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L’investissement responsable devient si populaire au pays que, pour la première fois, la majorité des actifs canadiens intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise (ESG), selon un rapport publié mercredi par l’Association pour l’investissement responsable.

Dans ce document de 36 pages, l’AIR, qui représente l’industrie canadienne du secteur (voir l’encadré), indique que les actifs canadiens gérés à l’aide d’une ou de plusieurs stratégies d’investissement responsable (IR) sont passés de 1 510 G$ à la fin de 2015 à plus de 2 130 G$ au 31 décembre dernier, soit un bond de 41,6 % en l’espace de deux ans.

Résultat : l’investissement responsable représente désormais la majorité du secteur des investissements au pays puisque les actifs d’IR totalisent aujourd’hui 50,6 % de l’ensemble des actifs sous gestion d’un océan à l’autre, comparativement à 37,8 % en 2015. Soulignant qu’il s’agit là d’« une étape importante dans l’histoire et le développement de l’investissement responsable au Canada », l’AIR attribue ce phénomène au fait que « les investisseurs canadiens considèrent de plus en plus les facteurs ESG comme étant des éléments importants dans leurs décisions de placement ».

« UNE ÉTAPE IMPORTANTE DANS L’HISTOIRE DE L’IR »

« Dépasser le seuil des 50 % [du total des actifs sous gestion au pays] marque une étape importante dans l’histoire et le développement de l’investissement responsable au Canada. Les investisseurs d’ici et d’ailleurs dans le monde reconnaissent de plus en plus qu’une entreprise ne se limite pas à ses chiffres, et l’intégration de facteurs ESG dans les décisions d’investissement peut aider à identifier des compagnies résilientes et bien gérées qui surperforment à long terme », commente Dustyn Lanz, chef de la direction de l’AIR.

Outre le fait que l’IR représente désormais plus de la moitié de l’industrie canadienne de l’investissement, le rapport montre que l’actif des fonds communs de placement de particuliers issus de l’investissement responsable est passé de 8,26 à 11,07 G$, soit une progression de 34 % sur deux ans.

Interrogés par les analystes de l’AIR, les répondants au sondage qui sert de support à l’étude indiquent que les quatre principales raisons qui leur ont fait prendre en compte les critères ESG sont, dans l’ordre, les suivantes :

  1. gestion du risque;
  2. amélioration des rendements au fil du temps;
  3. satisfaction de la demande des clients/bénéficiaires; et
  4. respect de l’obligation fiduciaire.

Ils précisent en outre que leurs stratégies d’IR les plus importantes par actif sous gestion sont, toujours dans l’ordre :

  1. l’intégration ESG;
  2. l’engagement des actionnaires;
  3. le filtrage basé sur des normes; et
  4. le filtrage négatif.

PLUS DE 435 G$ D’ACTIFS SONT GÉRÉS POUR DES PARTICULIERS

Plus précisément, la stratégie d’IR la plus importante par actif au Canada est l’intégration ESG, avec 1 900 G$ en actifs sous gestion. Cette appellation désigne « le processus d’intégration systématique des facteurs ESG dans l’analyse financière traditionnelle », explique l’AIR. L’engagement des actionnaires est la deuxième stratégie d’IR la plus souvent employée : selon l’Association, il s’agit d’« une forme d’activisme exploitant le pouvoir des actionnaires pour améliorer les pratiques ESG de l’entreprise ». Le filtrage basé sur des normes, « qui aligne les politiques d’investissement sur les normes internationales », telles que le Pacte mondial des Nations Unies, constitue la troisième stratégie d’IR la plus répandue en termes d’actifs. Enfin, le filtrage négatif (ou l’exclusion de certaines sociétés ou secteurs d’activité) arrive en quatrième position.

Le rapport révèle par ailleurs que les titres à revenu fixe représentent une part beaucoup plus grande des actifs d’IR sous gestion que les années précédentes. Alors que les actions publiques constituaient auparavant 40 % des actifs du secteur, et que les titres à revenu fixe en représentaient 27 % il y a deux ans, les dernières données montrent en effet que ces deux catégories d’actifs affichent désormais une taille presque égale. Ainsi, les revenus fixes constituent aujourd’hui 34 % et les actions publiques, 36 % du total des actifs sous gestion. Selon l’AIR, cette situation reflète « la montée en puissance de l’intégration ESG dans les titres à revenu fixe ».

Enfin, les répondants au sondage ont déclaré un total de 435,7 G$ d’actifs gérés pour le compte d’investisseurs individuels, contre 1 700 G$ gérés pour celui de clients institutionnels. L’AIR rappelle qu’en 2015, les personnes interrogées avaient déclaré seulement 118,5 G$ pour ce qui concerne les particuliers.

L’Association attribue en grande partie cette « croissance phénoménale » au fait que « de grandes institutions ont décidé d’intégrer les facteurs ESG à tous leurs actifs ». Parallèlement, ajoute-t-elle, le nombre de gestionnaires d’actifs canadiens signataires des Principes pour l’investissement responsable soutenus par l’ONU est passé de 38 à 56 durant cette période.

L’AIR en bref

L’Association pour l’investissement responsable est une organisation qui représente l’industrie canadienne de l’IR. Elle regroupe des sociétés de fonds, des institutions financières, des sociétés de gestion d’actifs, des conseillers, des consultants, des sociétés de recherche en investissements, des propriétaires d’actifs, des investisseurs individuels et toute autre personne intéressée par l’investissement responsable.

Pour établir leur rapport, les chercheurs de l’AIR ont collecté des données auprès de 106 gestionnaires et propriétaires d’actifs partout au pays. Celles-ci ont ensuite été complétées par des sources accessibles au public, comme les rapports annuels des entreprises du secteur. À noter que les auteurs de l’étude ont évité un double comptage en soustrayant environ 673 G$ d’actifs d’IR qui se chevauchaient entre des gestionnaires externes et des fonds de fonds.

Source : AIR.