Tirelire en forme de cochon sur laquelle est posée une étiquette portant le mot "retraite".
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L’Institut canadien des actuaires (ICA) estime que les gouvernements et les travailleurs canadiens devraient penser à une mise à jour de l’âge de la retraite dans le cadre du filet de sécurité sociale du Canada. L’organisme estime que les prestations de retraite complètes du Régime de pensions du Canada et du Régime de rentes du Québec (RPC/RRQ) devraient notamment être retardées.

« Les Canadiens vivent plus longtemps que jamais et bon nombre d’entre eux choisissent de continuer à travailler après 65 ans, indique John Dark, FICA, président de l’Institut canadien des actuaires. Il est logique de mettre à jour les programmes de revenu de retraite de notre pays afin de tenir compte de cette réalité. »

Actuellement, les prestations de retraite sont versées à 65 ans, avec une possibilité de les anticiper ou de les retarder. Ainsi, un Québécois peut décider de recevoir ces versements dès 60 ans ou les reporter, aussi tard que 70 ans, afin de bénéficier de prestations accrues. La proposition de l’ICA serait d’augmenter ces âges respectivement à 62 ans pour la retraite anticipée, 67 ans au lieu de 65 ans et 75 ans pour les prestations reportées.

Selon l’Institut, cela permettrait aux Canadiens de cumuler davantage d’économies et de toucher des prestations plus élevées le moment venu. L’ICA calcule ainsi qu’en repoussant la retraite de deux ans, les prestations seraient bonifiées de 194 $ par mois, soit 2 328 $ par année.

L’ICA recommande des changements analogues pour ce qui est de la Sécurité de la vieillesse (SV). Elle souhaite que l’âge auquel un retraité pourrait y prétendre soit également augmenté. Actuellement, les Canadiens peuvent la demander à partir de 65 ans ou au plus tard à 70 ans. L’organisme suggère qu’ils ne puissent la demander qu’à partir de 67 ans et le faire jusqu’à 75 ans.

Cela permettrait également aux promoteurs de régimes de retraite enregistrés de fixer une date cible de prise de la retraite à 67 ans plutôt que 65, et les titulaires d’un régime pourraient reporter le versement du revenu issu de leur REER jusqu’à l’âge de 75 ans au lieu de 71 ans.

UNE PROPOSITION DE SON TEMPS

La proposition d’ICA correspond à une période où la population vit plus longtemps et craint de survivre à ses économies et où l’on constate une pénurie de main-d’œuvre. Ce changement permettrait de répondre à plusieurs des problématiques actuelles.

« Outre les avantages financiers associés au fait de profiter d’un revenu de retraite payable à vie plus élevé, notre proposition assure aux retraités une protection contre les coûts associés à la longévité accrue et l’érosion importante des épargnes en raison de l’inflation », souligne Jacques Tremblay, FICA, l’un des deux principaux auteurs de l’énoncé.

« Notre proposition est un point de départ aux fins d’une discussion. Nous serions ravis de mettre notre expertise au service des gouvernements afin d’examiner les programmes de retraite en vigueur au pays et de décider des modifications qui sont les plus avantageuses pour l’ensemble des Canadiens », affirme John Dark.

UNE PROPOSITION TROP OSÉE

La proposition de l’ICA n’est pas si nouvelle. En 2012, Stephen Harper avait décidé qu’à partir de 2023, l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse et au Supplément de revenu garanti ne serait plus 65 ans, mais bien 67. Le gouvernement Trudeau a annulé cette décision dès sa prise de pouvoir.

En 2017, Québec a remis ce sujet sur la table en proposant d’augmenter l’âge minimal d’admissibilité à la rente de retraite anticipée, mais cette idée n’a pas été retenue.

Cette proposition sera-t-elle acceptée en 2019? Certes, les arguments en faveur d’un tel changement sont maintenant plus nombreux, puisque, en plus de la faiblesse des taux d’intérêt et l’espérance de vie plus longue, s’est ajouté l’argument de la pénurie de personnel et de la croissance économique. Est-ce que cela sera suffisant?

L’argent n’est évidemment pas le seul élément à prendre en compte dans cette décision. D’autres facteurs entrent en considération, comme l’état de santé et la situation familiale des citoyens. Évidemment, il faudrait également que les employeurs tiennent davantage  compte de l’expertise et l’expérience des travailleurs âgés.