Célibataire et sans enfants, Bianca, âgée de 37ans, ne sait pas quelles décisions prendre en matière d’investissement. Elle est pourtant de plus en plus préoccupée par l’avenir et notamment, par la planification de sa retraite.

Directrice du marketing au sein d’un grand groupe de Montréal depuis trois ans et demi, elle gagne un salaire annuel de 78000$. Chaque mois, celle-ci met un peu d’argent de côté dans un compte épargne qu’elle a ouvert dans son institution financière; elle a réussi à y accumuler 33600$.

À ses yeux, cette cagnotte constitue son fonds d’urgence, mais elle aimerait en investir une partie ailleurs, car le taux d’intérêt annuel dont elle bénéficie est très bas: 0,75%. «Je crois que mon fonds d’urgence ne doit pas être si important, souligne-t-elle. D’un autre côté, le fait de savoir que j’ai cette somme à portée de main en cas de pépin me rassure.»

Ses connaissances en finances sont très limitées et elle a beaucoup de mal à accorder sa confiance aux professionnels en services financiers. Bianca sait qu’elle doit «bouger», mais n’arrive pas à se décider, a fortiori lorsqu’elle se penche sur les rendements qui sont offerts. «Combien un fonds commun me rapportera-t-il? Sachant que j’ai très peur des produits plus risqués, si l’on déduit les frais de gestion… le jeu en vaut-il la chandelle? Le fait que l’argent ne soit plus liquide m’inquiète beaucoup aussi», explique-t-elle.

Dans son entourage, les personnes qui ont acheté des parts de fonds communs ne cessent de se plaindre de leurs rendements, ce qui ne fait que justifier ses appréhensions. Elle finit même par confier: «J’ai l’impression que lorsqu’on investit dans un fonds commun, on ne sait pas ce qu’on achète réellement. On ne maîtrise rien. D’un point de vue éthique, ça me met mal à l’aise: où va mon argent, qui s’en sert et pour quoi faire? On va peut-être me trouver contrôlante, mais j’aime bien connaître tous les tenants et aboutissants avant de prendre une décision.»

Bianca a également ouvert un compteREER il y a deux ans, dont le solde s’élève à ce jour à 13800$. Là encore, il s’agit d’un simple compte épargne qui lui rapporte 0,75% par an.

Elle cotise au régime à cotisation déterminée (CD) de son employeur et dans le cadre d’un précédent emploi, elle a investi dans le fondsFTQ; quand elle a changé d’emploi, celle-ci a arrêté d’y cotiser. À ce jour, la somme que possède Bianca s’élève à 4700$. Elle ne possède pas d’autres assurances-vie que celle de l’assurance collective de son employeur.

Locataire depuis toujours, investir dans une maison ne l’intéresse pas. Elle vit seule et s’avère généralement peu dépensière. Malgré cela, sa situation financière lui cause beaucoup de stress: elle pense qu’elle n’épargne pas assez et qu’elle doit désormais passer à la vitesse supérieure.

Son logement lui coûte 800$ par mois, plus 150$ d’électricité. Ses dépenses mensuelles moyennes totalisent donc environ 2200$.

Quelle est la prochaine étape pour se construire un véritable fond de retraite?

Nathalie GiguetOpinion no 1
Nathalie Giguet,conseillère en sécurité financière, représentante en épargne collective, représentante en assurance collective

Bien qu’il manque certains éléments d’information dans l’énoncé de l’étude de cas, lacune qui pourrait être facilement comblée dans le cadre d’une rencontre initiale avec Bianca, nous pouvons établir des hypothèses de stratégie qui orienteront sa démarche.

Ma première recommandation, compte tenu du profil qui ressort de l’étude de cas, serait d’orienter la cliente vers des Fonds repère, ou des fonds de placement garanti(FPG).

Dans le cas des Fonds repère, l’objectif consisterait à sécuriser la cliente par rapport à d’éventuelles pertes, toujours possibles, dans un fonds commun de placement. Son inquiétude tient sans doute au fait qu’elle ne semble pas très bien comprendre les tenants et aboutissants de l’investissement. Il semble y avoir beaucoup de travail d’éducation à faire.

Je lui présenterais notamment l’historique des fonds communs de placement, afin qu’elle puisse avoir une meilleure compréhension de leur mode de fonctionnement, en matière de gains et de pertes.

Pour apaiser ses préoccupations en ce qui a trait à l’éthique(où va mon argent, à quoi servira-t-il?), je lui ferais part de la possibilité d’aller chercher des fonds communs de placement qui privilégient les fonds éthiques, en fonction de ses réserves à l’égard des fonds communs. J’explorerais cette avenue avec elle, compte tenu de ses interrogations quant à la stabilité des portefeuilles.

Les Fonds repère offrent la tranquillité d’esprit, quelle que soit l’évolution des marchés. Ces fonds permettent d’acheter une valeur liquidative, garantie à l’échéance. En fonction de la date à laquelle la cliente prévoit prendre sa retraite, la stratégie consiste dans ce cas à choisir un Fonds repère dont l’échéance est la plus proche de la date de retraite prévue dans la planification. L’achat de parts de ce fonds est assorti d’une garantie de valeur liquidative à l’échéance. Si, par exemple, la cliente achète une part garantie à 10$, la valeur de cette part ne pourra pas être inférieure à l’échéance. Ce type de fonds permet de sécuriser le risque de baisse de la valeur liquidative.

Du fait que ces fonds offrent une possibilité de croissance, tout en garantissant la valeur liquidative, ils constituent en quelque sorte une solution de rechange au CPG(compte de placement garanti) dont les rendements sont extrêmement faibles. Ils auraient ici l’avantage de rassurer la cliente par rapport à d’éventuelles pertes.

À 37ans, Bianca est encore jeune et en phase d’accumulation. Je lui recommanderais donc également d’utiliser des fonds de placement garanti, dans une optique d’accumulation. Comme elle est célibataire et sans enfant, et qu’elle a un fonds de pension à cotisation déterminée de son employeur, une partie du FPG pourrait lui fournir un revenu garanti à vie, et une autre partie pourrait être décaissée au gré de ses besoins, à la retraite.

Le FPG peut s’apparenter à une rente, sauf que le client a accès à son capital. Cet aspect peut être intéressant pour Bianca, en raison de son jeune âge et de la possibilité de changements de sa situation(conjoint, enfants, par exemple).

Le FPG peut donc constituer une bonne solution de rechange pour Bianca. En outre, il existe également une protection FPG qui offre une garantie des dépôts effectués à 100%, et ce, au décès, mais aussi à l’échéance. Ces fonds permettent également d’investir dans des fonds d’actions et d’avoir une possibilité d’obtenir de bons rendements. Tous ces avantages conviendraient bien au profil prudent de Bianca.

Par ailleurs, le fonds d’urgence de 33600$ qu’elle a pu accumuler correspond à environ sixmois de salaire. Celui-ci devrait toutefois être placé à un taux d’intérêt annuel plus élevé, dans un fonds qui lui permettrait d’avoir accès à son argent, tout en ayant la possibilité d’aller chercher un meilleur rendement que le rendement actuel de 0,75%, qui lui fait perdre de la valeur chaque année à cause de l’inflation.

Bianca a une belle capacité d’épargne, puisqu’elle touche un revenu brut de l’ordre de 3900$ par mois, alors que ses dépenses mensuelles totales sont de quelque 2200$. Elle a donc une marge de 1700$ par mois pour l’épargne (20400$ par année), alors que les barèmes recommandés sont de l’ordre de 10% du revenu brut, soit environ 8000$ par année; de belles possibilités s’offrent à Bianca.

Je recommanderais à Bianca de placer une partie de cette épargne dans un REER, puisqu’il est permis de croire qu’elle a des droits de cotisation REER inutilisés, pour alléger son coût fiscal, et réinvestir son remboursement d’impôt à l’épargne, pour tirer parti du plein potentiel du REER.

Trop de gens utilisent le REER à seule fin d’obtenir un remboursement d’impôt, qu’ils ne réinvestissent pas, alors que c’est là que réside tout l’effet levier du REER. Comme elle déjà un régime collectif à prestation déterminée de son employeur, j’inviterais également Bianca à ouvrir un compte CELI. En supposant qu’elle termine toute sa carrière chez le même employeur, lorsque viendra le moment des décaissements, l’impôt sur ses REER risque d’être élevé. Il serait donc à son avantage de naviguer chaque année entre le REER et le CELI, en se fondant sur une analyse, en janvier ou février de chaque année, de ses revenus globaux et de ce qu’elle souhaite aller chercher comme remboursement d’impôt à réinvestir.

De manière générale, je ne conseille pas à mes clients qui bénéficient d’un fonds de pension de leur employeur d’investir la totalité de leur capacité d’épargne dans un REER dans le but de réduire la facture fiscale au moment de la retraite et du décaissement du REER. Puisque Bianca n’a pas de CELI à l’heure actuelle, je lui recommanderais donc fortement de mettre de l’épargne dans un CELI. Celui-ci pourra éventuellement être transformé en REER si, par exemple, Bianca devait changer d’employeur, perdre son travail, ou occuper un poste moins bien rémunéré.

Bien sûr, les valeurs personnelles de Bianca et l’âge auquel elle souhaite prendre sa retraite sont également des facteurs très importants dans la planification de la retraite.

Ces informations, qui manquent au dossier actuellement, devraient être établies clairement au moment des rencontres avec la cliente. Comment Bianca voit-elle sa retraite? À quel âge souhaite-t-elle se retirer? Quels sont ses projets de retraite? Autant de questions auxquelles il est primordial d’obtenir réponse pour établir une bonne planification, adaptée à ses valeurs.

Bref, la situation financière de Bianca n’est pas dramatique, même si elle a 37ans et qu’elle n’a pas énormément d’épargne accumulée. Sa capacité d’épargne actuelle démontre un bon potentiel.

Au chapitre de l’habitation, il n’y a pour le moment aucune raison d’inciter Bianca à revoir ses positions quant à l’achat éventuel d’une propriété. La formule du logement semble bien lui convenir. La somme des facteurs à soupeser pour explorer l’option de l’achat d’une propriété pourra être analysée plus tard, si elle souhaite le faire. Dans de très nombreux cas, selon mon expérience, il peut être préférable pour le client de rester en logement.

Enfin, du côté des assurances, Bianca ne semble pas avoir d’autres assurances que l’assurance collective de son employeur(qu’on suppose comprendre une assurance-vie et une assurance-invalidité). Quand elle prendra sa retraite, elle ne sera plus assurée, à moins que son assurance collective puisse être transformée en assurance individuelle, à un coût habituellement très élevé. Je lui recommanderais donc de souscrire une assurance-vie permanente, pour que la personne qui s’occupera de sa succession puisse régler les derniers frais(funérailles, notaire, et autres frais en attendant qu’une succession soit disponible).

L’assurance maladie grave avec remboursement des primes s’avère une très bonne stratégie pour préserver le patrimoine mis en place pour la future retraite.

L’argent investi jusqu’alors doit pouvoir poursuivre sa croissance si un problème de santé grave devait se présenter. Trop de gens, en cas de maladie grave, sont contraints de décaisser leur CELI ou encore leur REER, au détriment éventuel de leur qualité de vie à la retraite. L’assurance maladie grave avec remboursement des primes constitue une façon judicieuse de protéger la capacité d’épargne du client. Si l’assuré n’est pas malade, c’est sans gravité puisqu’il récupère les primes versées, mais il protège ainsi son épargne et son projet de retraite. Compte tenu de ses revenus actuels, Bianca pourrait se prévaloir de cette protection, si elle est assurable, sans pour autant grever son budget actuel.

Bien sûr, ultimement, je recommande fortement à Bianca de consulter sans réserve un professionnel en planification financière et de la retraite, qui pourra l’aider à bien circonscrire ses besoins actuels et futurs, en tenant compte de ses objectifs à court, moyen et long termes, et à mettre en place une solide stratégie de planification de sa retraite.


Opinion no2
Christiane Van Bolhuis, planificatrice financière, conseillère en assurance et rentes collectives et planificatrice financière

La question de la confiance à l’égard des professionnels en services financiers soulevée par Bianca mérite qu’on s’y arrête brièvement. On peut comprendre qu’au cours des dernières années, marquées notamment par le cas de VincentLacroix ou encore celui d’EarlJones, qui ont été très médiatisés, la confiance des petits investisseurs ait été ébranlée. Mais peut-être faut-il retenir que ces cas ne sont pas représentatifs de l’ensemble des professionnels en services financiers, qui sont au nombre d’environ 32000 auQuébec.

Il est important de se sentir à l’aise avec la personne avec qui l’on travaille, et c’est pourquoi il est tout à fait pertinent de «magasiner» son conseiller financier, d’en rencontrer plusieurs au besoin avant d’arrêter son choix. Une planification financière est un processus qui exige du temps, et une collaboration assidue, qui se poursuivra pendant plusieurs années, d’où l’importance que la relation soit fondée sur un rapport de confiance.

Quelques vérifications préalables s’imposent également, en validant sur le site de l’Autorité des marchés financiers(AMF) que la personne a bien son permis d’exercice, et qu’elle exerce bien les fonctions pour lesquelles elle détient un permis valide. Cette démarche permet également de découvrir si le professionnel a des antécédents, ou s’il a déjà fait l’objet de plaintes.

Cela étant établi, il est important que Bianca ait une certaine idée de ses objectifs à la retraite, afin de pouvoir brosser une première ébauche de planification. Le travail de planification financière est une démarche collaborative. Le conseiller ne pourra faire des recommandations que s’il a une bonne compréhension de la situation de la cliente et de ses objectifs pour la retraite.

Si Bianca pouvait avoir une idée du niveau de vie qu’elle souhaite avoir à la retraite, ou des projets particuliers qu’elle envisage pour la retraite, comme celui de faire des voyages, cela pourrait la guider dans la planification.

La stratégie devra tenir compte, bien sûr, de ces objectifs à long terme, mais sans négliger pour autant les objectifs à moyen terme. Mais comme aucun objectif à moyen terme n’est mentionné dans l’étude de cas, nous nous concentrerons sur les objectifs à long terme.

Une fois les objectifs bien établis, la deuxième étape consisterait à vérifier sa capacité d’épargne, puisque l’objectif poursuivi est d’élaborer un plan en vue de la retraite. Compte tenu de ses revenus de 78000$ bruts, je calcule que son revenu annuel après impôt serait de l’ordre de 56569$, soit 4714,08$ par mois.

Si on soustrait de ce montant les dépenses mensuelles de 2 200$, on obtient une capacité d’épargne théorique de 2514, 08$ par mois.

De manière générale, en matière de stratégie d’épargne, il est de mise de privilégier les types d’épargnes et de comptes qui favoriseront un allégement fiscal: le CELI et leREER, par exemple, plutôt qu’un compte d’épargne non enregistré.

Bianca a actuellement un bon montant d’épargne non enregistré, un compte qui ne lui procure aucun avantage fiscal. Il serait important d’établir quels sont ses droits de cotisation REER inutilisés. Nous pourrons ainsi mieux définir une stratégie d’épargne pertinente et les outils de placement les mieux adaptés, sans excéder les droits inutilisés. À partir des données qui nous sont fournies, il est permis de croire que Bianca a des droits de cotisation inutilisés assez importants. L’information précise à ce sujet pourrait être obtenue en consultant le dernier avis de cotisation fédéral.

Comme aucun CELI n’est mentionné, dans le cas proposé, il est permis de croire qu’en2016, les droits de cotisation de Bianca à un CELI seraient de 46500$, ce qui lui offre, là encore, la possibilité de répartir son épargne comme elle le veut.

Quant au fonds d’urgence, plusieurs approches peuvent être adoptées. Des planificateurs financiers suggèrent de placer six mois de salaire dans un compte non enregistré, ce qui offre une grande liquidité et une bonne accessibilité; c’est ce que fait actuellement Bianca. Certains planificateurs suggèrent plutôt de placer l’équivalent de trois à six mois de dépenses fixes et variables, et enfin, d’autres proposent d’avoir une marge de crédit. Dans ce type d’outil, des intérêts ne sont exigibles que lorsque la marge est utilisée. Il devient ainsi possible de placer les fonds de manière à ce qu’ils fructifient, au lieu de les laisser dans un compte à très faible rendement, comme c’est le cas du fonds d’urgence actuel de Bianca, à 0,75%. Par ailleurs, si la marge de crédit est utilisée, rien n’empêche le titulaire de faire des remboursements en puisant dans son épargne pour rembourser la dette.

Le CELI est avantageux en ce qu’il permet de bénéficier d’une croissance du capital, à l’abri de l’impôt. Pour bénéficier pleinement de cet avantage, Bianca pourrait investir son épargne actuelle dans des fonds qui offrent un rendement beaucoup plus avantageux, dans le CELI, et à l’abri de l’impôt.

Bien sûr, ces placements devront tenir compte de la tolérance au risque de Bianca, et de l’horizon de placement, entre aujourd’hui et le moment où elle compte décaisser ses fonds. Cet outil d’épargne pourra constituer en partie son fond d’urgence par exemple, dont la croissance pourra se faire à l’abri de l’impôt, et où elle pourra retirer des sommes, au besoin, sans incidence fiscale.

En outre, si Bianca a des droits de cotisation inutilisés, elle pourra par ailleurs réinvestir les cotisations retirées dans son CELI à compter du 1erjanvier de l’année suivant le retrait.

Dans la planification de retraite de Bianca, le CELI et le REER peuvent être utilisés de concert afin d’optimiser la réalisation de ses objectifs, et de payer le moins d’impôt possible.

Je recommanderais par ailleurs à Bianca de maximiser les cotisations possibles au régime d’épargne collectif de son employeur, compte tenu du fait que, dans le cadre d’un tel régime, on bénéficie habituellement d’une cotisation de l’employeur, ce qui augmente significativement le pouvoir d’épargne de l’employé. Cela ne vaut, bien sûr, que si le régime de l’employeur offre cet avantage.

On sait que Bianca est une investisseuse un peu frileuse: elle n’aime pas la Bourse et n’aime pas prendre de risques. Il lui faudra donc gérer judicieusement l’équilibre entre le rendement souhaité, et le risque avec lequel elle est prête à composer.

On ne peut obtenir de rendement élevé sans prendre de risque. Avec l’aide d’un conseiller, Bianca pourrait apprendre à apprivoiser un certain niveau de risque, si elle souhaite vraiment obtenir un meilleur rendement de ses investissements.

Il est permis de croire que sa faible tolérance au risque actuelle tient à sa méconnaissance de l’art d’investir judicieusement. D’où l’importance de se renseigner à ce sujet auprès d’un professionnel en qui elle aurait confiance.

Il demeurera toutefois important que ce professionnel respecte son niveau de tolérance au risque, après l’avoir bien informée des tenants et aboutissants de l’abc du placement. C’est une question d’éducation.

À l’égard de l’habitation, tout est matière de choix personnels. Certaines personnes, célibataires, ne veulent aucune attache et préfèrent privilégier la souplesse qui va de pair avec le statut de locataire, plutôt que les obligations plus contraignantes liées à la propriété d’une maison. D’autres préféreront avoir une propriété bien à eux, où ils pourront accumuler une valeur nette à long terme, malgré les diverses contraintes financières et logistiques qui vont de pair avec la propriété.

Les deux formules offrent donc des vertus, et la décision relève d’un choix personnel, fondé sur une analyse des avantages et inconvénients de chacune des options. Compte tenu de la situation de Bianca, jeune et célibataire, peut-être préfère-t-elle avoir une certaine flexibilité et une certaine liberté. Pour l’instant, le fait d’être locataire lui offre une flexibilité et une liberté auxquelles elle accorde une importance dont nous devons tenir compte dans nos recommandations. Bien sûr, cette question pourra être explorée à nouveau, dans le futur, si un changement survient dans la situation de Bianca.

Il serait également important de vérifier si Bianca bénéficie de protections d’assurance adéquates.

Comme elle profite aussi des avantages d’un régime d’assurance collectif de son employeur, j’inviterais Bianca à valider la nature des protections qui sont garanties dans le cadre de ce régime.

Il serait aussi primordial que Bianca se prévale d’une assurance-invalidité pour protéger son standard de vie actuel et sa santé financière future. Par exemple, si elle devait cesser de travailler pendant une période prolongée à cause d’une invalidité, son pouvoir d’épargne pourrait être grevé. Cette situation serait susceptible de menacer son projet de retraite, surtout si elle devait conséquemment puiser dans son épargne au cours de cette période pour maintenir son niveau de vie.

Comme célibataire, Bianca est l’unique responsable de son bien-être et du maintien de son niveau de vie, d’où l’importance d’être bien assurée en cas d’invalidité ou de maladie grave pour protéger son standard de vie.

Il s’impose donc de valider les protections qui sont en place, et d’évaluer la pertinence de souscrire des protections complémentaires, qu’il s’agisse d’une assurance-invalidité ou d’une assurance en cas de maladies graves. Par ailleurs, à mon avis, compte tenu de sa situation, Bianca n’a pas besoin d’une assurance-vie, puisqu’elle n’a ni conjoint, ni enfant et peu de responsabilités financières.

En conclusion, soulignons à nouveau qu’un plan financier évolue dans le temps. Il est donc de mise de le passer en revue avec un conseillerfinancier et de le rajuster au gré des diverses étapes du parcours de vie de la cliente.

Karine & SalvatoreOpinion no3
Karine Labelle, conseillère en sécurité financière et représentante en épargne collective

Salvatore Mulé, conseiller en sécurité financière, représentant en épargne collective et assurance collective

En premier lieu, nous dresserions le budget mensuel de Bianca afin de mieux connaître son style de vie et son coût de vie actuels. Cet exercice permet de recueillir un nombre impressionnant de renseignements pertinents pour établir une bonne planification. Nous soumettrions également à la cliente un questionnaire général afin de déterminer son style de vie, ses intérêts, ses aspirations dans la vie: désire-t-elle rencontrer un conjoint? Fonder une famille plus tard?

Nous nous attarderions également à lui expliquer que notre rôle, comme conseillers, est de l’encadrer dans ses décisions et dans la définition de ses objectifs, mais aussi de la protéger contre les décisions émotives qu’elle pourrait prendre vis-à-vis des fluctuations des marchés ou dans certaines circonstances.

Cela dit, parlons de diversification: investissements, immobilier et assurances.

Après avoir fait une collecte de données détaillées, voici quelques recommandations que nous pourrions formuler à la lumière des renseignements présentés dans l’étude de cas.

Nous recommanderions sans hésiter à Bianca d’ouvrir un compte CELI, tout en lui fournissant des explications à ce sujet. Elle pourrait investir la totalité du fonds d’urgence qu’elle a accumulé, soit 33600$, dans le CELI; le plafond maximal autorisé à ce jour est de 46500$.

Une part de 20000$, sur le montant de 33600$ du CELI, devrait être investie de façon plus conservatrice (soit l’équivalent de trois mois de revenu, le plus possible en liquide). Nous recommanderions que le reste soit investi en fonction du profil d’investisseur qui aura été établi par notre équipe, en collaboration avec Bianca, pour ce compte spécifique(CELI).

Après avoir pris soin de lui expliquer ce que sont les fonds communs de placement(FCP) et de déterminer sa tolérance au risque, nous l’informerions des frais inhérents à ces fonds. Nous lui présenterions par la suite des solutions de placement offrant l’équilibre entre le risque et le rendement qui lui conviendra et avec lequel elle serait à l’aise en cas de soubresauts des marchés boursiers.

Il serait important que Bianca comprenne que lorsqu’on acquiert des fonds communs, il faut viser le long terme en focalisant sur l’objectif(retraite, long terme) et laisser aux professionnels le soin de vendre ou d’acquérir de nouveaux titres.

Bianca devrait également être sensibilisée au fait que les marchés baissiers ne doivent pas être nécessairement perçus comme un facteur négatif. Le mouvement baissier permet souvent aux gestionnaires de fonds de faire de belles acquisitions et de se repositionner. En d’autres mots, les marchés baissiers offrent souvent d’excellentes occasions!

Bianca devrait être en outre bien informée de la relation risque-rendement en matière d’investissements. Il serait donc important de lui dresser un tableau des principaux titres du portefeuille et de prendre soin de lire avec elle la fiche d’information sur le fonds et les explications qui s’y rapportent.

Rappelons qu’avant de choisir des fonds, il est important, d’avoir un plan bien établi et de bien connaître les objectifs poursuivis: À quel âge souhaite-t-elle cesser de travailler? Quels sont ses objectifs? Une fois le tout bien circonscrit, il faut savoir se faire accompagner par un spécialiste qui pourra suivre la progression du portefeuille et apporter les correctifs nécessaires, en temps opportun, au fil des années.

L’établissement d’un profil d’investisseur distinct permettra de déterminer la tolérance au risque de Bianca, dans le cadre de sa stratégie d’épargne-retraite, et de bien répartir les investissements en arrêtant des choix de placement adaptés à la réalité de la cliente.

Il serait de mise que Bianca rapatrie ses investissements dans des portefeuilles qui conviennent bien à son profil. Il faudrait passer en revue les choix de fonds dans son régime à cotisation déterminée et connaître la part investie par l’employeur, puis rééquilibrer son portefeuille au travail conformément à son profil de retraite.

En ce qui a trait aux investissements de la FTQ, il faut savoir qu’ils n’offrent aucune souplesse au chapitre des transferts; Bianca sera donc tenue de maintenir ces placements jusqu’à la retraite avant de pouvoir les transférer vers une autre institution.

Avant de pouvoir déterminer le potentiel d’épargne mensuel de Bianca et d’établir un plan systématique, il est important de connaître son style de vie et son coût de vie mensuel net réel(le montant de 2200$ présenté dans l’étude de cas au chapitre des dépenses mensuelles n’est pas assez précis). Il nous sera ainsi plus facile par la suite de déterminer le montant à consacrer à son plan financier, d’établir des stratégies pertinentes à cette fin et de bien répartir les montants alloués dans diverses solutions.

Bianca ne semble pas vouloir investir dans une maison, mais nous serions tentés d’explorer avec elle l’hypothèse de l’achat d’un immeuble locatif. Pourquoi ne pas diversifier son portefeuille en acquérant un immeuble à revenu qui, de surcroît, prendra de la valeur au fil des années et pourra servir de revenu d’appoint à la retraite?

Il serait aussi important d’évaluer l’impact que pourrait avoir une maladie grave ou une invalidité sur la situation financière de la cliente. Bianca est-elle prémunie financièrement contre ces éventualités incontrôlables? Il semble que non, selon les renseignements qui nous sont fournis dans l’étude de cas. Nous recommanderions à Bianca d’explorer la question et d’apporter les correctifs nécessaires sur ce plan, au besoin.

Bianca devrait s’assurer que l’assurance-invalidité de son assureur est maximisée et adéquate. Nous lui parlerions de l’existence de contrats d’assurance en cas de maladie grave, lesquels prévoient le remboursement des primes. Ce type de contrat pourrait la protéger pendant ses années actives et, par la suite, être une source de liquidités pour sa retraite. L’assurance en cas de maladie grave permettrait à Bianca d’avoir une base solide pour protéger son patrimoine financier.

En résumé, avant toute chose, et pour formuler des recommandations adéquates, il serait primordial d’être mieux renseignés sur la cliente, ses valeurs et ses objectifs personnels afin de lui bâtir un plan personnalisé, à son image, qui pourrait être modulé à sa situation, au fil des années. Notre travail, comme conseillers, consiste à parler de finances et de solutions, cela va de soi, mais aussi de nous intéresser à la personne, réellement, afin de pouvoir le conseiller de façon personnalisée.


Francois Bernier

L’avis de François Bernier, notaire
Directeur, techniques de planification avancées, Financière SunLife

Bianca n’a vraiment pas de quoi stresser! Elle gagne et épargne déjà assez d’argent pour s’assurer une retraite très confortable, étant donné son coût de vie très bas.

J’ai fait des calculs en présumant qu’elle continuera à gagner 78 000 $ indexés à 2,1 % par an, jusqu’à 65 ans. Si elle consacre 5 % de son salaire dans son régime à cotisation déterminée (CD), si son employeur y verse l’équivalent, et si l’on ajoute les pensions de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et de la Sécurité de la vieillesse (SV), alors Bianca pourra vivre jusqu’à cent ans avec encore beaucoup d’argent dans son compte!

Même si les rendements de ses placements sont peu intéressants, elle vit de façon si simple qu’elle n’a aucune inquiétude à avoir. Cependant, une bonne planification ne consiste pas forcément à recommander aux gens de vivre comme des moines et de finir leurs jours millionnaires.

On rencontre peu de clients aussi disciplinés et soucieux de l’avenir que Bianca; ce sont des cas rarissimes, mais ils existent. Peut-être appartient-elle à une génération plus frugale que celle de ses aînés; les jeunes ont plus de mal à croire à la possibilité de la retraite que les baby-boomers, qui pensaient beaucoup au concept de la « retraite à 55 ans ».

Bianca pourrait se payer quelques extras tout en s’assurant d’un revenu confortable à la retraite. En plus de son régime CD, elle pourrait mettre un peu d’argent dans son REER et dans un CELI. Cela lui permettrait de s’offrir les vacances ou l’auto dont elle rêve, ou de prendre sa retraite de façon anticipée.

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