Au même titre que la gestion financière ou la planification successorale, l’activité physique est un volet incontournable de la planification de la retraite. Les preuves scientifiques sont sans équivoque : l’adoption d’un mode de vie physiquement actif augmente considérablement le nombre d’années de vie de qualité, réduit les besoins en soins de santé et retarde le moment critique de la perte d’autonomie.

Mylène Aubertin-Leheudre est directrice du laboratoire du muscle et de sa fonction à l’UQAM. Selon elle, les aînés ne sont pas assez actifs au Québec et cela entraîne des conséquences tant sur leur santé physique et mentale que sur leur réseau social.

Conseiller : Pourquoi recommandez-vous à tous les aînés de faire de l’exercice physique?

Mylène Aubertin-Leheudre : l’activité physique permet de rester en santé, et je parle à la fois de santé physique que de santé cognitive. Être actif permet de tonifier les muscles du corps, sans oublier les bienfaits sur le cœur et le cerveau. Il y a donc des avantages pour la personne elle-même, mais aussi pour la société. Garder les personnes âgées en santé permet de faire des économies substantielles en matière de soins, et le secteur en aurait bien besoin. On rapporte que 45 % des hospitalisations concernent les aînés, à savoir les 65 ans et plus. Or, ils vont être de plus en plus nombreux à l’avenir.

Pourtant l’espérance de vie ne cesse d’augmenter…

On vit plus longtemps, mais l’augmentation du nombre d’années avec autonomie n’est pas aussi importante : pour deux années de vie gagnées, il n’y en a qu’une seule avec autonomie. La qualité de vie ne s’est pas améliorée. Pour cela, il faut rester actif à la retraite.

Que signifie être actif?

Ce n’est pas seulement faire une promenade quotidienne même si cela est important et que trop de retraités sont sédentaires. Être actif, c’est pratiquer une activité physique à une intensité telle que l’on n’est plus capable de parler. Selon cette définition, Santé Canada considère que 68 % des 60 ans et plus sont inactifs.

Comment l’explique-t-on?

Les Québécois sont très nombreux à vendre leur maison et à choisir de vivre en résidence pour aînés, et ce, même avant d’avoir besoin de soins. Or, le fait de vivre chez soi oblige à être actif. Aller faire son épicerie par exemple, c’est soulever du poids. En résidence, tout est sur le même étage et l’on n’est pas obligé de sortir.

De plus en plus de résidences offrent pourtant des activités sportives…

C’est vrai, mais elles ne proposent pas forcément le service d’un spécialiste; ce sont plutôt des activités de loisir avec un animateur. Chaque personne est unique; chaque corps est différent surtout en raison de l’âge, parce qu’il traîne un bagage. Avant de faire de l’activité physique, une personne âgée devrait consulter un kinésiologue et rencontrer ce spécialiste régulièrement pour adapter l’effort à ce qu’elle est capable de faire. Il ne faut pas avoir peur de pousser nos aînés, mais au contraire les stimuler. Toutefois, ils ne doivent pas faire n’importe quoi.

L’activité physique comporte cependant des risques. Celui de chuter, notamment…

La chute est ce qu’il y a de pire pour un aîné. Elle mène souvent à une hospitalisation, voire à la vie en résidence, et 20 % des personnes âgées qui chutent meurent des conséquences dans l’année. Alors oui, on peut chuter pendant l’activité physique, mais ce n’est pas très dommageable, car on s’y attend. On apprend à tomber pendant l’effort en développant des réflexes. La chute est beaucoup plus grave lorsqu’elle survient dans le quotidien. L’activité physique permet de prévenir ce type d’accident parce qu’elle renforce à la fois le tonus musculaire et l’équilibre.

La population dans son ensemble est peu active au Québec. Est-ce difficile de se mettre à l’activité physique quand on n’en a jamais vraiment fait dans sa vie?

C’est douloureux au début. Ça fait mal aux muscles et il faut parvenir à passer outre. La douleur est le signe qu’on améliore son corps. C’est une bonne chose. Les gens qui n’ont jamais été actifs font des gains rapidement. Moralement, c’est très gratifiant. Ils font aussi de nouvelles rencontres et sortent de l’isolement. Si toutes les précautions sont prises, faire de l’activité physique ne procure que des bénéfices.

Le point de vue d’André Lacasse
Planificateur financier, conseiller en sécurité financière et représentant en épargne collective à Services financiers Lacasse.

Si l’espérance de vie augmente régulièrement pour se situer aujourd’hui au-dessus de 81 ans, l’espérance de vie sans incapacité a tendance elle, à stagner, souligne d’entrée de jeu André Lacasse. Au Québec, celle-ci se situe autour de 67 ans, précise-t-il, citant des statistiques publiées par le ministère de la Santé et des Services sociaux. C’est très tôt dans la retraite et cela implique plusieurs conséquences.

« Le coût des soins de santé est l’un des cinq grands risques de la planification de la retraite, explique le planificateur financier, tout en soulignant en faire toujours mention à ses clients. Cette situation peut très vite faire exploser un budget, ce qui vient augmenter le risque de longévité, à savoir celui de survivre à ses économies. Or, qu’est-ce qui permet de demeurer plus longtemps en santé ? L’alimentation et l’exercice physique. »

Loin de lui l’idée cependant de faire la morale à ses clients. Il s’en tient à leur exposer le risque.

« Après avoir travaillé quarante ans, parfois plus, les gens ont des rêves, des projets et des objectifs de retraite, explique-t-il. C’est regrettable de ne pas être capable de les mener à bien parce qu’on ne se maintient pas en forme. »

D’autant plus que selon lui, toutes les personnes qui veulent faire de l’activité physique peuvent en faire, quels que soient leurs revenus. Il note que certains sports sont moins coûteux que d’autres et qu’il y a souvent des moyens de ne pas dépenser trop d’argent pour l’équipement.

« Faire de la marche rapide, c’est déjà très bien; il en est de même pour courir, faire des exercices chez soi, etc., ajoute-t-il. Même les sports considérés comme dispendieux peuvent devenir abordables : jouer au tennis ou au golf près de chez soi peut demeurer raisonnable. En revanche, aller en Floride pour essayer tel ou tel parcours, ça c’est à budgétiser! »