La comédie française «Tanguy», réalisée par Étienne Chatillez, n’était que le prélude d’un phénomène social qui prend de plus en plus d’ampleur dans la vie de votre clientèle: celui des jeunes adultes qui tardent à se séparer du domicile familial. Il est fort probable, d’ailleurs, que l’un de vos clients retarde sa retraite pour épauler financièrement ses enfants. Quels conseils pourriez-vous leur prodiguer pour éviter que l’aide apportée à la marmaille ne vienne compromettre la retraite si soigneusement préparée?

La plus récente étude de Statistique Canada[1] sur le sujet confirme que les enfants vivent de plus en plus longtemps chez leurs parents. En2011, 42% des jeunes adultes âgés de 20 à29ans vivaient ainsi sous le toit familial, alors que cette proportion n’était que de 27% en 1981. Le rapport en question souligne que «la prévalence de la corésidence des jeunes adultes de 20 à 29 ans avec leurs parents varie selon leurs caractéristiques ethnoculturelles, socioéconomiques et géographiques». Plusieurs motifs soutiennent donc cette tendance.

Des circonstances derrière ce S.O.S. aux parents

Mathieu, trente-deux ans, est toujours bien campé dans la maison familiale. Un deuxième cycle universitaire s’imposait, semble-t-il. Conjuguer le coût de la vie avec la poursuite d’études avancées peut effectivement s’avérer complexe. Renée, elle, 29ans, souhaite plutôt accumuler une mise de fonds suffisante pour l’achat d’une maison, en raison de l’explosion des prix observée dans le secteur immobilier. «Et pas question d’être locataire entre-temps,» dit-elle. Le sous-sol du paternel semble effectivement beaucoup trop confortable.

Il y a ceux qui «collent» longtemps, et il y a ceux qui doivent plutôt recoller les morceaux, rapidement. Jonathan, lui, s’est séparé récemment. La tristesse de l’évènement cède immédiatement place à la réalité financière qu’il se doit désormais d’affronter. La vente de la résidence, le partage des biens, le déménagement, la garde partagée et la détermination du montant de la pension alimentaire. Quoi de mieux que de retourner chez papa et maman, temporairement du moins, le temps d’y voir plus clair?

Le désir de gâter les petits-enfants s’avère parfois aussi un poste budgétaire important pour vos clients. L’objectif: soulager leur propre progéniture du poids excessif associé aux nombreuses responsabilités financières qui incombent désormais aux jeunes familles. Encore faut-il que grand-maman et grand-papa respectent le plan financier établi…

Quoi qu’il en soit, l’amour filial n’a pas de prix, mais peut compromettre certains volets de la planification de la retraite de vos clients. Un sondage Angus Reid mené pour la Banque CIBC[2] en septembre2015 dévoilait ainsi que près de 23% des parents injectaient plus de 500dollars par mois pour aider leurs enfants adultes à payer le coût de certaines dépenses. Parmi les parents concernés, 47% ont affirmé que leur capacité à épargner avait été moindre durant cette période, et 20% ont dû, tout simplement, retarder quelque peu leur départ à la retraite. Plusieurs d’entreeux sont âgés de plus de cinquante ans et envisageaient pourtant de redoubler d’ardeur en matière d’épargne-retraite durant cette période de leur vie.

Pour éviter que fiston ne devienne un boulet financier

Vos clients peuvent assurément épauler leur progéniture, sans nécessairement nuire à leurs prévisions budgétaires. La première règle à établir, au retour du rejeton, consiste à communiquer les attentes de chacun et surtout, les modalités entourant ce «dépannage», parce que plus la durée prévue du séjour est longue, plus les conséquences financières peuvent s’avérer importantes à défaut d’une entente équitable.

Un client envisage d’épargner 1000dollars par mois dans son REER. Or, l’aîné de la famille en arrache et retourne vivre dans la maisonnée familiale. Après un mois de «vie commune», l’épargne prévue fond plutôt à 600 dollars par mois. Il n’y a aucun mal à exiger un loyer mensuel de 400dollars pour contrebalancer l’effet des dépenses additionnelles totales à assumer. Après tout, «l’adulescent» réside dans la maison familiale, et non à l’hôtel. Sa participation est donc essentielle, comme dans la vraie vie. Et non, l’obligation de participer aux tâches ménagères n’est pas une option, mais une nécessité!

À défaut d’établir un montant fixe selon une formule «tout inclus», votre client pourrait plutôt comptabiliser un remboursement des dépenses «à la pièce». Le futur dentiste est un fin gourmet? Sa préférence penche pour le filet mignon? Son palais ne jure que par le vin à 30dollars la bouteille? Son appétit double le vôtre? Invitez-le donc à assumer sa quote-part de l’épicerie. Dans un autre ordre d’idées, si le nouveau «locataire» est aussi un utilisateur régulier de Netflix, votre client devra probablement augmenter la consommation de la bande passante de son forfait Internet, qui coûtera, inéluctablement, plus cher. À fiston d’assumer la note!

La vie continue!

Le séjour de Tanguy s’est déroulé comme un charme et il s’apprête à voler, de nouveau, de ses propres ailes? De plus, la situation financière de votre client demeure saine et conforme aux prévisions? Les parents pourraient toujours offrir un coup de pouce inattendu pour aider leur enfant à lancer son nouveau projet, à moins que ne soit venu le temps de prendre soin d’un parent vieillissant sous leur propre toit…


[1] Source: Regards sur la société canadienne «La diversité parmi les jeunes adultes qui vivent avec leurs parents», 15 juin 2016. (http://www.statcan.gc.ca/pub/75-006-x/2016001/article/14639-fra.htm)
[2] Source: Banque CIBC (http://www.newswire.ca/fr/news-releases/les-parents-disent-que-leurs-enfants-adultes-drainent-leurs-economies-dapres-un-sondage-de-la-banque-cibc-523820631.html)