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Votre client pensait être prêt à prendre sa retraite, mais auparavant mieux vaudrait que vous passiez en revue avec lui certains coûts supplémentaires auxquels il risque de devoir faire face, rappelle Morningstar.

Dans un récent article, Christine Benz, directrice de la branche finances personnelles de la société de gestion d’actifs, estime en effet qu’avant de quitter le marché du travail, il est primordial que chaque consommateur anticipe ces coûts ainsi que les fluctuations de portefeuille qui pourraient survenir et contrecarrer ses projets.

Le solde de votre portefeuille est de plus en plus important, vous avez établi les chiffres, discuté avec votre conjoint et votre famille et fixé une date de départ à la retraite… Mais avant de vous lancer et de commencer à puiser dans votre épargne plutôt que dans votre salaire pour couvrir vos dépenses courantes, vous devriez vérifier que tout est en ordre, en ce qui vous concerne, sur le plan financier, en particulier par rapport aux quatre points suivants, recommande la dirigeante.

QUI DIT MARCHÉ DIT RISQUES

Logiquement, les particuliers ont tendance à prendre leur retraite lorsque le marché est orienté à la hausse et que leur portefeuille s’élargit. Un récent sondage réalisé par l’Employee Benefits Research Institute confirme d’ailleurs que deux travailleurs sur trois dans cette situation se disent assez ou très confiants en leur capacité à financer leurs vieux jours. Malgré tout, souligne Morningstar, les périodes durant lesquelles les soldes des portefeuilles sont au plus haut coïncident souvent avec des évaluations boursières plus élevées et, donc, à des niveaux de risque également plus importants.

Une étude menée en 2012 par les chercheurs américains Rui Yao et Eric Park a démontré que même si les gens prennent souvent leur retraite après des périodes de forte performance boursière, cela contribue, paradoxalement, à réduire la durabilité de leur portefeuille plutôt qu’à l’améliorer. Résultat : les futurs retraités doivent par exemple composer aujourd’hui avec des rendements très faibles sur les obligations.

Toutefois, cela ne veut pas dire qu’ils auraient intérêt à conserver tout leur portefeuille en liquide ou, pire encore, à reporter leur départ à la retraite, souligne Christine Benz. En revanche, cela signifie qu’ils devraient réserver une proportion suffisante de leur portefeuille de retraite à des titres sûrs, dans lesquels ils pourraient ensuite puiser des fonds pour mieux traverser certaines périodes de faiblesse des marchés boursiers ou obligataires. En outre, ils pourraient prévoir de réduire leurs dépenses de portefeuille en période d’extrême volatilité.

NE PAS OUBLIER L’INFLATION…

Même s’il est tentant de ne pas trop s’inquiéter de l’inflation et de ses répercussions sur un régime de retraite, puisque l’indice officiel des prix à la consommation est actuellement inférieur à 2 %, une telle attitude constitue une grave erreur, selon Christine Benz.

« L’une des principales raisons pour lesquelles vous devriez vous préoccuper de l’inflation est que si vous avez investi une part notable de votre portefeuille de retraite dans des placements à taux fixe, comme des espèces ou des obligations, les prix plus élevés des biens et services que vous devrez acheter au fil des ans réduiront le pouvoir d’achat de votre rendement sur ces placements », explique la dirigeante.

Une autre façon d’aborder le problème consiste à se dire que lorsqu’une personne a investi la plus grande partie de son actif dans des placements prudents à l’approche de sa retraite, l’inflation diminue le rendement absolu qu’elle est susceptible d’obtenir sur son portefeuille, ce qui risque de réduire considérablement ses gains. « Si vous avez la chance de gagner 5 % sur votre argent, vous ne voudrez certainement pas renoncer à 60 % de ce gain, comme vous le feriez si l’inflation atteignait 3 % pendant vos années de retraite », souligne Christine Benz.

La parade consiste à choisir des obligations protégées contre l’inflation dans la partie obligataire du portefeuille : lorsque les prix augmentent, on obtient ainsi une légère augmentation de son capital ou des intérêts provenant de ses obligations. Toutefois, nuance la dirigeante de Morningstar, ces obligations « protégées » ne prémunissent des effets néfastes de la hausse du coût de la vie que dans la portion du portefeuille qui les concerne.

En outre, comme les ajustements en fonction de l’inflation que le consommateur reçoit sur ces obligations sont calculés par rapport au taux d’inflation général, et non à celui qui le concerne personnellement, ils peuvent ne pas refléter son pouvoir d’achat réel. Conclusion de Christine Benz : la meilleure façon de régler ce problème, pour un particulier, consiste à détenir une part importante de son portefeuille en actions tout au long de sa retraite.

… NI LES IMPÔTS, LES TAXES ET LES IMPRÉVUS

« Le solde de votre portefeuille peut vous sembler élevé, mais, malheureusement, il ne correspond pas forcément à l’argent que vous détenez réellement », met en garde la spécialiste. En effet, un particulier possédant des actifs dans des comptes à imposition différée devra par exemple payer de l’impôt sur la majeure partie de ses retraits. Et après, le montant de ses retraits pourrait ainsi diminuer d’un quart, voire davantage. Le gouvernement a en outre le droit de réclamer toute plus-value dont un contribuable aurait bénéficié dans ses comptes imposables et sur laquelle il n’a pas encore payé son dû à l’État.

De même, il ne faut pas oublier que la plupart des particuliers devront payer d’autres impôts une fois à la retraite, notamment dans le cas du Régime de pensions du Canada et du programme de la Sécurité de la vieillesse, qui sont imposables.

Enfin, Christine Benz estime qu’il serait « sage » de mettre aussi de l’argent de côté pour couvrir les dépenses imprévues. « Même si votre fonds d’urgence à la retraite n’a pas besoin d’être aussi important qu’il ne l’était lorsque vous travailliez, le fait de détenir suffisamment d’actifs liquides pour couvrir ces dépenses plus importantes, que ce soit une toiture à réparer ou une grosse facture dentaire, représente une sécurité », souligne la dirigeante.