Une tirelire qui apparaît derrière une vitre brisée.
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Alors que l’endettement des Canadiens augmente et que leur niveau d’épargne baisse, de nombreux travailleurs s’en remettent à un éventuel héritage pour financer leur future retraite. Mais cette source de revenus présente un haut niveau d’incertitude, rappelle Aleksandra Sagan, de La Presse canadienne.

« Le problème avec un héritage, c’est que vous ne savez pas à quel moment il se produira », souligne Tony Maiorino, directeur de RBC Services de gestion de patrimoine. Entre 2014 et 2016, les hommes âgés de 65 ans pouvaient espérer vivre en moyenne 19,3 ans de plus, selon Statistique Canada, alors que les femmes pouvaient en moyenne espérer vivre 22,1 ans.

L’allongement de la vie peut non seulement retarder le versement d’un héritage, mais il peut également entraîner la dilapidation du capital par les retraités. Ceux-ci doivent maintenant subvenir à leurs besoins sans travailler pendant 20, 30 voire 40 ans. De plus, pendant leurs dernières années, les retraités sont souvent confrontés à de nouveaux frais comme le loyer d’une résidence pour personnes âgées ou des soins de santé dispendieux.

TIENS, UN NOUVEL HÉRITIER!

D’autres événements de la vie peuvent avoir un impact sur l’héritage anticipé. Les parents peuvent décider de donner une partie de leur capital à une œuvre de charité. C’est notamment très populaire chez les ultra-riches depuis que Bill et Melinda Gates et Warren Buffett se sont engagés, en 2010, à donner plus de la moitié de leur patrimoine à des organismes philanthropiques ou caritatifs de leur vivant ou par l’entremise de leur héritage.

Les parents peuvent aussi se remarier après un divorce ou le décès d’un conjoint. Dans certains cas, ils peuvent avoir des enfants de ce second mariage, augmentant le nombre d’héritiers et diminuant d’autant la part de chacun. Des parents décident aussi parfois que leurs enfants ont somme toute assez bien réussi et n’ont pas besoin d’un héritage. Ils nomment plutôt leurs petits-enfants comme bénéficiaires. 

ATTENTION À L’ENDETTEMENT

Bref, les planificateurs financiers mettent généralement en garde contre le fait de planifier en fonction d’un hypothétique héritage. D’autant que les parents ne partagent pas toujours leurs informations financières avec leurs enfants, comme le rappelle Melanie McDonald, vice-présidente à BMO Gestion privée. Cela complique encore plus les prévisions sur les montants qui pourraient être reçus. 

Pour assurer ses vieux jours, mieux vaut donc mettre ses propres finances en ordre. Et il serait temps de s’y mettre, car, selon Statistique Canada, au deuxième trimestre de 2019, les ménages canadiens devaient en moyenne 1,74 $ pour chaque dollar de revenu disponible (incluant les dettes hypothécaires). Pendant la même période, la dette totale par consommateur est passée à 71 979 $, contre 57 000 $ il y a cinq ans, selon Equifax. 

ÉPARGNER PLUS

Pendant ce temps, l’épargne stagne. En février 2018, un sondage de CIBC révélait que 32 % des Canadiens âgés de 45 à 64 ans n’avaient aucune épargne-retraite. Et plus de la moitié des répondants n’avaient aucune idée s’ils épargnaient assez pour financer leur retraite.

En 2018, selon Statistique Canada, les ménages ont épargné en moyenne 852 $. Toutefois, même cette faible moyenne est trompeuse et cache une réalité dans laquelle les ménages les plus riches épargnent beaucoup, alors que les ménages pauvres s’endettent. Toujours en 2018, les ménages dont le revenu se situait dans le quintile supérieur épargnaient en moyenne 41 393 $ par année. À l’inverse, les ménages dont le revenu se situait dans le quintile le plus bas dépensaient en moyenne 27 935 $ de plus qu’ils ne gagnaient (incluant les retraités). Ils devaient donc retirer de l’argent de leur épargne ou recourir à l’endettement pour payer leurs dépenses. 

Rééquilibrer le budget et augmenter le taux d’épargne sont donc des avenues incontournables pour financer la retraite. Quant à l’héritage, Tony Maiorino propose de le considérer comme un cadeau tombé du ciel lorsqu’il se présente et non de planifier en fonction de lui. « Nous devrions construire un plan financier pour votre retraite en fonction de vos buts, de vos objectifs et de votre épargne », conclut-il.