La population vieillit! Et c’est le groupe de gens âgés de plus de 65 ans qui croît le plus rapidement. En 2011 au Canada, on estimait que cinq millions de personnes avaient 65 ans ou plus. On s’attend à ce que ce chiffre double d’ici 25 ans et que d’ici 2051, près d’un Canadien sur quatre aura 65 ans ou plus[1].

Selon vous, qui a la plus longue espérance de vie, l’homme ou la femme?

Ceux qui ont répondu «la femme» ont raison. Les données sur la longévité récemment publiées par l’Institut canadien des actuaires (ICA) démontrent que, parmi les gens âgés de 65 ans aujourd’hui, 20% des femmes et 17% des hommes vivront au-delà de l’âge de 95 ans[2]. De plus, l’accroissement de l’espérance de vie fait en sorte que de plus en plus de personnes deviennent centenaires : en 2014, le Canada comptait 7 607 centenaires comparativement à 4 043 dix ans plus tôt[3]. Parmi ceux-ci, il y a sept femmes centenaires pour un homme[4]. On s’attend à ce qu’en 2061, 82 000 personnes soient centenaires et que, de ce nombre, environ 72% soient des femmes[5].

Cela ne vous surprend peut-être pas, si vous faites le parallèle avec votre entourage. Dans mon cas, toutes les amies de ma mère ont survécu à leur mari, beaucoup d’entre elles ont plus de 90 ans et se portent très bien.

Les centenaires constituent le groupe d’âge qui croît le plus rapidement au Canada après le groupe des 60 à 64 ans[6]. Et, sans grande surprise, les femmes sont seules à faire partie du groupe des «supercentenaires», c’est-à-dire les personnes qui ont atteint ou dépassé l’âge de 110 ans. Des trois supercentenaires dont l’existence a été confirmée au Canada, toutes sont des femmes[8].

Ces données sont à la source de beaucoup de recherches sur le vieillissement – particulièrement en ce qui a trait aux femmes – et cela exige un changement important dans la façon d’envisager la planification de la retraite et la conception de produits pour ce groupe de personnes.

Nous avons fait beaucoup de chemin!

J’ai lu avec grand intérêt le livre de Paul H. Irving, The Upside of Aging: how long life is changing the world of health, innovation, policy and purpose. Joseph Coughlin, Ph. D., fondateur et directeur du MIT AgeLab, est l’auteur d’un chapitre de ce livre qui jette un regard neuf sur le développement de marchés pour attirer un segment de la population qui connaît une croissance rapide, soit le consommateur âgé.

«Le groupe des personnes âgées a un nouveau visage. Il se compose de plus en plus de personnes plus à l’aise financièrement, en meilleure santé et plus instruites. Il est aussi formé de plus de femmes», écrit M.Coughlin. «Les entreprises qui comprendront comment répondre le mieux aux besoins de ce segment de la population réussiront à vendre leur technologie et leurs services au consommateur âgé.» M.Coughlin travaille aux États-Unis, mais ses recherches sont aussi valables pour le Canada parce qu’ici aussi, les femmes vivent plus longtemps que les hommes et beaucoup d’entre elles vivent les dernières années de leur vie seules.

Dans son article Post-Retirement Risk Research: Findings and Messages for Advisors, Anna Rappaport, ancienne présidente de la Society of Actuaries des États-Unis, traite de l’importance de la planification pour le membre du couple qui survit à l’autre. Elle indique que beaucoup de gens croient que le membre survivant du couple sera dans la même situation financière qu’avant le décès de l’autre. Mais ce n’est pas toujours le cas, particulièrement chez les femmes.

Le nombre de femmes sur le marché du travail a augmenté énormément au cours des dernières décennies. Or, les femmes qui sont maintenant dans la soixantaine ont peut-être travaillé à temps partiel, gagné des salaires moindres ou quitté la population active pendant un certain temps, ce qui a eu un effet sur leur épargne. Par conséquent, la situation financière de beaucoup de veuves se détériore après le décès de leur conjoint. Anna Rappaport note qu’environ 40% des femmes âgées qui vivent seules n’ont pratiquement aucun revenu à part ce qu’elles touchent des programmes gouvernementaux.

Au Canada, nous savons que 40% du revenu des personnes âgées (65 ans et plus) provient des programmes gouvernementaux[7], les 60% qui restent doivent donc provenir d’autres sources. Lorsque l’on ajoute d’autres facteurs tels que la longévité accrue et le passage de régimes à prestations déterminées à des régimes à cotisation déterminée, la responsabilité est transférée vers les particuliers.

Les femmes s’en préoccupent et c’est ici que vous pouvez les aider à mieux planifier. Selon l’Indice de mieux-être des Canadiens Sun Life 2014, 41% des hommes craignent d’épuiser leur épargne-retraite de leur vivant; chez les femmes, ce pourcentage est de 50%[8]. Certaines personnes n’ont pas encore envisagé ce qui arriverait au point de vue financier si elles survivaient à leur conjoint. Sur le plan personnel, lorsque mon père est décédé soudainement à l’âge de 65 ans, j’ai dû montrer à ma mère comment faire un chèque parce qu’elle n’avait jamais touché aux finances jusqu’à ce moment-là. Cela m’a brisé le cœur de penser qu’elle n’était pas certaine de pouvoir vivre cette nouvelle étape de la vie, comme elle l’aurait souhaité. Il a vraiment fallu que je l’aide à gérer ses finances jusqu’à son décès, à plus de 80 ans.

Planification de la retraite pour les femmes

À la lumière de tout cela, comment pouvez-vous contribuer à aider vos clients – et plus particulièrement, vos clientes – à s’assurer d’avoir assez d’argent pour garantir leur sécurité financière à toutes les étapes de leur vie?

Votre rôle consiste à encourager vos clients à agir. Cela commence par une conversation et par la transmission de renseignements pertinents à la préparation d’une longue retraite. Bien sûr, vous proposerez la combinaison appropriée de produits d’assurance-vie, d’assurance santé et de gestion de patrimoine, mais il est aussi important de discuter des conséquences possibles de vivre plus longtemps et, lorsqu’il s’agit d’un couple, des conséquences qui s’ensuivent si l’un des membres décède avant l’autre. Lorsque vous travaillez avec un couple, les deux personnes devraient être présentes lors de vos rencontres. Faites-leur voir pourquoi il est essentiel d’actualiser leur vision de la planification de la retraite en tenant compte de l’espérance de vie qui allonge. Le dossier de réflexion À bout de course : Vivons-nous une crise de longévité au Canada? fournit l’information à transmettre à vos clients. Si vous voulez vraiment marquer un point auprès d’eux, demandez-leur simplement : «Parmi vos connaissances, qui est la personne la plus âgée? Connaissez-vous quelqu’un ou êtes-vous parent avec une personne de 90 ans, de 100 ans, ou encore plus âgée?»

Il existe aussi divers moyens de protéger les conjoints survivants, dont les rentes réversibles, l’assurance-vie, le transfert des soldes au survivant, l’assurance maladies graves et l’assurance de soins de longue durée.

Notre industrie a le devoir de s’assurer que les clients prennent des décisions éclairées à propos de leur argent. Et, pour eux, cela commence par la collaboration avec un conseiller qui possède des connaissances de pointe et qui offre une approche personnalisée.

À mon avis, il faut célébrer la longévité. Comment pourrions-nous mieux souligner cette extraordinaire résilience qu’en procurant à la population une sécurité financière qui durera toute la vie?


[1] Ibid: http://www4.hrsdc.gc.ca/.3ndic.1t.4r@-eng.jsp?iid=33#foot_1
[2] Institut canadien des actuaires, 2013.
[3] Statistique Canada, 2014.
[4] Ibid.
[5] Statistique Canada, Tableau 052-0005 – Population projetée, selon le scénario de projection, l’âge et le sexe, au 1er juillet, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes), base CANSIM. (consultation : 7 octobre 2014)
[6] Ibid.
[7] The Gerontology Research Group, 2014. http://www.grg.org/Adams/E.HTM
[8] Indice de mieux-être des Canadiens Sun Life 2014, question 80 – les pourcentages exacts sont 49,5% pour les femmes et 40,5% pour les hommes.