C’est bien beau d’avoir travaillé d’arrache-pied tout au long d’une carrière et d’avoir tenté, tant bien que mal, d’épargner pour vivre éventuellement la retraite convoitée. Par contre, cette phase d’accumulation ne sera couronnée de succès qu’au moment du décaissement judicieux des actifs en question. Il est recommandé d’accompagner le client lorsque ce dernier doit piger intelligemment dans ses avoirs pour financer le train de vie souhaité.

1) Le point de départ

La première étape d’un plan de décaissement? « La base demeure toujours de déterminer le coût de vie estimé à la retraite, après impôt », s’anime notre invité. Évidemment, plus le moment de la retraite approche, plus l’épargnant doit faire une estimation précise. « L’idée peut être vague dix ans avant la retraite, mais l’idéal demeure d’aborder le sujet avec le client au moins cinq à sept années avant son départ du marché du travail », suggère-t-il. Pourquoi? « Le but de l’exercice se résume à décaisser annuellement les montants requis tout en minimisant la facture fiscale », complète-t-il.

2) Une liste de toutes les sources de revenus

À chaque type de revenu… son impact fiscal! Le client détient-il un compte d’entreprise, par l’entremise de sa société? Ou possède-t-il des actifs non enregistrés? C’est à cette étape qu’il est recommandé d’identifier tous les revenus potentiels du client, incluant les prestations en provenance de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), du Supplément de revenu garanti (SRG) et du Régime des rentes du Québec (RRQ). Dressez aussi une liste des autres sommes détenues dans des comptes enregistrés – REER, CELI, FERR, CRI et FRV, à titre d’exemple. Et, en terminant, le client bénéficie-t-il d’un régime de retraite à cotisations ou à prestations déterminées de son employeur?

3) Des stratégies pour naviguer habilement dans l’univers du décaissement

Tenez compte de la pension de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti

Le retraité ne comptant que sur de faibles revenus devrait s’assurer de ne pas décaisser davantage que le seuil d’admissibilité prévu par le SRG. Si le revenu annuel, en excluant la PSV, dépasse 17 759,99 dollars pour une personne seule, le client n’est plus admissible au versement en question. Quant à celui qui possède plusieurs sources de revenus, il devrait s’assurer de ne pas dépasser le cap des 75 910 dollars (en 2018) annuellement pour ne pas perdre son droit à la PSV.

→ Le crédit d’impôt en raison de l’âge est votre allié

Le crédit d’impôt en raison de l’âge est un cadeau du gouvernement fédéral. Il représente un montant de 7 225 dollars, soit l’équivalent d’une réduction de plus de 1 000 dollars sur l’impôt à payer à l’Agence du revenu du Canada (ARC). Ce crédit diminue graduellement pour tout contribuable ayant un revenu oscillant entre 36 430 et 84 597 dollars annuellement.

→ Le meilleur moment d’opter pour la RRQ

À quel moment le client devrait-il envisager de recevoir ses prestations en provenance de la RRQ? Ici, deux écoles de pensées s’affrontent. « Pour une personne en bonne santé, comptant d’autres sources de revenus, les actuaires considèrent généralement qu’il s’avère plus avantageux de reporter à 68 ou 69 ans le moment d’encaisser cette rente. Il s’agit d’une opinion plus mathématique », explique François Bernier. Par contre, l’autre vision des choses, plus comportementale, suggère d’encaisser cette rente dès que possible : ce choix évite de gruger votre propre capital et permet d’utiliser dès que possible une source de revenu qui n’est pas transmissible aux héritiers (à l’exception de la pension payable au conjoint survivant). Cette décision peut être lourde de sens : la rente mensuelle maximale est de 713 dollars, 1 114 dollars ou 1 582 dollars par mois, en fonction du déclenchement à 60, 65 ou 70 ans, respectivement. « Du simple ou double », observe notre expert.

→ La division de la rente de retraite entre conjoints (RRQ)

Le client pourrait avoir intérêt à diviser sa rente de la RRQ avec son conjoint, dans l’espoir d’être imposé dans une fourchette d’imposition inférieure. Il n’est pas nécessaire que les deux conjoints aient cotisé au Régime de rentes du Québec pour diviser la rente de l’un d’eux, mais les deux conjoints doivent avoir 60 ans ou plus.  « Et un simple formulaire à remplir suffit pour compléter cette démarche », explique François Bernier.

→ Le fractionnement du revenu de retraite avec le conjoint

Cette stratégie s’effectue, contrairement à la précédente, directement à partir de la déclaration de revenus. Un client aisé pourrait ainsi fractionner, généralement à compter de l’âge de 65 ans, son revenu de retraite, en provenance d’un régime de l’employeur, d’un FERR ou d’un FRV, à titre d’exemple.

→ Choisir des fonds de catégorie

Au lieu de retirer d’un compte enregistré – et de risquer ainsi de voir sa PSV diminuer –, le client pourra, dans certains cas, reporter le décaissement de son REER et utiliser son épargne non enregistrée pour investir dans des fonds de catégorie.  Au moment de l’encaissement de ces mêmes fonds, une partie du revenu demeurera non-imposable, vu qu’il s’agit, partiellement, d’un retour de capital.

→ Le CELI : on aime!

« Le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) prendra davantage de place dans la planification financière au moment de la retraite », confirme François Bernier. L’épargnant n’y ayant jamais contribué peut y déposer 57 500 dollars en 2018. Contrairement à la règle qui prévaut au REER, les retraits y sont non imposables. « Puisque le rendement y demeure aussi à l’abri de l’impôt, le compte de certains épargnants pourrait éventuellement facilement dépasser le cap des 100 000 dollars », estime-t-il. Ce régime offre donc une certaine souplesse, en permettant aux gens aisés de limiter le revenu imposable ou à d’autres retraités de conserver le SRG, en décaissant d’un CELI au lieu du REER, à titre d’exemple.

Décaissement : les clients se sentent-ils en sécurité?

À cette étape, plusieurs clients souhaiteront être rassurés rapidement. « Que dois-je décaisser, et à quel moment? », se questionnent-ils. Auront-ils le sentiment d’avoir un plan? « Votre rôle, après avoir favorisé l’accumulation de richesse du client, doit éventuellement évoluer vers une stratégie de décaissement des actifs », rappelle François Bernier. Et si l’accompagnement optimal du client lors de cette période charnière pouvait s’avérer le gage de nouvelles opportunités d’affaires…