Si beaucoup de Canadiens rêvent de couler des jours heureux dans le sud une fois retraités, la réalité est bien souvent toute autre, si l’on en croit les études menées ces dernières années. Par exemple, un sondage AGF réalisé en 2016 révélait que bon nombre de baby-boomers et de leurs enfants s’attendaient à avoir encore des dettes au moment de quitter la « vie active ».

Dans la même enquête d’opinion, seule une petite minorité (14 %) des personnes endettées consultaient un conseiller financier pour régler le problème et planifier leurs vieux jours, tandis que les autres avaient choisi de se débrouiller par leurs propres moyens. Ce qui n’est pas forcément une bonne idée, puisque l’expérience démontre que les particuliers ne disposent souvent pas du savoir-faire nécessaire pour gérer au mieux leur capital. Ce même constat est repris dans un article publié l’an dernier dans le quotidien suisse Le Temps, sous la plume du conseiller financier Graziano Lusenti.

« Sauf s’ils sont boursicoteurs, beaucoup de gens surestiment leurs compétences et leurs capacités en matière financière, sous-estiment le temps (et les soucis) liés à la gestion efficace d’un portefeuille ou réagissent de façon très émotionnelle (…) aux fluctuations des marchés », mettait en garde le conseiller. Il ajoutait qu’en matière de gestion, la composante psychologique représentait « un facteur sans doute aussi important que les éléments objectifs ».

Même si les régimes de retraite au pays dégagent des rendements relativement intéressants considérant la faiblesse des taux d’intérêt, les Canadiens savent parfaitement qu’ils devront aussi compter sur leur épargne pour disposer d’un revenu suffisant durant leurs vieux jours. Et qu’ils doivent donc, dès aujourd’hui, planifier cette phase de leur existence, par exemple en investissant dans l’immobilier, dans des placements financiers traditionnels ou, comme ils sont de plus en plus nombreux à le faire, dans les infrastructures.

1) L’évolution des marchés : un défi pour les régimes de retraite

Depuis la crise financière, les régimes de retraite ont adopté « une nouvelle approche de la gestion des risques et des placements pour s’adapter à la constante évolution des marchés des capitaux », observe Aon dans un sondage publié en juillet. La firme a sondé les responsables de 124 régimes regroupant près de 1,5 million de participants au pays pour conclure qu’ils ont su répondre « à la réforme de la loi sur les retraites » instaurée dans plusieurs provinces, prendre « une approche proactive face à la volatilité des marchés » et « adapter leurs stratégies de capitalisation et de placement ».

Résultat, les régimes de retraite « dont les ratios de solvabilité atteignent des sommets inédits depuis la récession » sont aujourd’hui « en meilleure santé financière qu’ils ne l’ont été en près de 10 ans », souligne Aon. Cela ne les empêche pas de répondre « activement aux défis posés par les marchés et aux changements de réglementation », selon la firme. Au Québec, 41 % de leurs promoteurs ont ainsi modifié leur stratégie de capitalisation, tandis que 45 % ont changé de stratégie de placement. « Les régimes de retraite ont l’occasion d’adopter une approche tridimensionnelle qui se concentre sur la diversification, la réduction du risque et le dynamisme pour répondre aux changements. (…) Les promoteurs de régime ne se reposent pas sur leurs bons rendements. Ils tentent de se préparer pour les temps plus difficiles. Comme les choix de placement et les risques deviennent de plus en plus complexes, les promoteurs de régime se concentrent sur la stratégie à long terme, utilisent efficacement les outils et, surtout, gèrent consciencieusement les risques », résume Claude Lockhead, associé exécutif de la pratique Retraite d’Aon Hewitt.

Le sondage indique également que 92 % des régimes possèdent une stratégie à long terme pour atteindre leurs objectifs. Parmi eux, les promoteurs privés adoptent plus de mesures de réduction du risque que ceux du secteur public, dont la priorité est la stabilité des coûts. Enfin, l’étude d’Aon montre que la plupart des régimes investissent ou prévoient d’investir dans des placements moins traditionnels, comme l’immobilier (82 %) et les infrastructures (79 %).

Dans une analyse publiée en juin sur le site de Conseiller, Simeon Goldstein estime lui aussi que les régimes de retraite sont plutôt bien outillés pour traverser la période de volatilité actuelle, et ce, même si « le contexte géopolitique actuel semble être semé d’embûches ». « En se fiant uniquement à des surprises de nature géopolitique survenues en 2016, dont bien évidemment l’arrivée de Donald Trump à la Maison‑Blanche, certains seront tentés de croire que l’année a été catastrophique. Mais sur le plan de la situation financière des caisses de retraite canadiennes, force est de constater que cela n’a pas été tellement le cas », confirme-t-il. En effet, ajoute-t-il, « le ratio de solvabilité de la plupart des régimes de retraite à prestations déterminées (PD) au pays s’est amélioré de 2 % à 5 % au cours de l’année dernière, grâce notamment à la hausse des taux d’intérêt et à de meilleurs rendements sur les marchés boursiers. »

2) Faire le (bon) choix de diversifier son portefeuille

Traditionnellement, les titres à revenu fixe occupaient une place prépondérante dans les portefeuilles des investisseurs à la retraite. Mais la faiblesse des taux d’intérêt a changé la donne, et peut-être est-il temps de proposer de nouvelles options à vos clients, estime Dan Kemp dans une note publiée en juillet. Le responsable de la gestion de portefeuille pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique à Morningstar rappelle d’abord qu’« il est particulièrement difficile d’investir quand on est à la retraite, car l’échéancier est souvent incertain et les retraits réguliers ont un impact négatif sur les rendements ». Et il estime que pour « la majorité des investisseurs » qui économisent en vue de leurs vieux jours, les titres à revenu fixe « offrent généralement une meilleure certitude à court terme ainsi qu’un flux de revenu utile », ce qui est intéressant dans leur cas puisqu’ils sont obligés de retirer de l’argent régulièrement.

Toutefois, ajoute l’analyste, puisque les possibilités d’investissement se sont élargies et que les taux d’intérêt ont diminué, le « taux de retrait sûr » de ce type de produits semble avoir baissé et, désormais, « le portefeuille utilisé à la retraite inclut généralement des propriétés immobilières, des infrastructures, des actifs liés aux marchandises [ou encore] des participations aux devises ». En intégrant ces catégories d’actifs à son portefeuille, un retraité peut arriver à une meilleure diversification qu’avec une simple combinaison de revenu fixe et d’actions, souligne Dan Kemp. Cependant, plutôt que de multiplier les catégories d’actif dans les portefeuilles d’un client, Morningstar suggère d’analyser minutieusement les évaluations des titres détenus. Dans ce contexte, le plus important est que « la combinaison entre actions et titres à revenu fixe demeure l’élément décisif des rendements et du risque dans la grande majorité des cas », souligne Dan Kemp, qui relève que, d’une manière générale, « un retraité aspire à une faible corrélation entre les principales participations de son portefeuille, car cela lui permet de varier les moteurs du rendement et de stabiliser ses résultats. »

« Ce qui est intéressant, poursuit-il, c’est qu’un investisseur qui s’est concentré principalement sur le revenu fixe pourrait apparemment en arriver à une meilleure diversification qu’avec une simple combinaison de revenu fixe et d’actions. Par exemple, les corrélations entre l’immobilier, les fonds de placements privés, les marchandises et les fonds spéculatifs ont également offert les avantages de la diversification au cours des dix dernières années. » Pour autant, nuance l’analyste, cela ne signifie pas nécessairement qu’un investisseur défensif sera en meilleure posture s’il combine des obligations gouvernementales, des placements privés, des propriétés immobilières, des fonds spéculatifs et des marchandises. Une bonne manière de diversifier un portefeuille est d’avoir une idée précise des « pertes dépendant de l’évaluation », explique Dan Kemp. « Les actifs ayant des évaluations plus faibles affichent généralement des rendements plus élevés et subissent moins de pertes. Plus les pertes sont sévères, plus l’investisseur à la retraite devra vendre de son capital pour générer suffisamment de revenu. Par ailleurs, plus il vend de capitaux, moins il en aura pour produire des rendements futurs », détaille-t-il.

Malgré l’extrême difficulté qu’il y a à évaluer le risque et le rendement des placements, il est néanmoins possible d’avoir une idée assez précise des pertes que peut subir un titre en fonction de son évaluation. Pour cela, Morningstar propose d’examiner à la fois ses résultats historiques et ses performances prévues. Les premiers serviront à vérifier de quelle façon un portefeuille aurait réagi en cas de crise financière, tandis que les secondes permettront d’envisager plusieurs scénarios possibles. De cette façon, l’investisseur et son conseiller peuvent espérer mieux connaître le portefeuille, et donc en améliorer la performance. Toutefois, ce n’est pas une solution miracle, avertit Dan Kemp. Au bout du compte, conclut-il, « un portefeuille est là pour créer des résultats », même si « on ne peut pas prévoir l’avenir avec précision », ce qui « renforce le besoin d’avoir une perspective d’ensemble du portefeuille, et met aussi l’accent sur l’obligation qui est faite aux conseillers d’aider les clients en s’assurant qu’ils ne demandent pas l’impossible et n’effectuent pas trop de retraits. »

3) Fonds distincts et planification de la retraite font bon ménage

Dans la catégorie des 55 ans et plus, près de neuf Canadiens sur dix (87 %) aimeraient avoir un produit de placement offrant des garanties sur le capital et des perspectives de croissance, selon un sondage publié au début de l’année par RBC Assurances. Mené en ligne auprès de 1 002 personnes, il relève qu’environ deux tiers d’entre elles (60 %) ignorent qu’une telle chose est possible grâce aux fonds distincts que vendent les compagnies d’assurance. Seule une petite minorité (17 %) songe à cette solution dans le cadre d’un plan de retraite.

« Les fonds distincts peuvent jouer un rôle important dans un portefeuille de placement en procurant des avantages uniques qu’on ne trouve pas dans les autres produits [du même type]. » « Les fonds distincts offrent le potentiel de croissance d’un fonds commun de placement et la sécurité d’un contrat d’assurance garantissant le capital à l’échéance ou au décès, ce qui permet aux investisseurs d’épargner en toute quiétude », soutient RBC. Or, constate Jean Salvadore, directrice générale, Assurance de patrimoine à RBC, l’enquête d’opinion révèle « une méconnaissance et une incompréhension généralisées des fonds distincts au Canada » alors qu’ils peuvent « être très avantageux pour les clients qui cherchent à faire fructifier et à protéger leur épargne, tout en s’assurant que leurs actifs seront transférés sans accroc à leurs bénéficiaires ».

Dans l’ensemble, 80 % des répondants ont échoué à répondre au jeu-questionnaire inclus dans le sondage. Selon RBC, ce résultat prouve que la plupart des Canadiens ne connaissent pas les rudiments des fonds distincts, « ce qui peut nuire à la diversification des portefeuilles de placement ». Ainsi, 83 % des personnes interrogées indiquent qu’elles accordent de l’importance à la planification successorale, mais 72 % d’entre elles ignorent que les fonds « offrent des avantages uniques en la matière, comme une exemption du processus d’homologation qui permet aux bénéficiaires de toucher l’argent rapidement, de façon discrète et à peu de frais. » Pour expliquer cette méconnaissance, la banque met en avant une question de coût. « Bien que 33 % des répondants affirment qu’ils ne verraient pas d’inconvénient à payer des frais plus élevés pour profiter de la protection supplémentaire d’un fonds distinct, 47 % n’étaient pas d’accord et 20 % étaient incertains », note-t-elle.

« Lorsqu’on souscrit un contrat de fonds distincts, on achète un produit de placement assorti de garanties contre les replis du marché. Par exemple, outre l’exemption au processus d’homologation, le capital‑décès est parfois garanti à 100 %, ce qui permet de préserver vos actifs pour vos proches. Pour bon nombre de clients, selon leur appétit pour le risque et leurs objectifs de placement, ces avantages compensent le coût d’un fonds distinct », conclut Jean Salvadore.

4) Pourquoi pas les infrastructures?

Les infrastructures attirent de plus en plus les grands fonds d’investissement, notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec, rapporte Jean Gagnon dans La Presse. Dans un article paru il y a quelques mois, le journaliste indique qu’ils sont désormais perçus comme « pouvant générer de bons rendements à long terme et se substituer aux marchés boursiers plus volatils. » D’après lui, non seulement les particuliers peuvent eux aussi y investir, mais le moment est idéal, car en raison de la crise financière de 2008 et de la récession qui a suivi, « les gouvernements ont pris énormément de retard dans le développement de nouvelles infrastructures nécessaires à la croissance de l’activité économique et dans la maintenance des infrastructures existantes ». Résultat, « des sommes d’argent colossales vont maintenant être investies pour rattraper le temps perdu », souligne le rédacteur. Cette thématique de l’investissement dans les infrastructures arrive à une période où les grands investisseurs ne savent plus où mettre leur argent, confirme dans La Presse Daniel Chartier, gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins. « Les taux d’intérêt très bas font en sorte qu’il sera très difficile de générer de bons rendements avec les obligations au cours des prochaines années », constate-t-il.

Les particuliers peuvent placer de l’argent dans les infrastructures en achetant les actions des firmes qui prendront part à leur construction et à leur gestion ou, plus simplement, en achetant des fonds communs ou des fonds négociés en Bourse spécifiquement consacrés à cette thématique, explique pour sa part Alain Desbiens, vice-président BMO Gestion mondiale d’actifs. Toutefois, ce genre de placements n’est pas forcément sans risque, met en garde Daniel Chartier, qui observe que lorsqu’une nouvelle thématique apparaît, l’industrie des services financiers lance sur le marché de nombreux produits pour satisfaire les besoins des investisseurs. Autrement dit, insiste-t-il, « l’idée peut être bonne, mais le produit d’investissement peut ne pas l’être ». En outre, les projets d’infrastructures ont fréquemment des implications internationales, ce qui fait que « plusieurs fonds comportent un risque de devise et souvent également un risque politique », ajoute Alain Desbiens. Conclusion de La Presse : « Il importe donc de bien étudier le ou les produits dans lesquels on investira son épargne-retraite. »

Dans un article publié en mai par Avantages, Pierre-Luc Trudel estime lui aussi que « dans le marché obligataire déprimé que l’on connaît, les infrastructures ont de quoi séduire les régimes de retraite à la recherche de sources de revenu courant. » Citant le Régime de rentes du Mouvement Desjardins « qui s’est laissé charmer », il précise que 12 % de son actif est aujourd’hui investi dans les infrastructures, soit une proportion nettement plus élevée que la plupart des autres caisses de retraite privées. Les raisons de cet intérêt sont multiples, selon le chef des investissements, Infrastructures pour le régime. « Nous avons (…) une répartition importante en actifs réels, particulièrement en infrastructures et en immobilier. En plus de générer de la valeur ajoutée dans un contexte obligataire difficile, ces actifs sont une bonne source de flux monétaires prévisibles et stables », explique Frédéric Angers. Celui-ci précise que le portefeuille d’infrastructures du régime qu’il dirige est aujourd’hui réparti à 30 % dans des fonds et à 70 % dans des co-investissements et des investissements directs, l’un des principaux avantages de ces derniers par rapport aux fonds, étant qu’« ils permettent de se soustraire à la volatilité des marchés. »

5) Comment simplifier un portefeuille de retraite

De nombreux investisseurs retraités, ou sur le point de quitter le marché du travail, arrivent à cette étape de la vie « avec des portefeuilles ou des stratégies bien trop compliqués », car « souvent, ils détiennent trop de comptes ou de placements différents, voire les deux. » Par ailleurs, « ils peuvent aussi employer des stratégies qui exigent en permanence une trop grande surveillance », observe Morningstar dans un article de fond publié l’été dernier. La firme de gestion d’actifs y offre quelques conseils pour « passer à un portefeuille simplifié tout en conservant une combinaison de portefeuilles efficace ».

Consolider les comptes semblables d’un investisseur est l’une des stratégies qu’elle propose, sachant qu’il serait avantageux de compter sur un seul instrument avec des avantages fiscaux pour financer sa retraite, même si « la réalité est plus compliquée ». Selon ses revenus et sa situation, un particulier peut placer ses actifs dans plusieurs instruments exonérés d’impôt, notamment un régime de pension parrainé par sa compagnie, un REER ou un CELI, détaille Morningstar. Toutefois, il peut aussi investir « en employant des comptes de courtage imposables, ce qui est souvent nécessaire pour les personnes aux revenus élevés qui ont déjà maximisé les contributions autorisées dans les diverses options libres d’impôt ». Résultat, il est courant qu’un investisseur quitte la vie active en ayant plusieurs comptes. Une fois à la retraite, le fait de consolider tous les comptes libres d’impôt dans un seul REER (ou FERR après 71 ans), puis de rassembler plusieurs comptes imposables en un seul, permet de réduire fortement le nombre de variables d’un portefeuille, souligne la firme.

Une autre option intéressante consiste à réduire les stratégies de placement pour aller à l’essentiel. « À l’approche de la retraite, c’est le bon moment d’évaluer si une stratégie simplifiée de gestion du portefeuille pourrait faire l’affaire aussi bien qu’une stratégie plus compliquée », rappelle Morningstar, qui recommande aux futurs retraités désireux d’emprunter cette voie de répondre aux questions suivantes :

  • Quel sera leur taux de retrait?
  • Quelle sera leur approche en matière de retrait d’argent de leur portefeuille?
  • Compteront-ils sur leurs distributions de revenu, sur les positions qui se seront appréciées dans leur portefeuille, ou sur une combinaison des deux?

Enfin, la firme leur suggère aussi de « voir si deux ou trois avoirs bien diversifiés par compte pourraient remplacer plusieurs placements plus petits et plus concentrés », d’automatiser autant que possible leur « chèque de paye » et de créer « un répertoire universel » afin de conserver les informations sur chaque compte, notamment ceux des placements, des hypothèques et des cartes de crédit. Avec un tel outil, insiste Morningstar, l’investisseur dispose d’une seule source contenant toutes les informations importantes sur tous ses comptes, y compris les numéros de compte et les adresses URL, et il n’a donc plus besoin d’aller à la chasse aux informations manquantes ou de cliquer sur le bouton « J’ai oublié mon mot de passe »!