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Dans le magazine Forbes, le planificateur financier et gestionnaire de patrimoine américain Eric Brotman ne tarit pas d’éloges quant à l’approche que les Y ont de la retraite. 

Selon lui, ils comprennent la retraite bien différemment des générations qui les ont précédés. Cela commence par leur rapport avec le travail et surtout avec leur employeur. Là où les générations précédentes s’attachaient à un employeur pour la vie, jusqu’au moment de recevoir leur pension, les membres de la génération Y agiraient plutôt comme des agents libres. 

On peut toutefois se demander si ce que Eric Brotman présente comme un choix en est vraiment un. En effet, les régimes de retraite d’employeurs ont pratiquement disparu du secteur privé américain. En 2017, seulement 18 % des travailleurs du secteur privé avaient accès à un régime de retraite, contre 38 % dans les années 1980, peut-on lire dans un article de Motley Fool, qui reprend des données du Bureau of Labor Statistics. Aux États-Unis, ils ont largement été remplacés par le 401(k), un régime de retraite auquel la cotisation de l’employeur est purement volontaire. Dans un tel contexte, pas étonnant de voir que les travailleurs de la génération Y ne passent pas leur vie à attendre un pécule de retraite qui n’arrivera jamais.

EMPLOYÉS VOLAGES

Les Y seraient par ailleurs moins fidèles à leur employeur et n’hésiteraient pas à changer d’emploi pour toucher un meilleur salaire, de meilleurs avantages sociaux ou une plus grande flexibilité. D’ailleurs, un certain nombre de Y n’hésiteraient pas à prendre des congés de six mois ou un an pour voyager, quitte à carrément quitter leur emploi. Ils en retrouveront bien un au retour. 

Question de mentalité peut-être, mais aussi de contexte. Eric Brotman ne le mentionne pas dans son texte, mais les Y ont la chance de vivre dans une dynamique de plein emploi. Dans les années 1970 et 1980 et même au début des années 1990, le taux de chômage aux États-Unis était régulièrement deux ou trois fois plus élevé que maintenant. En 1982, il a même dépassé les 10 %, contre 3,9 % l’an dernier. Ajoutons à cela des périodes où l’inflation flambait (plus de 12 % en 1974, 1979 et 1980, plus de 8 % en 1973 et 1981) et l’on comprend mieux pourquoi ceux qui avaient un emploi stable y tenaient un peu plus que les Y.

MOINS DÉPENSIERS

Les Y seraient aussi beaucoup plus frugaux que leurs aînés. Ils dépenseraient moins, feraient moins d’achats frivoles et seraient des consommateurs plus avisés. Ils auraient notamment un rapport avec la propriété immobilière bien différent de celui de leurs parents. Ils n’hésitent pas à vivre plus longtemps avec ces derniers, notamment lorsqu’ils ont un prêt étudiant à rembourser. En 2018, la dette étudiante aux États-Unis a atteint 1,5 billion de dollars (1,99 billion canadien), rapporte Investopedia. Apartment list estime qu’il faut 11 ans et demi aux diplômés endettés pour accumuler l’argent nécessaire à une mise de fonds de 20 % sur une maison. 

En 2015, selon l’Urban Institute, 37 % des Y américains possédaient une maison, huit points de pourcentage de moins que les baby-boomers et les membres de la génération X. L’achat d’une maison ne serait pas une priorité pour eux et même lorsqu’ils quittent le nid familial, ils resteraient locataires plus longtemps. Une sage décision, selon Eric Brotman, puisque l’achat d’une maison ne constitue pas, à ses yeux, un investissement intéressant en raison des nombreux coûts que cela entraîne au fil des ans.

Cette gestion raisonnable de leurs dépenses pourraient amener les Y à prendre une retraite plus tôt que leurs parents. Certains voient même la retraite comme un événement qui peut se reproduire à quelques reprises dans la vie, des périodes de mini-retraite alternant avec des périodes de travail.

Êtes-vous d’accord avec l’analyse d’Eric Brotman ou pêche-t-il par excès d’optimisme?