On estime que 80 % des personnes âgées de 65 ans et plus disposent d’une connexion Internet chez elles, un chiffre en hausse de 20 points par rapport à 2014. Elles sont même 60 % à l’utiliser quotidiennement pour lire les nouvelles, chercher de l’information et de plus en plus souvent, acheter en ligne. Cependant, ces statistiques cachent des situations très disparates.

Claire Bourget est la directrice principale de la recherche marketing au Cefrio, un organisme dont l’objectif consiste à soutenir l’adoption d’une culture numérique au Québec. Elle a coordonné l’enquête NetTendance intitulée Vieillir à l’ère du numérique, publiée l’automne dernier. 

Conseiller : Il paraît que les aînés sont donc de plus en plus branchés…

Claire Bourget : Les chiffres de l’enquête sont en effet encourageants. Non seulement 80 % des aînés sont aujourd’hui connectés à Internet, mais on remarque également que 40 % d’entre eux se disent enthousiastes face au futur des technologies et des objets intelligents comme partie intégrante de la vie quotidienne dans les foyers. Ils voient là un moyen de demeurer autonomes plus longtemps en utilisant des outils destinés à suivre leur santé ou en faisant des appels vidéo. Ils sont aussi intéressés par les objets connectés tels les détecteurs de chute ainsi que les ampoules et les prises de courant intelligentes. Mais on remarque que certains groupes parmi les aînés se distinguent dans l’adoption et l’usage de l’univers numérique.

Quels sont les groupes qui se démarquent?

Sensiblement les mêmes que dans le reste de la population. Le segment plus jeune des aînés, soit les 65 à 74 ans, ceux qui détiennent un diplôme universitaire et ceux qui ont un revenu familial supérieur à 80 000 dollars sont plus connectés que les autres.

Ce sont ceux qui l’utilisaient au travail et qui continuent à le faire une fois à la retraite, n’est-ce pas?

Oui, en effet. Mais il y a aussi ceux qui ont reçu en cadeau un appareil connecté, une tablette par exemple, et qui commencent à l’utiliser pour des choses simples. Il est intéressant de noter que la tablette électronique est plus populaire auprès des aînés que le téléphone intelligent. La tablette est assurément leur outil numérique : c’est écrit plus gros que sur un téléphone et c’est plus convivial que l’ordinateur. On s’aperçoit cependant que les personnes vivant seules sont moins nombreuses à disposer d’un de ces trois appareils.

C’est un constat alarmant, car être branché permet de briser l’isolement.

Aujourd’hui, beaucoup d’aînés voient leurs enfants s’installer loin de chez eux; l’appel vidéo s’avère donc un bon moyen de rester en contact, avec les petits-enfants par exemple. Une étude britannique démontre que les individus souffrant d’isolement social ou de solitude vont utiliser plus fréquemment les services sociaux et sont plus à risque de développer des problèmes de santé, dont la dépression, l’anxiété ou la démence. L’étude mentionne que les effets négatifs de l’isolement social sur la santé équivalent à fumer 15 cigarettes par jour! Il est certain que les outils technologiques constituent un bon moyen de briser l’isolement. Un groupe de chercheurs canadiens a d’ailleurs mis au point un outil visant à contrer le phénomène : ayant remarqué que les aînés avaient l’habitude de toucher le portrait de leur entourage, ils ont conçu un cadre photo numérique qui envoie un signal aux proches dont le portrait vient d’être touché. Ces derniers ont la possibilité d’envoyer un message vidéo dans le cadre numérique. Une fois enregistré, le cadre clignote pour prévenir l’aîné qu’il a un nouveau message.

Il y a donc une certaine forme de fracture numérique chez les aînés, comme dans le reste de la population. Comment peut-on faire pour combler ce gouffre?

Nous avons mené une enquête sur l’accessibilité aux services gouvernementaux, par exemple. On se rend compte qu’on ne peut pas encore partir du principe que toute la population est connectée et à l’aise à utiliser les outils numériques. On ne va pas couper les lignes téléphoniques demain ni fermer les points de service. D’autant que l’on constate quand même que les aînés sont plus méfiants que le reste de la population lorsqu’il s’agit de fournir des données en ligne. Ils sont moins nombreux à utiliser les sites des gouvernements et des municipalités, même pour chercher une information. Au fur et à mesure que les plus âgées d’entre nous vont disparaître, de plus en plus de services pourront être offerts uniquement sur le Web. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Le point de vue de
Sylvain B. Tremblay, planificateur financier et vice-président, Gestion privée à Optimum Gestion de placements

« De plus en plus, ma clientèle de retraités me contacte par Internet, indique Sylvain B. Tremblay. Depuis l’arrivée de la tablette, le nombre d’aînés branchés augmente, et c’est tant mieux. »

Tant mieux selon lui, parce que financièrement, il est préférable d’être informé.

« Il faut être prudent bien sûr, parce qu’il y a beaucoup d’escrocs sur le Web, précise-t-il. On peut être victime d’un programme malveillant, se voir demander une rançon ou se faire pirater des données de nos comptes. Mais les gens qui sont à la retraite désirent apprendre. Il y a toutes sortes d’informations financières sur Internet. Quand ils viennent me voir, les retraités ont fait leurs devoirs et nos conversations sont bien plus intéressantes. »

Sylvain B. Tremblay précise qu’aujourd’hui, ses clients suivent la Bourse. Ils connaissent les tendances des marchés, savent à quoi ressemble le marché immobilier et ce qu’est un profil de risque, etc.

« On a donc moins d’explications à donner sur les produits, les types d’actifs, le fonctionnement des marchés, conclut-il. Et donc, plus de temps à consacrer au conseil en lui-même. »