À l’Université de Sherbrooke, un laboratoire met au point des outils technologiques compensatoires visant à permettre aux personnes en perte d’autonomie de demeurer à domicile en toute sécurité.

Hélène Pigot est professeure au département d’informatique de la faculté des sciences de l’Université de Sherbrooke et chercheure au laboratoire de Domotique et informatique mobile à l’Université de Sherbrooke (DOMUS). Depuis 2002, elle développe des outils technologiques d’assistance conçus pour prolonger l’autonomie des personnes âgées ou atteintes de troubles cognitifs. Le centre de recherche élargit ce mois-ci un projet pilote destiné à permettre le maintien à domicile assisté par la domotique.

Conseiller : Pourquoi vouloir à tout prix maintenir les gens à domicile?

Hélène Pigot : Parce que c’est ce qu’ils souhaitent et que nous disposons de plus en plus de moyens technologiques pour le faire. Lorsqu’on interroge les personnes vieillissantes ou atteintes de troubles cognitifs, on s’aperçoit que la grande majorité d’entre elles redoutent le moment où elles devront être transférées dans un centre de soins de longue durée de type CHSLD. On constate aussi une régression après leur arrivée. Et puis, même si les outils ont un coût d’installation, d’entretien et de suivi, modifier son domicile est moins dispendieux que d’aller en résidence. Et prendre soin d’un aîné à la maison coûte moins cher au gouvernement que lorsqu’il vit en établissement.

De quoi ont-ils besoin pour demeurer à domicile?

D’y être en sécurité. Or, beaucoup de ces personnes oublient certaines choses essentielles à leur sécurité, par exemple : ne plus se souvenir que la cuisinière fonctionne parce que leur attention se focalise soudainement sur le match de hockey à la télévision. Cette situation peut s’avérer très problématique. La sécurité constitue la principale inquiétude des aidants, des enfants et des petits-enfants de ces personnes. Ils veulent s’assurer que leurs parents ou leurs grands‑parents font les choses correctement sans se mettre en danger.

Que leur proposez-vous?

Au laboratoire Domus, nous avons mis au point une cuisinière intelligente permettant à la personne qui l’utilise de se concentrer sur la casserole qu’elle vient de déposer sur le rond. On y intègre un outil de sécurité selon le besoin. Ça peut être quelque chose de tout simple comme une sonnerie de rappel un peu pénible, des consignes vocales ou par afficheur. On peut aussi devoir utiliser un logiciel pour déverrouiller la cuisinière; une personne de l’entourage peut ainsi être avertie que la cuisinière est en marche ou un système empêche l’utilisateur de sortir de chez lui.

Comment cela fonctionne-t-il?

Principalement, ce sont des capteurs qui font le travail. Nous commençons d’ailleurs par en installer dans les domiciles pour obtenir des données objectives sur le mode de vie des personnes et sur la problématique qu’elles vivent : S’alimentent-elles bien? Sortent-elles de chez elles? Dorment-elles bien et à des moments appropriés? En fonction de cela, nous pourrons proposer les outils technologiques les mieux adaptés à la situation de chacune. Cela va du calendrier qui rappelle les rendez-vous à l’éclairage automatique ou au pilulier intelligent qui indique de prendre les médicaments. Mais ça peut aussi être la mise en place d’un environnement calme et apaisant la nuit qui incite au sommeil. On peut proposer différentes solutions.

Des capteurs partout dans le domicile… ça fait un peu penser à Big Brother.

L’idée n’est pas d’espionner les gens ni de faire en sorte qu’ils se sentent épiés. C’est pourquoi nous travaillons avec eux et nous prenons en compte leurs limites. Les données sont aussi cryptées, mais l’accès est restreint et l’on peut définir le type de données qui sera accessible au personnel médical, au proche aidant, à la famille, etc. Jusque-là, nous n’avons pas réellement de craintes dans ce domaine. Ce qui nous inquiète le plus, c’est de ne pas savoir se servir de la technologie.

Ces outils sont-ils accessibles à tous aujourd’hui?

Nous avons lancé un premier projet pilote dans six domiciles et ce mois-ci, une trentaine d’autres personnes à Montréal y participeront. Par contre, il ne s’agit pas pour l’instant de l’implanter à grande échelle parce que nous ne pouvons pas nous limiter à l’installation des outils; on doit assurer un suivi du fait que les besoins de ces gens-là évoluent dans le temps. Nous sommes en train d’imaginer une structure que nous pourrions mettre en place, sous forme de coopérative probablement, pour ultimement, répondre à la demande, qui sera forcément grandissante.

Le point de vue de
Gaétan Veillette, fellow administrateur agréé et planificateur financier à Groupe Investors

Le maintien à domicile est conditionnel à plusieurs facteurs tels que les moyens financiers, la capacité à tenir la maison et à conduire un véhicule, l’environnement familial et social, le rapprochement avec des êtres chers, l’accès aux services commerciaux, sociaux et de santé, la sécurité, etc.« En règle générale, les aînés souhaitent garder leur domicile aussi longtemps que possible, surtout s’ils vivent en couple et sont propriétaires, qu’ils bénéficient d’aide extérieure et demeurent à proximité de divers services, indique Gaétan Veillette.

En région, la capacité de conduire son véhicule sera un facteur clé du maintien à domicile. L’autonomie qui diminue ou la perte d’un être cher peuvent provoquer une remise en question. »Sur le plan financier, M. Veillette rappelle que le gouvernement provincial offre un crédit d’impôt pour maintien à domicile des aînés âgés de 70 ans et plus.

Cette mesure fiscale consiste en un crédit applicable sur la déclaration du Québec du particulier ou de l’un des deux membres du couple, le cas échéant.

Ce crédit permet de déduire le coût de certains services admissibles comme l’entretien ménager, le déneigement, le service de repas à domicile et de bain, les soins infirmiers, etc.Ce crédit d’impôt est égal à 35 % des dépenses admissibles, jusqu’à concurrence de 19 500 $ par année.

Ainsi, si un contribuable fait une demande pour lui seul, le crédit d’impôt annuel maximal est de 6 825 $ (soit 35 % de 19 500 $). Pour un couple, le montant maximal est de 13 650 $.