La plupart des contribuables n’ignorent plus que cotiser à un régime enregistré d’épargne-retraite (REER) est une manière de réduire l’impôt qu’ils paieront dans l’année tout en faisant fructifier le montant versé, ce qui leur permettra d’améliorer leurs revenus durant leurs vieux jours. Beaucoup savent aussi qu’ils peuvent y verser l’équivalent de 18 % de leur revenu de l’année précédente, dans la limite de 26 010 $ pour l’année d’imposition 2017 et de 26 230 $ pour 2018, comme le rappelle un mini‑questionnaire de La Presse.

Pourtant, cette « économie forcée » est aujourd’hui en perte de vitesse au pays depuis quelques années. Ainsi, un sondage réalisé en février 2017 montrait que seuls 17 % des Canadiens avaient cotisé ou avaient l’intention de le faire avant la date limite du 1er mars. Le commanditaire de cette enquête d’opinion, H&R Block, expliquait alors que ce faible taux de cotisation était probablement causé par « la stagnation des revenus au Canada au cours des dernières années », puisque « sans augmentation de salaire, il est difficile de cotiser davantage, voire de cotiser tout court, à un REER ».

Une tendance confirmée par un sondage, mené en janvier pour le compte de la Banque CIBC (voir plus bas). Celui-ci révèle que près de la moitié des personnes interrogées (49 %) ne pensent pas utiliser un REER comme principale source de revenus à la retraite, tandis que 40 % d’entre elles (dont 33 % des 55 ans et plus) n’en possèdent tout simplement pas. Une autre enquête d’opinion publiée ce mois-ci par BMO indique par ailleurs que 40 % des Canadiens n’ont pas assez d’argent pour cotiser et que, dans l’ensemble, le montant moyen qu’ils ont déjà versé a diminué par rapport à celui de l’an dernier (4 616 $, contre 5 088 $).

1) LE REER n’attire guère les Canadiens

Un sondage pancanadien réalisé en ligne le mois dernier pour le compte de la Banque CIBC montre que les deux tiers des Canadiens (65 %) ne consultent pas d’experts en prévision de leur retraite et que deux sur cinq (39 %) ne voient pas « l’utilité » d’investir dans un REER « étant donné qu’à la retraite, vous payez en impôts toutes les sommes épargnées ». Les deux tiers d’entre eux (67 %) croient aussi qu’un compte d’épargne libre d’impôt (CELI) est un instrument d’épargne plus efficace, parce qu’il est complètement exonéré d’impôt. Résultat, près de deux répondants sur cinq (39 %) ne prévoient pas de cotiser à un REER cette année, tandis que 19 % se demandent encore s’ils le feront ou non.

L’enquête constate par ailleurs que seulement 51 % des répondants considèrent le REER comme une importante source de revenus après avoir quitté le marché du travail. Parallèlement, seul un tiers d’entre eux (35 %) sollicite les conseils d’un expert pour planifier cette étape de leur vie, un autre tiers (31 %) affirme la préparer par ses propres moyens, tandis que plus d’un sur cinq (22 %) s’en remet aux conseils de la famille et des amis. Curieusement, même si trois sondés sur cinq (57 %) indiquent qu’ils aimeraient savoir quelle est la meilleure stratégie pour eux, ils sont peu nombreux à demander conseil auprès d’un expert. Enfin, le sondage dévoile que plus de la moitié des Canadiens (54 %) ne comprennent pas quelles seront les incidences fiscales d’un REER à la suite de leur décès ou de celui de leur conjoint ou conjointe.

« Ces dernières années, plusieurs mythes ont circulé au sujet des REER, qui leur font, injustement, mauvaise presse, et les Canadiens se demandent si un REER a toujours la cote… Bien que les besoins de chacun en matière de retraite varient, il importe de prendre le temps d’établir un plan de retraite pour vous assurer d’avoir les fonds suffisants pour vous offrir le style de vie que vous souhaitez, payer des dépenses imprévues comme des coûts de soins de santé, ou laisser un legs à vos héritiers. Les REER devraient être encore le principal instrument d’épargne-retraite pour la plupart des Canadiens et, dans de nombreux cas, ils peuvent être leur meilleure option », commente la CIBC.

2) Cinq mythes sur le REER déboulonnés

En réaction au sondage de la CIBC, Jamie Golombek a rédigé un rapport intitulé À la défense des REER : dissiper les mythes courants dans lequel il s’applique à déboulonner certaines idées reçues qui ont, selon lui, contribué au récent déclin de ces régimes partout au pays. Et dans un article (en anglais) publié en janvier par le Financial Post, le directeur gestionnaire, Planification fiscale et successorale, Planification financière et conseils CIBC passe en revue les cinq plus grands mythes sur les REER auxquels les Canadiens ne peuvent s’empêcher de croire. Son but? Mettre un terme « à des idées non fondées » qui les empêchent « de tirer pleinement parti des occasions d’épargne que vous offre le REER » et « démontrer pourquoi le REER représente, pour de nombreux particuliers, la meilleure façon d’épargner en vue de la retraite ».

Premier mythe : « Investir dans un REER ne sert à rien, puisqu’à la retraite on paiera en impôts les sommes épargnées. » Jamie Golombek lui tord le cou en rappelant que si le contribuable paie en effet de l’impôt sur les sommes retirées de son régime, il obtient aussi une déduction fiscale pour les cotisations qui y sont versées. Lorsque son taux d’imposition est moins élevé l’année du retrait que celle où il verse sa cotisation, ce qui est le cas le plus fréquent, le REER lui offre un taux de rendement après impôt intéressant. Et même si ce n’est pas le cas, souligne-t-il, la plupart du temps, on obtient malgré tout une meilleure performance avec un REER qu’avec des placements non enregistrés, et ce, « grâce à la capitalisation efficace des revenus de placement en franchise d’impôt ».

Deuxième mythe : « Il est préférable d’investir dans un CELI plutôt que dans un REER. » Faux, répond Jamie Golombek. « En réalité, un REER représente généralement un meilleur choix qu’un CELI, si vous prévoyez que votre taux d’imposition sera inférieur à la retraite. C’est particulièrement probable si vous êtes un baby-boomer, que vous êtes à l’étape de votre vie où vous gagnez le plus d’argent et que vous prévoyez de toucher un revenu moins élevé à la retraite », explique-t-il. Il admet cependant que, « dans certains cas, le CELI représente une option plus avantageuse, par exemple si vous prévoyez que votre taux d’imposition sera plus élevé à la retraite ou si vous êtes confronté à la récupération des prestations de la SV [programme de la Sécurité de la vieillesse] ou du SRV [Supplément de revenu garanti] ».

Troisième mythe : « Mieux vaut d’abord rembourser ses dettes. » Si Jamie Golombek reconnaît que le remboursement d’une dette à intérêt élevé est une sage décision, il ajoute le fait de choisir cette option au détriment de l’épargne-retraite « est souvent une décision émotive qui n’a rien à voir avec les chiffres ». Son argument? « Comme les taux d’intérêt hypothécaires frôlent des creux inédits depuis 60 ans, si l’on néglige son épargne à long terme pour rembourser une dette, on risque de sacrifier la qualité de sa retraite. »

Quatrième mythe : « Je n’ai pas assez d’argent pour investir dans un REER. » En réalité, il n’est pas nécessaire d’investir une somme énorme et « verser des cotisations modestes, mais régulières peut rapporter gros », assure Jamie Golombek. Et pour appuyer cette affirmation, il fait le calcul suivant : en versant 100 $ chaque mois dans un REER de l’âge de 30 ans à 65 ans, avec un taux de rendement moyen de 5 % sur ses placements, un particulier peut accumuler plus de 114 000 $ dans son régime. Cette épargne pourrait lui procurer un revenu avant impôt de plus de 9 100 $ par année pendant 20 ans, en complément de son revenu de retraite, souligne le dirigeant.

Cinquième mythe : « Si j’investis trop dans un REER ou un FERR, l’impôt à payer après mon décès sera élevé. » En vertu des règles fiscales, la valeur d’un REER ou d’un FERR à la date du décès doit être incluse dans les revenus de la déclaration de revenus finale du cotisant, et c’est son taux d’imposition marginal pour l’année du décès qui s’applique, détaille Jamie Golombek. Toutefois, nuance-t-il, « certaines exceptions permettent un transfert à l’abri de l’impôt à certains bénéficiaires ». Ainsi, « l’inclusion du revenu peut être reportée si le REER ou le FERR est transféré au conjoint survivant ». De même, il est possible de léguer un REER ou un FERR à un enfant ou un petit-enfant financièrement à charge, qui sera utilisé pour l’achat d’une rente enregistrée devant prendre fin lorsque celui-ci atteindra l’âge de 18 ans. L’avantage? « Cela permet de répartir sur plusieurs années l’impôt sur le produit du REER ou du FERR. L’enfant ou le petit-enfant peut donc profiter des crédits d’impôt personnels et des taux d’imposition marginaux progressifs chaque année jusqu’à sa majorité ».

Pour en apprendre davantage sur les différents moyens de réduire l’impact fiscal d’un REER au décès, les personnes intéressées peuvent consulter cet article de fond publié l’an dernier par la Financière Sun Life.

3) Quels sont les avantages et les limites du régime?

S’il y a deux camps, soit ceux qui sont pour le REER et ceux contre le REER et autant d’indécis au pays, c’est que ce régime présente « des avantages et des limites », estime Alain Chevalier. Dans une chronique rédigée pour le compte de l’Institut québécois de planification financière (publiée l’an dernier, mais plus que jamais d’actualité), ce planificateur financier note qu’il y a d’un côté « ceux qui voient dans le REER la principale, sinon l’unique, façon de se bâtir un patrimoine pour la retraite et s’assurer de ne pas manquer de revenus durant leurs vieux jours ». À l’opposé, il y a ceux qui sont contre, car ils n’y perçoivent aucun avantage, un groupe qui comprend notamment des propriétaires d’entreprise, qui misent plutôt sur celle-ci pour financer leur retraite. Et selon le planificateur financier, départager les deux camps ne va pas forcément de soi.

Du côté des atouts du régime, il cite le fait que « les contributions sont déductibles du revenu net, ce qui permet d’obtenir des réductions d’impôts parfois substantielles en diminuant le revenu net et le revenu imposable ». Cette diminution du revenu net « permet également d’accroître l’accès à plusieurs crédits d’impôt et prestations gouvernementales ». Le REER est également « un outil démocratisé c’est-à-dire que tout contribuable avec des revenus admissibles y a accès. » Un autre de ses avantages est qu’il peut être utile pour autre chose que pour la retraite. Par exemple, le régime d’encouragement à l’éducation permanente permet de financer un retour aux études à temps plein du particulier ou du conjoint à hauteur de 10 000 $. De même, le régime d’accession à la propriété (RAP) peut aider un premier acheteur à payer l’achat de sa résidence en retirant jusqu’à 25 000 dollars sans impact fiscal, à condition toutefois de rembourser cette somme dans un délai de 15 ans.

En revanche, souligne Alain Chevalier, les retraits faits d’un REER, d’un FERR ou d’un fonds de pension augmentent le revenu net et le revenu imposable, « ce qui entraîne des impôts à payer et peut faire perdre des prestations gouvernementales. » Ce produit comporte aussi certaines limites, selon le planificateur financier. Ainsi, il n’est pas possible d’accumuler des droits de cotisation plus vite qu’au rythme de 18 % du revenu gagné de l’année précédente, et sans pouvoir dépasser un certain montant (26 230 $ pour l’année d’imposition 2018, en fonction du revenu gagné de 2017). Enfin, la date butoir pour contribuer au régime est généralement fixée au 1er mars.

Conclusion d’Alain Chevalier pour les contribuables : « Vous comprendrez donc que lorsqu’on parle du REER, il n’y a pas que deux réponses, y contribuer ou non, mais bien une multitude de scénarios à considérer. Nous ne saurions trop vous recommander de vous faire accompagner dans vos réflexions et vos décisions par votre planificateur financier. Ce dernier tiendra compte de vos besoins et de votre situation personnelle, familiale, sociale et fiscale et sera en mesure de bâtir votre planification financière. »

4) Le RAP, ou comment puiser dans son REER pour acheter une maison

Nombreux sont les épargnants qui sont au courant que le régime d’accession à la propriété permet de puiser dans un REER pour augmenter une mise de fonds. Mais tous ne savent pas que cette possibilité ouvre des options plus larges, rapporte Didier Bert dans un article publié en janvier dans La Presse. En effet, souligne le journaliste, le RAP n’est pas réservé aux épargnants n’ayant jamais été propriétaires de leur logement. Ainsi, une personne qui a déjà possédé une résidence principale pourra quand même y avoir droit, à la condition toutefois que cela ne se soit pas passé au cours des cinq dernières années. « La condition est alors d’avoir remboursé la totalité de son ancien RAP », précise dans La Presse David Truong, conseiller à la Banque Nationale Gestion privée 1859. Et le REER peut alors servir de nouveau de réserve d’argent comme mise de fonds d’un autre achat immobilier.

Autre intérêt du régime d’accession à la propriété : il offre davantage de flexibilité aux emprunteurs, puisqu’il leur permet d’augmenter leur mise de fonds. Un avantage non négligeable à l’heure où, resserrement des conditions de prêt hypothécaire oblige, ils doivent démontrer qu’ils seront capables d’encaisser les hausses des taux d’intérêt à venir. « C’est pourquoi les conjoints devraient, plus que jamais, utiliser tous les deux leur droit au RAP. Comme chacun peut retirer 25 000 $ de ses REER, à deux, la mise de fonds potentielle est doublée », note Didier Bert. Et cela permet également de payer moins de frais et d’intérêts sur le montant qui sera emprunté pour acquérir la maison.

David Truong explique qu’il est également possible de cotiser dans son REER et, si l’on « rape » au moins 90 jours après, cela donne droit à un remboursement d’impôt. « Cette stratégie est intéressante pour un acheteur immobilier qui possède des liquidités, et qui voudrait cotiser à son REER tôt ou tard. Inversement, il est possible de faire un RAP sans projet d’achat immobilier pour soi », précise Didier Bert. Il est par exemple permis de « raper » pour une tierce personne lorsque celle-ci est handicapée et qu’elle achète ou améliore son logement.

5) Est-il temps d’avoir moins d’actions dans son REER?

Toujours dans La Presse, le journaliste Jean Gagnon estime que, après huit années de marché haussier, « il est certainement justifié de craindre une cassure ». Et il se demande donc si le temps n’est pas venu de détenir moins d’actions dans son REER. « Nous venons de connaître 14 mois consécutifs de rendement positif en Bourse […] On attendait depuis longtemps une synchronisation de la croissance des économies à travers le monde, et on l’a eue en 2017. Comme les politiques monétaires demeurent relativement expansionnistes, cela fournit encore beaucoup de carburant aux marchés boursiers […] Nous profitons d’un cycle économique prolongé, et ça prendra quelque chose d’important pour le freiner », lui répond Clément Gignac, économiste en chef et stratège à l’Industrielle Alliance. Autrement dit, résume Jean Gagnon, « les actions devraient offrir encore cette année un meilleur rendement que les obligations ».

Le journaliste croit cependant que la donne pourrait changer en raison des taux d’intérêt, principalement ceux des obligations. Reprenant l’analyse de l’économiste de l’Industrielle Alliance, il explique qu’après le long cycle d’expansion entamé en 2009, le taux des obligations de 10 ans aux États-Unis n’est que de 2,5 %, « ce qui n’a pas de sens », à la suite des politiques expansionnistes de la Réserve fédérale américaine (Fed). Toutefois, ajoute Jean Gagnon, la Fed, comme la Banque du Canada, a commencé à remonter son taux directeur, ce qui pourrait entraîner une remontée significative des taux obligataires et malmener le marché des actions.

Pour limiter les risques et « se protéger d’un renversement soudain du marché boursier », le premier geste à poser est de rééquilibrer son portefeuille, écrit le journaliste. Suivant les conseils de Daniel Chartier, vice‑président et conseiller financier à Valeurs mobilières Desjardins, il indique que les hausses boursières des dernières années font en sorte que certaines personnes détiennent maintenant un pourcentage en actions probablement plus élevé que ne dictait la répartition d’actifs qu’elles s’étaient fixée. Par conséquent, poursuit-il, « il faut, dans un premier temps, revenir au plan de match original en réduisant les actions au profit des obligations à court terme ou d’autres titres à revenu fixe sans risque ». L’avantage de cette opération, selon lui, est qu’elle permettra aussi à ces investisseurs « de cristalliser une partie des gains réalisés au cours des dernières années. »

Jean Gagnon explique que la meilleure façon d’évaluer la quantité d’actions à détenir dans le contexte actuel, « où le risque d’une chute brutale des marchés boursiers devient plus grand à mesure que le temps passe », consiste à « s’introspecter ». « Demandez-vous comment vous allez vous sentir si un choc important devait se produire », confirme Daniel Chartier. Les deux questions qu’il convient de se poser dans ce cas sont : serais-je capable, financièrement, de surmonter une baisse importante de la valeur de mes actions, même si celle-ci ne devait être que temporaire? Et aussi, pourrais-je le supporter psychologiquement, sans en perdre le sommeil? « Si la réponse à une de ces questions est non, vous devez réduire la quantité d’actions que vous détenez », conclut le journaliste.