En raison du patrimoine qu’ils ont accumulé, les aînés sont souvent une cible de choix pour les fraudeurs. À plus forte raison s’ils sont isolés de leurs proches ou si un déclin cognitif est constaté. Et détrompez-vous, la fraude financière, ça n’arrive pas qu’aux autres…

Daniel Plouffe, directeur, solutions de gestion de patrimoine à la Sun Life, peut d’ailleurs en témoigner. Dans la dernière année, deux Clients qu’il a rencontrés ont été victimes de stratagèmes frauduleux. L’homme, qui possède plus de 20 années d’expérience dans l’industrie, raconte leurs mésaventures respectives.

50 000 $ qui s’envolent en fumée

Dans ce premier cas, le Client questionne Daniel Plouffe à propos d’un portefeuille d’actions. « La victime avait déposé 50 000 dollars par le biais d’une plateforme qui devait lui permettre d’échanger des titres boursiers avec une promesse de rendement supérieur aux Bourses traditionnelles », explique-t-il.

Or, le site en question était faux : il faisait d’ailleurs partie de la liste noire du registre en ligne fourni par l’Autorité des marchés financiers (AMF). « Au premier coup d’œil, ça tenait la route : les arnaques sont de plus en plus sophistiquées ». Le Client a été dépouillé de la somme en question, détournée au profit des malfaiteurs. Les transactions d’achat et de vente d’actions n’étaient évidemment que fictives.

Une Cliente sauve la mise

Dans un second dossier, le fraudeur avait au préalable mis la main sur les informations personnelles complètes d’une dame âgée, dont les actifs s’élevaient alors à plus de 2 millions de dollars. Avant même qu’elle ait pu savourer son café du matin, le téléphone sonna. Le fraudeur lui ordonnait de transférer 50 000 dollars en guise de rançon à payer, par le biais d’une cryptomonnaie, à défaut de quoi il allait s’emparer de la totalité des comptes bancaires de madame.

Confrontée au fait que le magouilleur lui défilait l’ensemble de ses données personnelles, elle raccrocha, médusée. « Elle n’a pas hésité à contacter la police et à prendre arrangement avec les institutions financières pour protéger ses avoirs », ajoute avec soulagement M. Plouffe.

L’importance de discuter du sujet avec le Client

Les personnes âgées représentent probablement une portion non négligeable de votre clientèle. Peuvent-elles avoir besoin de soutien supplémentaire pour gérer leur patrimoine, vu leur réalité familiale ou leur santé plus fragile ? C’est possible. « Et sachant qu’elles peuvent être vulnérables à des stratagèmes frauduleux, il est impératif que vous les informiez des risques qu’elles encourent », dit Daniel Plouffe. On distingue principalement trois fraudes courantes.

1) La fraude par affinité

Les fraudeurs tissent parfois leur toile dans une association de loisirs ou un regroupement quelconque. « Ils profitent du fait que les gens partagent les mêmes intérêts pour en venir à gagner leur confiance. Une fois le lien établi, ils proposent des occasions d’investissement… qui n’en sont pas réellement », explique Daniel Plouffe. Ainsi, lorsqu’un premier membre tombe dans le piège, un second suit souvent rapidement, tous deux se faisant alors rappeler de ne pas ébruiter l’affaire vu l’incroyable rendement auquel ils auront supposément droit…

2) Le proche en détresse

Dans ce scénario, le malfaiteur se fait passer pour un proche du grand-parent dans l’objectif de lui soutirer de l’argent rapidement. « Le fraudeur pourrait ainsi se faire passer pour le petit-enfant et mentionner à sa grand-mère avoir un urgent besoin d’argent pour se sortir d’un mauvais pas. » Un appel téléphonique bien ficelé ou un message envoyé sur un réseau social suffit parfois à faire tomber la victime dans le panneau.

3) L’hameçonnage

Attention de ne pas mordre à l’hameçon ! Il faut se méfier des faux courriels ou messages texte. « Les fraudeurs tentent par ces moyens de se faire passer pour des entreprises légitimes, des institutions financières ou des agences gouvernementales dans l’objectif de soutirer aux victimes des renseignements personnels », ajoute M. Plouffe. Une fois qu’ils ont acquis le numéro d’assurance sociale (NAS), le numéro de la carte de crédit et le NIP associé à celle-ci, à titre d’exemple, ils ont tout le loisir de commencer leurs emplettes…

Des ressources gratuites à votre intention

CSI, une société de Moody’s Analytics, propose l’initiative La santé financière des aînés pour vous aider à appuyer les personnes âgées à maintenir une sécurité financière durable. La section du site réservée aux conseillers vous offre des ressources gratuites conçues sur mesure pour cette clientèle et les membres de leur famille.

Vous pouvez également consulter le guide Protéger un client en situation de vulnérabilité publié par L’AMF ou visiter la section sur la clientèle vieillissante du site de la Chambre de la sécurité financière.

5 bons réflexes à partager avec votre clientèle

Réduire les risques : Ne divulguez pas vos informations personnelles à qui que ce soit. Mémorisez votre NIP et ne l’inscrivez pas sur votre carte bancaire. Suivez vos affaires bancaires régulièrement pour déceler toute irrégularité.

Vérifier les dires : Soyez vigilant et méfiant « lorsque c’est trop beau pour être vrai ! ». Consultez le registre de l’AMF pour vérifier la validité du permis de votre interlocuteur.

Réfléchir avant de signer : Il n’y a aucun mal à demander conseil à une personne de confiance lorsque vous recevez une proposition qui semble trop alléchante.

Surveiller vos informations personnelles : Si vous bénéficiez d’un système d’alerte fourni par les principales agences de crédit, assurez-vous de bien en comprendre le fonctionnement.

Porter plainte sans gêne : Vous vous êtes trompé ? Déposez une plainte à la police, à l’AMF et à votre institution financière. Coupez ainsi court aux aspirations futures des fraudeurs.