucieux des valeurs environnementale, sociale et de saine gouvernance (ESG). Il faut se rappeler qu’il s’agit encore d’une science récente : l’étude d’impact des Nations Unies qui a permis de créer le sigle ESG n’a que quinze ans. Une erreur est vite arrivée, surtout dans un espace aussi complexe et subjectif.

Vanguard a récemment ajouté à son plus gros fonds négocié en Bourse (FNB) axé sur le développement durable des actions d’armes à feu à cause d’une erreur du fournisseur d’indice FTSE Russell, révèle un article de Morningstar. Ainsi, le fonds indiciel ESG a détenu pendant quelque temps de petites positions dans des actions qui ne correspondaient pas à ses critères d’admissibilité.

Pour éviter ce genre de situations, les investisseurs doivent comprendre que l’investissement responsable « dépasse le simple fait d’acheter un produit étiqueté “ESGˮ », déclare John Bai, directeur du placement à Placements NordOuest et Éthiques.

L’investissement ESG n’est pas évident, car il demande un jugement qualitatif qui est fondamentalement subjectif, note Ben Johnson, directeur de la recherche sur les fonds à gestion passive à Morningstar. Les organismes chargés d’attribuer des cotes ne sont pas toujours d’accord. Ainsi, l’entreprise Tesla arrive en première position dans certains classements d’entreprises sur des critères de bonnes pratiques ESG, mais arrive à la dernière place dans d’autres agences de notation, note le journal français l’Opinion.

DES INSTITUTIONS PLUS ENGAGÉES

Évidemment, l’erreur de Vanguard a été promptement rectifiée, mais certaines compagnies seraient moins prédisposées à faire ce genre d’erreur, affirme Jon Hale, chef de la recherche mondiale sur la durabilité à Morningstar.

« Des problèmes comme celui-ci semblent moins susceptibles d’être le fait de compagnies qui ont démontré un engagement plus important en faveur de l’approche ESG », dit-il.

Les investisseurs privilégiant les solutions à très bas prix auront avantage à sélectionner des produits comme ceux de Vanguard, ajoute-t-il cependant. Mais, ceux qui privilégient avant tout les facteurs ESG auraient intérêt à regarder d’autres facteurs.

Les fournisseurs de produits bon marché utilisent de gros indices externes. Les sociétés sous-jacentes de ces indices se voient attribuer un score ESG qui varie, car les avis qualitatifs et la pertinence des données ne cessent d’évoluer.

Certains fonds, au contraire, mêlent approches quantitative et qualitative. Par exemple, Desjardins offre une gamme de FNB qui cible spécifiquement les gaz carboniques et barre la route à toutes les sociétés qui ne parviennent pas à se conformer ne serait-ce qu’à une seule des catégorie ESG.

« Une société dont les facteurs E et S seraient très forts, mais dont les performances de gouvernance seraient mauvaises pourrait avoir un score moyen élevé, mais pour pouvoir être présélectionnée dans le FNB, il faut qu’elle soit excellente dans les trois facteurs », explique Jaz Aizanman, directeur, stratégie et développement des affaires à Desjardins.

Un investisseur préférant miser sur l’efficience du produit devrait simplement s’aligner sur les actions qu’il connaît et qui s’alignent le mieux avec ses valeurs. Mais pour s’assurer d’avoir des placements qui respectent pleinement les valeurs ESG, il s’agit de choisir à la fois le bon produit, la bonne structure de portefeuille et le bon fournisseur.