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Un groupe de dirigeants noirs lance un nouveau fonds dont l’objectif sera d’investir dans des entreprises et des organismes contrôlés par des membres de la communauté noire, afin de lutter contre le racisme systémique, rapporte Bloomberg.

Le Black Opportunity Fund entend « combiner le capital d’investissement et le capital social avec la philanthropie », explique Ray Williams, directeur général et vice-président du conseil de la Financière Banque Nationale. Le fonds reçoit l’appui de la Toronto Foundation, un organisme communautaire ontarien qui réunit plus de 500 philanthropes. 

Les efforts pour mettre sur pied ce nouvel outil se sont accélérés dans la foulée de la mort d’un homme noir, George Floyd, aux mains d’un policier blanc de Minneapolis. La Toronto Foundation souhaite former des partenariats avec d’autres groupes, notamment la Canadian Association of Urban Financial Professionals.

Elle a déjà reçu l’appui d’au moins 52 dirigeants, dont Dennis Mitchell, PDG de Starlight Capital, Colin Lynch, qui mène la division des investissements immobiliers de Gestion de Placements TD, et Hazel Claxton, une administratrice du University Pension Plan Ontario. 

MANQUE DE DIVERSITÉ AU SOMMET

Des données de Bloomberg illustrent le manque de représentativité des minorités visibles dans les échelons les plus élevés du monde de la finance. Environ 10 % des hauts dirigeants d’entreprises canadiennes et 8 % des administrateurs des six plus grandes banques et des deux plus gros assureurs du pays sont issus de ce segment de la population. Parmi eux, on ne retrouve qu’un seul membre de la communauté noire. 

Pourtant, 52 % des résidents de Toronto s’identifient comme faisant partie d’une minorité visible. Cette proportion était de 33 % dans l’agglomération de Montréal, dont 9,5 % de membres de la communauté noire, selon le recensement 2016 de Statistique Canada.

« Ce que nous voulons, c’est une situation dans laquelle nous établissons quelque chose par les Noirs, pour les Noirs », poursuit M. Williams. 

UN OUTIL DE PLUS

Le projet en reste à ses débuts et on ne connaît pas encore son objectif concret en termes de levée de capital. « Mais les acteurs derrière sont solides» , affirme dans La Presse Didier Boucard, ancien vice-président, gouvernance des données, à Morgan Stanley.

« Notre association avec la Toronto Foundation, qui a une expertise pour structurer le fonds, me rend optimiste. Ça aidera à accélérer le tout. Et il y a le moment aussi qui ne peut pas être meilleur. On prête maintenant attention à certaines choses. »

Il existe déjà des organismes qui appuient des projets menés par des Noirs, mais leur financement reste souvent très limité dans le temps et non récurrent. Le nouveau fonds procurera une aide financière plus soutenue, qui augmentera les occasions économiques dans plusieurs domaines, explique Jaqui Parchment, PDG de Mercer Canada, dans le Globe and Mail.

« Il y a vraiment un profond besoin pour une initiative qui continuera à long terme, sur plusieurs années, et qui investira dans les communautés noires », analyse Mme Parchment. 

Le fonds portera une attention particulière aux projets dans les secteurs de l’entrepreneuriat, de l’éducation, des soins de santé, du soutien communautaire et du logement.

« Nous avons de grandes attentes, admet Mme Parchment. Nous demanderons aussi au gouvernement de [respecter ses promesses] à la suite de ses belles paroles des dernières semaines et de mettre de l’argent sur la table. »