Le secret d’une retraite heureuse réside beaucoup dans le fait de rester actif et de briser l’isolement afin de ne pas perdre son autonomie trop rapidement. Consulter un ergothérapeute peut ainsi s’avérer bénéfique pour mettre en place une nouvelle routine de vie.

Pier-Luc Turcotte est ergothérapeute. Il prépare actuellement un doctorat à l’Université de Sherbrooke sur les manières de repenser l’ergothérapie afin de favoriser la participation sociale des aînés.

Conseiller : Vous avancez que les jeunes retraités auraient intérêt à consulter en ergothérapie lorsqu’ils prennent leur retraite. Dans quel but?

Pier-Luc Turcotte : Les ergothérapeutes travaillent sur l’activité quotidienne, sur les gestes que les gens posent chaque jour ainsi que sur les manières d’occuper son temps pour être à la fois en santé et heureux. La retraite représente une rupture radicale pour une personne qui a passé une grande partie de sa vie à être occupée à travailler. La routine s’est installée et tout d’un coup, l’horaire n’est plus aussi structuré. Elle perd un lien fort avec la société, ce qui peut mener à des situations d’isolement et de repli sur soi. Pour les ergothérapeutes, c’est un terrain fertile d’intervention.

Vous voulez donc amener les gens à revoir leur routine en fonction de leur nouvelle réalité. Mais est‑ce si important d’avoir une routine de vie?

Les études démontrent que les personnes qui ont un horaire complètement déséquilibré, qui se couchent et se lèvent à des moments très différents d’un jour à l’autre par exemple, sont plus sujettes aux maladies mentales. Cela ne signifie pas que l’agenda doit être rigide et prescriptif. Il s’agit plutôt de participer à des activités régulières qui structurent la semaine et le mois, afin de veiller à préserver une bonne hygiène de vie.

Quels dangers court une personne qui n’aurait aucune routine?

Cela peut aller jusqu’à la dépression par manque d’interactions sociales. Mais il y a aussi les risques physiques liés au manque d’activités. Des douleurs peuvent apparaître, de même que des difficultés motrices et une diminution de la force, ce qui peut entraîner un risque accru de chuter. Plus la personne vieillit, plus le laisser-aller pose problème, car très vite, elle peut perdre une partie de son autonomie.

Comment travaillez-vous avec les clients?

L’idée, c’est de les amener à avoir une vision. On a longtemps considéré que la retraite consistait à se retirer de la société, mais l’espérance de vie se prolongeant, ils peuvent avoir plusieurs années devant eux. Ainsi, chacun doit trouver des occupations qui vont donner envie de demeurer actif.

Chaque personne qui part à la retraite devrait donc consulter en ergothérapie?

On peut effectivement organiser des consultations préventives visant à dépister des maladies ou des problèmes de santé. Certaines entreprises proposent à leurs futurs retraités des cycles de formation pour gérer leur retraite, mais plutôt d’un point de vue financier. On pourrait y intégrer un programme d’ergothérapie en combinant des consultations de groupe et des rencontres individuelles. Il faut trouver ce qui a pu animer une personne, mais qui a été mis de côté ou a été oublié. Or, à la retraite, on a de nouveau du temps. Avec certaines personnes, c’est assez simple, mais avec d’autres, il faut creuser profond pour découvrir des intérêts.

Est-ce qu’un suivi s’impose?

On examine cas par cas. Il faut s’assurer que les intérêts que l’on a priorisés demeurent bien à l’agenda et que l’on ne les laisse pas se faire dépasser par les aléas de la vie. Il y en a qui travaillent en groupe et se réunissent régulièrement pour faire le point; d’autres n’en ont pas besoin. Certains ne consulteront un professionnel que lorsqu’ils développeront une maladie ou ressentiront de la douleur.

J’imagine qu’il y a aussi un enjeu économique derrière cela. Souffrir d’une maladie ou de douleurs chroniques peut vite être dispendieux.

Avoir des occupations coûte cher aussi, donc l’idée, ce n’est pas forcément de s’inscrire à toutes sortes d’activités qui pourraient ne pas respecter le budget. Cela dit, oui, un suivi s’impose. Si une personne souffre d’incapacités, il faut tenir compte des frais de déplacement pour se rendre à des rendez-vous médicaux, des coûts d’adaptation du domicile, etc.; et il ne faut pas oublier l’impact sur les finances publiques. Les aînés les plus isolés socialement sont ceux qui utilisent le plus le système de santé, ce qui entraîne un coût pour la société. Plus on intervient tôt, moins les gens développent des problèmes de santé mentale et d’incapacités. On fait donc aussi des économies.

Le point de vue de Francine Lavallée
Directrice du Centre Financier Vaudreuil-Dorion
« Nous pensons la retraite de manière globale, explique Francine Lavallée. Bien sûr, la planification financière est importante et c’est la raison pour laquelle les clients viennent nous voir. Mais nous nous sommes entourés de professionnels pour régler leurs problèmes successoraux et légaux. Viennent ensuite les questions de santé parce que tomber malade peut s’avérer très onéreux. Nous parlons avec eux de prévention. La plupart y voient un intérêt. »

Le centre financier Vaudreuil-Dorion a mis en place le concept Sérénité, qui permet d’avoir accès à tous les aspects de la planification à la retraite. Dans ce cadre, le centre a pris un arrangement avec un centre sportif de la région, qui propose une panoplie de cours. Un abonnement d’un mois est offert aux clients afin de découvrir les possibilités, et le cas échéant, faire un choix. »

Ainsi, ces personnes restent actives et brisent l’isolement, indique Mme Lavallée. Les cours en matinée sont fréquentés principalement par des personnes à la retraite. Elles se rencontrent et échangent. Certaines se retrouvent ensuite en dehors de ce milieu. Elles ont une vie sociale et font des activités. Au-delà du plaisir que cela leur procure, il est certain qu’il y a un impact à long terme sur leur autonomie, donc sur leurs finances. »