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Avec une inflation qui atteint des niveaux jamais vus depuis des décennies, les clients peuvent s’inquiéter plus que d’habitude de leurs plans de dépenses, des taux de retrait et des allocations d’actifs. Mais les conseillers ne doivent pas établir des plans entièrement nouveaux à chaque nouvelle lecture de l’indice des prix à la consommation, rappelait un panel d’experts lors de la Morningstar Investment Conference à Chicago.

« Je pense que nous devrions résister à cette tentation et ne pas jeter tout ce que nous savons sur la planification de la retraite, juste parce que nous avons un choc économique », soutient Karsten Jeske, fondateur de Early Retirement Now.

La modélisation est basée sur les scénarios les plus pessimistes, souligne-t-il, et l’inflation américaine de 8 % se situe clairement dans ces limites historiques.

Christine Benz, directrice des finances personnelles et de la planification de la retraite chez Morningstar, estime que les conseillers ne devraient pas supposer que les clients dépensent 8 % de plus (ou 6,8 %, selon les données d’avril sur l’inflation au Canada) aujourd’hui.

Ils devraient plutôt effectuer des calculs de dépenses personnalisés avec les retraités pour avoir une meilleure idée de la façon dont ils sont affectés. Certains seront moins vulnérables aux coûts élevés du carburant, par exemple, s’ils ne voyagent pas ou ne conduisent pas quotidiennement.

Le mois dernier, dans ses dernières projections à l’intention des planificateurs financiers, FP Canada déconseillait d’ajuster le taux d’inflation projeté pour tenir compte de la lecture actuelle élevée. L’association déclarait que les planificateurs devraient supposer un taux d’inflation de 2,1 % pour la planification à long terme.

L’âge du client est également un facteur important pour l’ajustement des dépenses, selon Christine Benz. Les retraités ont tendance à dépenser davantage pendant les premières années actives de leur retraite et pendant les dernières années, lorsqu’ils ont besoin de plus de soutien.

« Une personne qui se trouve au début de son cycle de retraite peut potentiellement retirer davantage de son portefeuille en sachant que ses dépenses diminueront naturellement », résume l’experte.

Elle propose d’adopter une « stratégie de retrait variable » qui ajuste les montants en fonction de l’environnement du marché. Cela signifie retirer moins lorsque les marchés sont en baisse, comme c’est le cas actuellement.

Pour qu’une telle stratégie fonctionne, les portefeuilles doivent être construits de manière à garantir un nombre suffisant d’actifs sûrs dans lesquels puiser, afin que les clients ne puisent pas dans des actions ou des titres à revenu fixe déprimés.

Christine Benz recommande d’avoir un « seau de liquidités » à cette fin. Bien que l’inflation ronge les liquidités, la valeur psychologique de montrer aux clients que la volatilité du marché ne perturbera pas leurs plans quotidiens ou à court terme en vaut la peine, dit-elle.

« Les conseillers ne sont pas obligés d’utiliser des compartiments, mais je pense que c’est un concept utile », explique-t-elle.

Interrogés sur le taux de retrait standard de 4 %, les panélistes suggèrent que la plupart des clients commencent plus haut. En ce qui concerne les clients américains, les panélistes affirment que trop d’entre eux ne tiennent pas compte du revenu garanti des pensions gouvernementales dans leurs plans.

« Si vous avez un revenu garanti très faible et aucune flexibilité, 3 % est le nouveau 4 % », prévient David Blanchett, directeur général et responsable de la recherche sur la retraite chez PGIM DC Solutions.

Toutefois, pour ceux qui ont un revenu garanti pour couvrir les dépenses non discrétionnaires, 5 % est un point de départ raisonnable, précise-t-il.

Selon Karsten Jeske, de nombreux retraités peuvent commencer avec des taux de retrait de 5 % ou 6 % avant de les réduire, bien que ces taux doivent être ajustés en fonction de l’âge et de l’environnement macroéconomique. La plupart des clients ne voudraient pas retirer 5 % dans le marché actuel, ajoute-t-il.

Si les marchés peuvent inquiéter les retraités, Christine Benz estime que les clients en phase d’accumulation peuvent y voir une opportunité d’achat. La hausse des rendements obligataires ajoutera une autre dimension aux portefeuilles.

« Potentiellement, les épargnants pourraient se soulager un peu de la pression, dit-elle. Mais je pense que l’inflation reste un vent contraire, ce qui plaide pour le maintien d’une large exposition aux actions pour les personnes qui sont encore en phase d’accumulation/épargne. »

Les panélistes s’accordent également à dire que, malgré le repli des obligations cette année, le portefeuille standard 60-40 (ou une modeste adaptation de celui-ci) a encore de la vigueur.

Les rendements obligataires ont en fait une certaine marge de manœuvre pour baisser maintenant, analyse Karsten Jeske, de sorte que les clients devraient conserver les obligations maintenant qu’elles peuvent à nouveau offrir leur avantage de diversification.