Sera-t-il possible, à long terme, de permettre à tous les aînés du Québec de vieillir dans leur communauté? Ce n’est pas certain, croit le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA). En mars dernier, l’organisme tirait la sonnette d’alarme, révélant que 450 résidences avaient dû fermer leurs portes au cours des cinq dernières années et que l’équilibre était très précaire pour des centaines d’autres, principalement des résidences de petite et moyenne taille situées en milieu rural.

Guy Desjardins est le président-directeur général du RQRA. Selon lui, une grande réflexion s’impose afin de trouver les moyens de permettre aux petites résidences de continuer à offrir des services dans les petites communautés à travers tout le Québec. Il en va du bien-être des aînés, mais aussi de la vitalité des villes et villages où sont situées les résidences.

Conseiller : Comment explique-t-on ces 450 fermetures en cinq ans?

Guy Desjardins : Les petites résidences peinent à boucler leur budget. Toutes leurs dépenses augmentent et les revenus ne sont pas toujours au rendez-vous. Les nouvelles normes liées à la certification entraînent des dépenses supplémentaires en matière de surveillance, de formation, de tâches administratives, etc. Le nouveau code du bâtiment oblige également certaines résidences à se mettre à niveau. Et puis, il faut ajouter à cela l’installation obligatoire de gicleurs à la suite de l’incendie de l’Île Verte. Tout cela pèse énormément sur les propriétaires de résidences et je n’évoque là que des exigences gouvernementales.

C : Les dépenses d’exploitation augmentent aussi, n’est-ce pas?

Pour tout le monde, le prix du panier d’épicerie est en constante hausse. Le vieillissement de la population fait en sorte que la demande de soins est plus grande aussi. Tout cela demanderait des réajustements de loyer. Cependant, les revenus des aînés ne progressent pas aussi vite que leurs besoins ni que le coût de la vie. Les résidences n’augmentent pas les loyers pour permettre aux résidents de rester, mais à trop faire ça, certaines atteignent le point de rupture.

C : Il semble que ces fermetures surviennent surtout en région.

Le Bas-Saint-Laurent et la Montérégie sont particulièrement touchés. Mais ce qui est encore plus étonnant, ce sont les petites et moyennes résidences qui sont frappées de plein fouet. On estime à 95 % les fermetures qui surviennent dans des établissements de moins de 50 unités; celles-ci se situent dans de très petites localités. Lorsque cela arrive, il faut reloger les résidents et ce n’est pas toujours facile, car les établissements les plus proches sont parfois à plusieurs dizaines de kilomètres.

C : Est-ce que certains aînés se voient obligés de quitter leur communauté?

Nous avons récemment assisté à la fermeture d’une résidence à Sayabec en Gaspésie. L’établissement le plus proche se situait à Amqui, à 28 kilomètres de là, mais il n’y avait pas de place pour tous les résidents et certains ont dû s’installer à Matane ou à Rimouski. On sépare alors des personnes qui vivaient ensemble depuis plusieurs années. Ce sont des gens qui n’ont souvent plus de conjoint, plus de frères ni sœurs ni amis d’enfance. Leurs proches, c’est le monsieur et la dame de la chambre d’à côté. Et du jour au lendemain, ils ne se côtoient plus.

C : Avez-vous constaté l’apparition de problèmes?

Ils perdent leur entourage et tous leurs repères. C’est néfaste pour leur santé tant physique que psychologique. Certaines personnes qui allaient à la salle de bain sans aide commencent alors à souffrir d’incontinence; d’autres perdent l’appétit, du poids et font de l’insomnie. Ils sont plus à risque de développer des maladies ou de ressentir de l’anxiété. Tous les petits bobos refont surface. Certains ne s’en remettent jamais.

C : Quelles solutions pourrait-on imaginer?

La ministre Marguerite Blais semble être à l’écoute et bien comprendre le problème. L’idée d’offrir des Maisons des aînés à savoir des logements à dimension humaine qui proposent des services de meilleure qualité s’avère un beau concept; plusieurs résidences en région pourraient être transformées en reproduisant ce modèle. Mais il faut agir vite, car il y a de nouvelles fermetures chaque semaine. De plus, la pénurie de main-d’œuvre n’aide pas. Les résidences manquent notamment de préposés aux résidents et de personnel de cuisine. Certaines fermetures sont intimement liées à ce manque de personnel.

C : C’est donc plus qu’une question d’argent?

C’est beaucoup une question d’argent. En attendant les Maisons des aînés, il faut réinjecter rapidement de l’argent dans le réseau afin que les résidences puissent verser un meilleur salaire aux membres du personnel pour ainsi les retenir. Cela oxygénerait le milieu, pour le plus grand bénéfice des aînés.

Le point de vue de
Gaétan Veillette, planificateur financier à IG Gestion de patrimoine
Le choix d’un hébergement est une décision importante, affirme M. Veillette. Il faut tenir compte de plusieurs facteurs, notamment le degré d’autonomie (capacités physiques et mentales) du bénéficiaire, ses goûts, ses besoins, ses contraintes, ses aspirations à socialiser, ses activités, ses champs d’intérêt ainsi que la disponibilité des résidences et les services qu’elles offrent, l’accès à des aidants naturels (membres de la famille), la proximité des services de premiers soins, la situation du conjoint, et bien sûr, la capacité financière.

« Ce choix peut avoir un impact significatif sur le budget, souligne-t-il. J’ai par exemple le cas d’un retraité non autonome. La famille souhaitait que de bons soins lui soient prodigués. Ils l’ont alors fait héberger dans un centre dont le coût s’élevait à 5 400 $ par mois. Le bénéficiaire ne recevait cependant que 34 000 $ par an des régimes d’état et de ses autres revenus imposables de retraite. Il décaissait le solde à partir de son patrimoine investi. C’est très bien, mais l’anticipation de l’épuisement du patrimoine privé était alors d’environ quatre ans… »

Il cite ensuite l’exemple d’un autre client, qui s’est délesté progressivement de son patrimoine en anticipation d’une perte d’autonomie. N’ayant ainsi aujourd’hui que des revenus modestes, il a pu être hébergé dans un CHSLD à la charge du gouvernement.

« En somme, avant de choisir un type d’hébergement, il faut bien connaître le portrait socio-économique du client, résume le planificateur financier : son bilan, ses revenus et dépenses, ses nécessités, l’aide de la famille, etc. Il faut aussi établir ses besoins en matière d’hébergement. »