homme d'affaires tenant une tirelire dans chaque main, une grande et une petite.
Photo : Ian Allenden / 123RF

La faiblesse actuelle des taux d’intérêt est généralement présentée comme une anomalie temporaire. Mais la démographie canadienne laisse penser que ces taux pourraient rester bas pendant au moins trente ans, ce qui compliquerait grandement l’épargne-retraite des Y.

C’est l’analyse mise de l’avant par Frederick Vettese, ancien actuaire en chef de Morneau Shepell, dans le Globe and Mail. Il rappelle qu’une augmentation des personnes âgées par rapport au plus jeunes signifie généralement qu’il y a de plus en plus d’épargnants et de moins en moins d’emprunteurs. Cette abondance de liquidités qui se fait compétition pour un nombre restreint d’emprunteurs tend à tirer les taux d’intérêt vers le bas.

ÉPOQUE DORÉE

Pour les besoins de l’exercice, Frederick Vettese présente les 55-80 ans comme des épargnants et les 25-54 ans comme des emprunteurs. Jusque dans les années 1990, les emprunteurs étaient passablement plus nombreux que les épargnants. En 1993, on dénombrait au Canada 39 épargnants pour 100 emprunteurs. Les obligations sans risque à l’époque offraient 4 % de rendement et les obligations publiques sur 10 ans proposaient 8 %. Du bonbon pour les retraités. 

LA COURBE S’INVERSE

En 2013, il y avait 57 épargnants pour chaque 100 emprunteurs, un chiffre qui devrait grimper à 73 en 2023 et rester à ce niveau pendant longtemps. À mesure que le nombre de personnes âgées de plus de 55 ans gonflait au fil des ans, le niveau des taux d’intérêt diminuait. Aujourd’hui, une obligation du gouvernement sur dix ans offre seulement 1,4 %.

L’exemple du Japon offre une dynamique similaire. La population nippone a commencé à vieillir près de deux décennies avant celle du Canada. De 1975 à 2005, elle a suivi une courbe à peu près identique à celle du Canada de 1993 à 2023. En comparant les taux d’intérêt des obligations gouvernementales des deux pays à 18 ans d’écart, on constate qu’elles connaissent une régression très similaire. En 2005, ce taux était de 1,40 % au Japon. Aujourd’hui, il est de -0,2 %. Le Canada en arrivera-t-il à ce point?

L’ÉPARGNE RAPPORTE MOINS

Puisque le ratio entre les épargnants et les emprunteurs restera très élevé au pays pour au moins trente ans, on peut penser que l’inflation et les taux d’intérêt sur les obligations à long terme continueront de flirter avec la barre du zéro. Les rendements des actions aussi devraient fléchir un peu plus tard.

Résultat : là où les baby-boomers devaient épargner 10 % de leur revenu ou moins pendant trente ans pour avoir une retraite confortable, les membres de la génération Y devront y consacrer le double. Une course contre la montre qui est déjà engagée et qui ne sera pas facile à gagner.