Bon nombre d’investisseurs évitent de faire des placements dans les marchés émergents parce qu’ils croient que leurs placements seront plus sûrs dans leur propre pays que dans des pays étrangers qu’ils ne connaissent pas.

Cette hypothèse a longtemps semblé justifiée, car les marchés émergents ont été touchés de plein fouet par des événements majeurs qui sont survenus dans leur région, comme la crise monétaire asiatique ou à l’échelle mondiale, et comme l’augmentation du prix du pétrole ou la hausse soudaine du dollar américain.

Mais est-ce que ces problèmes devraient faire ombrage aux changements qui ont eu lieu dans les marchés émergents et qui devraient pousser les investisseurs à revoir leur position? De nombreux pays émergents ont adopté des régimes de gouvernance et de réglementation qui correspondent à ceux des pays occidentaux, et certaines de leurs sociétés sont aussi prospères que celles du Canada ou des États-Unis.

Placements mondiaux Sun Life a récemment fait l’acquisition de Fonds Excel. Christine Tan, qui était auparavant chef des placements à Fonds Excel et qui occupe maintenant le poste de vice-présidente adjointe, gestionnaire de portefeuille, Placements mondiaux Sun Life, affirme que les conseillers devraient examiner plus sérieusement les marchés émergents. Selon elle, les placements faits dans ces pays sont relativement sûrs et un grand nombre d’entreprises de ces pays sont solides et stables.

« Bien des sociétés de ces pays sont aussi stables que celles des pays développés, mais leur rythme de croissance est plus rapide », souligne-t-elle.

Mme Tan indique que, de nos jours, les résultats sont excellents dans la plupart des secteurs des marchés émergents, comme le secteur bancaire et ceux des télécommunications, des biens de consommation de base et de la technologie.

Elle cite l’exemple du géant chinois de la technologie Tencent Holdings Ltd, qui a été fondé il y a 20 ans, dont la capitalisation boursière est de 460 milliards de dollars américains. L’équipe de direction de cette société est forte, et certains de ses dirigeants ont étudié aux États-Unis et travaillé pour des entreprises de Silicon Valley – le cœur du secteur américain de la haute technologie.

« Ces sociétés ont une gouvernance solide. Certaines d’entre elles sont cotées en bourse aux États-Unis et se conforment aux exigences américaines en matière de déclaration et de divulgation », ajoute Mme Tan.

Comme l’économie de la Chine continue de croître à un rythme de presque 8 % par année, les sociétés de ce pays se développent plus rapidement que leurs concurrents des marchés développés; cette situation pourrait leur permettre d’obtenir une plus grande part du marché que leurs concurrents nord-américains et européens. « Il est intéressant de noter qu’en dépit de leur taille, ces sociétés continuent d’afficher une croissance très rapide; cela est dû au fait que la population du pays est très jeune et que la pénétration des biens et services demeure toujours faible », précise-t-elle.

L’Inde est un autre pays qui a connu une croissance rapide au cours des dernières années. La Yes Bank, par exemple, a vu ses revenus augmenter de 30 % en un an à la fin de 2017, une progression beaucoup plus rapide que ses homologues canadiens et beaucoup plus petite par rapport à elle.

En 14 ans à peine, la Yes Bank est devenue la quatrième banque privée en importance en Inde et l’une des cinq plus rentables du pays. Rana Kapoor, directeur général et chef de la direction de Yes Bank, affirme que cette croissance rapide résulte de l’amélioration du cadre réglementaire, d’innovations technologiques et de changements structurels dans l’économie, et qu’il en est de même pour bien d’autres sociétés des pays émergents.

La classe moyenne de l’Inde continue de s’élargir. Selon le Brookings Institute, 380 millions de personnes devraient s’y ajouter d’ici 2030. Un large éventail de secteurs ont donc connu une croissance phénoménale, comme ceux des services financiers, des télécommunications, de l’automobile et des produits pharmaceutiques. Il n’est alors pas étonnant que certaines banques privées et sociétés financières indiennes affichent une croissance annuelle de 30 % et un rendement des capitaux propres supérieur à 20 % par année.

La Chine connaît une croissance semblable. Selon les prévisions, 350 millions de personnes devraient intégrer la classe moyenne d’ici 12 ans. De plus petits pays, comme les Philippines et l’Indonésie, affichent eux aussi une croissance rapide. En effet, la population de l’Indonésie est presque la même que celle des États-Unis, mais elle est beaucoup plus jeune et son revenu, qui est moins élevé, ne cesse d’augmenter, affirme Mme Tan. « Imaginez où ces pays seront rendus dans dix ans », ajoute-t-elle.

Les marchés émergents dépendaient auparavant de leurs exportations vers les États-Unis et les autres pays développés. C’est ce qui explique, en partie, la volatilité de ces marchés par le passé. Si, par exemple, les États-Unis subissaient une récession, les pays émergents étaient grandement touchés. Mais aujourd’hui, comme la classe moyenne de ces pays ne cesse de grandir et que les dépenses de consommation intérieure sont à la hausse, ces économies peuvent résister davantage aux bouleversements de l’économie mondiale.

L’émergence de la classe moyenne, l’adoption de politiques plus progressistes et l’augmentation des dépenses publiques d’infrastructure ont rendu ces pays émergents plus résilients.

Les conseillers doivent être conscients que la croissance du prix des actions pourrait ralentir au fur et à mesure que les sociétés s’agrandissent et que les économies des pays émergents deviennent plus matures. « Les marchés émergents sont devenus moins volatils, ce qui est normal pour une catégorie d’actif en voie de maturation. Les rendements annuels seront désormais plus modérés dans l’ensemble », explique Mme Tan.

Cependant, pour le moment, les marchés émergents progressent nettement plus vite que les marchés développés. Et en raison d’un niveau de volatilité moins élevé, cela pourrait signifier, au fil du temps, un meilleur rendement rajusté en fonction du risque.

« C’est pourquoi les investisseurs devraient désormais considérer ces marchés comme un compartiment plus stratégique de leur portefeuille, affirme Mme Tan. Si vous êtes jeune et n’avez pas besoin de votre capital avant une trentaine d’années, vous voudrez peut-être investir davantage dans ces marchés. »

Mme Tan préfère, quant à elle, investir dans de plus grandes sociétés qui offrent un avantage concurrentiel plutôt que dans des entreprises plus petites qui affichent une plus forte croissance, mais dont les dirigeants pourraient être moins chevronnés. « Fondamentalement, nous ne cherchons pas la petite entreprise susceptible de prendre son envol, explique-t-elle. Nous sommes à l’affût de sociétés durables qui possèdent un avantage concurrentiel et qui sont dirigées par une équipe expérimentée, capable de gérer efficacement la totalité du cycle. »

Étant donné les changements survenus dans les marchés émergents, les conseillers devraient se poser une question importante : faut-il inclure des placements dans les marchés émergents dans les portefeuilles des clients? Mme Tan croit que oui, car les placements dans ces marchés deviendront plus stables à long terme.

Pour en savoir plus sur le sujet, écoutez la vidéo avec Christiane Tran.