Alors que le temps des Fêtes bat son plein, il y en a pour qui cette période n’est pas des plus réjouissantes. Certains aînés vivent dans un tel isolement, qu’ils regardent avec amertume les autres célébrer. Esseulés, ils en viennent parfois à faire confiance à la première personne qui leur démontre de l’intérêt… quitte parfois à subir des abus. 

Danis Prud’homme est directeur général du Réseau FADOQ, le plus important regroupement de personnes de 50 ans et plus de la province. Selon lui, le temps des Fêtes peut être particulièrement difficile à vivre pour certains aînés. 

Conseiller : Pour plusieurs, les Fêtes sont synonymes de réjouissances. Mais il semble que certains aînés ne voient pas cette période comme un moment très agréable.

Danis Prud’homme : Durant les Fêtes, on voit beaucoup de monde, on célèbre et on partage avec des gens, cependant, certains aînés sont complètement isolés. Ils n’ont ni famille ni amis et leurs proches ont disparu. Voir tout le monde autour d’eux se préparer à fêter peut être particulièrement difficile à vivre.

Que conseillez-vous à ces personnes?

D’abord, avant d’en arriver là, on conseille aux familles d’entretenir des liens et de continuer à se visiter. Le monde d’aujourd’hui est ainsi fait, les familles sont malheureusement éclatées. Par contre, se parler via Internet, décrocher son téléphone ou même écrire une carte (car les aînés aiment en recevoir) prend si peu de temps. La société est de plus en plus individualiste. Le rythme d’aujourd’hui fait que toute une génération se retrouve prise avec des parents d’un certain âge dont il faudrait s’occuper et des enfants en bas âge. Le temps des Fêtes est le moment de s’arrêter un peu pour se retrouver tous ensemble et partager.

Et concernant ceux qui vivent l’isolement…

Au Réseau FADOQ, nous organisons des partys de Noël en décembre et différentes activités. Le jour du réveillon, d’autres organismes, tels que les Petits Frères prennent le relais. L’isolement des aînés est vraiment dramatique. Petit à petit, ils sentent qu’ils ne font plus partie de la société. Cette situation a un impact sur leur santé physique et mentale. Ils mangent moins et c’est la descente aux enfers; certains n’ont plus le goût de vivre.

Est-ce que cela peut aller jusqu’au suicide?

Pas en tant que tel, c’est très marginal. Mais lors des consultations de la commission Mourir dans la dignité, nous nous sommes rendu compte qu’un aîné sur deux qui demande à mourir ne le fait pas parce qu’il a une maladie incurable et qu’il souffre, mais plutôt parce qu’il n’a plus de but dans la vie. C’est affreux comme constat. En tant que société, nous devrions nous en inquiéter.

L’isolement peut aussi mener à certains abus tels que la maltraitance financière.

Il y a toujours des gens pour tirer avantage d’une situation. Moins une personne voit des gens, moins elle parle de sa vie et plus c’est facile d’en abuser. Durant le souper du réveillon, si l’on s’intéresse à elle, elle va parler d’un voisin qui subitement lui offre son aide, un ami de cœur rencontré sur Internet, etc. Cette situation peut mettre la puce à l’oreille à la famille, qui peut poser des questions pour s’assurer que ce n’est pas une escroquerie. Cependant, quelqu’un qui est complètement isolé représente une victime idéale. Sans que personne s’en rende compte, celle‑ci va tisser des liens de confiance avec quelqu’un qui ne lui veut pas forcément du bien et se fera soutirer de l’argent.

Parfois, la personne aînée est victime de sa propre famille.

Il arrive effectivement que, par exemple, des parents fassent du chantage aux grands-parents. Ils peuvent même les obliger à financer certains projets en échange de visites de leurs petits‑enfants. Mais il y a aussi des aînés qui veulent faire plaisir au-delà de leurs moyens. N’oublions pas qu’au Québec, un aîné sur deux vit avec 20 000 dollars et moins par année. Pendant la période de Fêtes, l’endettement est difficilement évitable pour eux.

Le tableau que vous nous dressez n’est pas très réjouissant.

Attention, je ne dis pas que tous nos aînés vivent mal le temps des Fêtes. Nombreux sont ceux pour qui c’est l’occasion de partager de bons moments en famille, mais cela devrait l’être pour tous. Personne ne devrait être seul à Noël!

Le point de vue d’André Lacasse
Planificateur financier, conseiller en sécurité financière et représentant en épargne collective à Services financiers Lacasse.

« Financièrement, le temps de Fêtes est une période difficile pour une bonne partie de la population et c’est encore plus vrai pour les aînés, qui sont nombreux à n’avoir que peu de revenus, affirme M. Lacasse. Les gens se sentent obligés de faire des cadeaux, de recevoir, etc. Pour s’en sortir, ils achètent tout avec la carte de crédit, mais cette situation ne fait que pelleter en avant. Je dirais que finalement, le plus difficile n’est pas le temps des Fêtes, mais le mois de janvier, lorsqu’arrive le compte de la carte de crédit. »

Heureusement, il existe des moyens de s’en protéger, ajoute le conseiller. La plupart des aînés reçoivent leurs rentes et les autres prestations tous les mois; il leur est donc difficile d’utiliser un gros montant en janvier pour rembourser les dépenses. Par contre, ils peuvent très bien prévenir le problème en mettant chaque mois une somme de côté sur un compte épargne, afin de subvenir à cette dépense prévisible. Ainsi, s’ils pensent dépenser 600 dollars, il suffit de mettre 50 dollars par mois de côté.

André Lacasse met également les aînés en garde contre la tentation d’utiliser les cartes de crédit offertes par les magasins, qui promettent des taux promotionnels durant les premiers mois.

« Posséder la carte de crédit de son institution bancaire est amplement suffisant et permet de ne pas s’y perdre, indique-t-il. L’objectif vise évidemment à rembourser le solde chaque mois pour ne pas payer des intérêts à plus de 20 %! »