Par contrainte ou par choix, de plus en plus de Canadiens se retrouvent seuls à l’âge de la retraite. Selon un rapport de la Banque de Montréal publié il y a près d’une décennie, c’était le cas de 43% des 65ans et plus d’un océan à l’autre; 30% étaient veufs, 8% étaient séparés ou divorcés et 5% n’avaient jamais été mariés. Depuis, les données de Statistique Canada ne montrent pas de grande évolution alors qu’en même temps, la hausse de l’espérance de vie complique le financement de la retraite pour les personnes seules, surtout dans le cas des femmes.

Un sondage mondial mené par la firme BlackRock en 2014 confirmait que les Canadiennes affichaient un retard dans la planification de leur retraite par rapport aux femmes d’autres pays, et qu’elles sont donc plus susceptibles que les hommes de faire face à des difficultés financières durant leurs vieux jours. De même, une étude publiée au début de l’année par l’Université de Sherbrooke révélait que les hommes se sentaient plus sûrs de maintenir leur niveau de vie après avoir quitté le monde du travail que les femmes (57% contre 51%).

Le rapport de BMO signalait par ailleurs qu’il existait un écart significatif entre perception et réalité quand, sans l’avoir prévu, une personne était contrainte d’affronter seule la retraite. En effet, contrairement à l’idée répandue, le coût de la vie d’un ou d’une célibataire n’est pas forcément très inférieur à celui d’un ménage de deux personnes. Certains planificateurs financiers l’évaluent à au moins 70% de celui d’un couple, d’autres encore davantage.

1) Comment organiser ses finances

Les célibataires de tous âges sont plus nombreux qu’avant et leur situation entraîne des besoins spécifiques, en particulier lorsqu’il s’agit de personnes qui s’apprêtent à quitter la vie active, rapporte Nathalie Côté dans un article paru en mai sur le site de Conseiller. Interrogée par la journaliste, Guylaine Dufresne, directrice principale, investissement et planification financière à la Banque Laurentienne, est catégorique : «Ce n’est pas parce qu’on est deux que ça coûte deux fois plus cher, au contraire». En effet, explique-t-elle, un célibataire doit lui aussi assumer des postes de dépenses importants, comme le logement, le chauffage, les taxes, les services publics ou encore l’auto, alors qu’un couple peut partager ces frais. De plus, «en vieillissant, les personnes célibataires ressentent souvent davantage d’insécurité. Elles se demandent qui prendra soin d’elles en cas de maladie, par exemple.»

Si l’assurance vie est souvent jugée moins prioritaire chez un célibataire, puisque personne n’attend après son revenu pour vivre, les assurances maladie grave et soins de longue durée peuvent en revanche prendre davantage de l’importance, car il ne peut compter sur un conjoint pour s’occuper de lui, ajoute Guylaine Dufresne. Dans le même article, Martin Hébert, planificateur financier et directeur des ventes en assurance de personnes chez Lussier Dale Parizeau, estime qu’il serait judicieux d’inciter un client célibataire à remplir un mandat de protection. «Quand la personne devient inapte, c’est trop tard (…) Si rien n’a été prévu, le Curateur pourrait devenir son représentant légal», rappelle-t-il, ce qui n’est pas forcément ce qu’elle désirait quand elle était encore saine d’esprit.

Pour la retraite, le choix entre le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) et le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) dépend notamment du revenu de la personne, explique Conseiller. Lorsque celui-ci est élevé, le premier permet une réduction d’impôt intéressante, mais pour quelqu’un ayant peu de moyens, le second sera privilégié afin d’éviter que son revenu soit trop élevé à la retraite et qu’il soit privé du Supplément de revenu garanti. «Ces deux outils sont particulièrement intéressants pour les célibataires en raison de leurs avantages fiscaux. Contrairement aux couples et aux familles, plusieurs crédits et déductions leur sont inaccessibles», note Nathalie Côté. Certaines personnes seules peuvent se sentir plus vulnérables et être préoccupées par la gestion de leurs avoirs à la retraite, ajoute-t-elle. Dans ce cas, «une rente viagère qui assure le paiement fixe des coûts de vie les rassure», indique Guylaine Dufresne.

2) Le célibat, c’est dur pour le portefeuille!

Le nombre de célibataires au pays est plus élevé que jamais, en particulier au Québec, selon les données du recensement 2016 de Statistique Canada. Or vivre seul coûte cher, relève le Globe and Mail. Dans un article (en anglais) publié en août, Rob Carrick rappelle que le fait d’habiter en couple permet de partager des dépenses, comme les paiements d’hypothèque ou de loyer, les taxes, les services publics et l’entretien ménager. Une personne seule paierait environ 75% à 80% des dépenses d’un couple, et non 50%, selon Janet Gray, dirigeante du bureau d’Ottawa de CARP (en anglais), un groupe qui représente les retraités.

Les couples bénéficient en outre de certains avantages fiscaux au fédéral, comme le montant pour époux ou conjoint de fait. Ce crédit d’impôt peut être réclamé si une personne soutient un conjoint dont le revenu est inférieur à 11635$ par année (en 2017). Les dépenses de soins de santé d’un couple peuvent aussi être additionnées pour maximiser le crédit d’impôt qui leur est relié. Au Québec, le gouvernement offre toutefois un crédit d’impôt aux gens vivant seuls, calculé en fonction de leur revenu. Enfin, au terme de sa vie active, un ménage peut diviser son revenu de retraite afin de réduire l’impact fiscal sur le plus haut revenu des deux conjoints, une possibilité que n’ont pas les retraités vivant seuls.

Dans un autre article publié en août dans Le Devoir, Gérard Bérubé observe que «si la pension de la Sécurité de vieillesse et les prestations du Régime des rentes du Québec sont individuelles, le supplément de revenu garanti (SRG) peut passer d’une mensualité de 864,09$ pour une personne célibataire, divorcée ou veuve à 520,17$ par personne pour les conjoints mariés ou vivant en union de fait», sans parler des possibilités de fractionnement de revenu entre conjoints. En conclusion, constate-t-il, «sauf exception, le célibataire est donc un grand contributeur net aux finances publiques». Cela est confirmé dans une récente étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke. Réalisée par Antoine Genest-Grégoire, Jean-Herman Guay et Luc Godbout, elle dresse un tableau détaillé des impôts payés et des services publics reçus par les ménages québécois. Son constat est clair : une personne seule verse nettement plus en prélèvements fiscaux qu’elle ne reçoit de bénéfices en retour de ses contributions.

Conclusion désabusée de Daniel Germain, directeur du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus : «On aime les familles, on ignore les gens seuls. Qui a déjà entendu le mot “célibataire” en campagne électorale où lors du dépôt d’un budget? (…) Le problème avec les solitaires, c’est qu’ils ont beau occuper le tiers des ménages, ils sont en concurrence avec deux fois plus de ménages dans lesquels se trouvent deux fois plus de gens. Ils ne font pas le poids politiquement. Ils ne sont intéressants que pour les promoteurs de condos, les fabricants de plats surgelés et les agences de rencontres. Ils paient leur appartement et leurs factures tout seuls. Et pour garnir leur frigo, rarement peuvent-ils bénéficier des rabais sur le volume. À qui profitent les bas prix de Costco? Certainement pas aux célibataires sans enfants qui n’auraient de toute façon pas la place dans leur petit appartement pour stocker la caisse de pogos et le seau de mayonnaise.»

3) Les célibataires, divorcés ou veufs ont une petite retraite

En combinant le montant de la pension de la Sécurité de la vieillesse (578,53$) et le montant du Supplément de revenu garanti d’une personne célibataire, divorcée ou veuve (864,09$), une personne de l’âge d’or vivant seule pourrait percevoir jusqu’à 1 442,62$ du fédéral, explique le blogue de Résidences‑Québec.ca. Cela est insuffisant pour subvenir à ses besoins lorsqu’elle est placée dans une résidence privée, note l’auteur du billet paru ce printemps. Constatant que «le prix des loyers en résidence augmente», il déplore le fait que «nos aînés manquent de ressources financières afin de vivre de façon décente et recevoir les soins dont ils ont besoin».

Sur la base des données fournies par Revenu Québec, Retraite Québec et Service Canada, le billet décortique ce qui est inclus dans ce montant. Il s’agit d’abord du programme de la Sécurité de la vieillesse du Canada, une prestation de 578$ (en 2017) versée pour «garantir un revenu minimal aux personnes âgées à la retraite, et ce, qu’elles aient travaillé ou non». La pension que chacun reçoit à ce titre n’est pas déterminée selon ses antécédents professionnels ni selon ses revenus, puisque même quelqu’un qui n’a jamais travaillé peut y avoir droit à condition d’être âgé de 65ans et plus et d’avoir résidé au Canada durant 40ans après l’âge de 18ans. Une personne seule pourrait également avoir droit au Supplément de revenu garanti à condition de remplir deux critères : recevoir une pension de la Sécurité de la vieillesse; avoir un revenu annuel inférieur au seuil maximal établi pour l’année (à noter que le montant de la Sécurité de la vieillesse n’est pas inclus dans le revenu annuel). Ainsi, cette personne pourrait, selon son cas, percevoir jusqu’à 864,09$.

Résidences‑Québec.ca mentionne aussi le fait que les aînés séparés pour des raisons indépendantes de leur volonté peuvent avoir droit à une mesure de Revenu Canada dite de «Séparation involontaire » faisant en sorte que chacun d’eux sera considéré comme étant célibataire. «Le Supplément de revenu garanti sera alors calculé en fonction de votre revenu au lieu de celui de votre couple», explique le site, qui précise que pour cela il faut avoir cessé de cohabiter avec son conjoint uniquement pour une raison d’ordre médical ou économique (par exemple, si celui-ci est hébergé dans un centre d’hébergement de soins de longue durée). Outre ces prestations, une personne se retrouvant seule après le décès de son époux ou conjoint de fait peut être admissible à l’Allocation au survivant si elle a un faible revenu et répond à certains critères détaillés dans le blogue. Enfin, Résidences‑Québec.ca rappelle que le montant maximal versé par le Régime des rentes du Québec est de 713,07$ à 60 ans, et de 1114,17$ à 65 ans. Après avoir souligné que ce montant dépend de trois critères (l’âge de départ à la retraite; le nombre d’années de cotisation au régime; le montant des cotisations prélevées à même les revenus de travail), le blogue publie deux tableaux résumant les données de base et les montants maximaux des rentes versées.

4) Que faire pour aider vos clientes à ne pas être en difficulté

La clientèle féminine a particulièrement besoin d’acquérir des connaissances financières en vue d’établir un bon plan de retraite, conclut une récente étude (en anglais) de l’American College of Financial Services reprise par Manuvie. Dans un texte (en anglais) publié en septembre, la compagnie d’assurance relève que les femmes éprouvent plus de difficulté que les hommes à comprendre les produits de rente immédiate, les programmes de retraite des compagnies ainsi que tout ce qui a trait à l’investissement. Sur la base d’un sondage de 38 questions, il apparaît aussi que plus elles disposent de connaissances en la matière, plus les chances sont grandes qu’elles optent, une fois retraitées, pour une planification financière écrite.

Manuvie fournit quelques conseils aux professionnels en planification financière pour les aider à mieux préparer leurs clientes à assurer leurs vieux jours. Tout d’abord, il faut les aider à jouer un rôle actif dans leur vie financière. En effet, les hommes tendent plus souvent à s’instruire sur les sujets financiers (notamment sur le Net) que les femmes; mais ces dernières peuvent toutefois apprendre à mieux s’impliquer, par exemple en définissant avec plus de précision quels sont leurs objectifs de retraite et les options qui s’offrent à elles, avec l’aide de leur conseiller.

Le sondage (en anglais) autour duquel est articulée l’étude de l’American College of Financial Services révèle que les renseignements les plus recherchés par les femmes auprès de leurs conseillers concernent la connaissance des risques ainsi que les stratégies en matière d’investissement et de revenu de retraite. Plus de la moitié des répondantes (55%) déclarent ainsi qu’il est «extrêmement important» qu’un professionnel les éduque sur la meilleure façon de dépenser leur argent sans risquer d’en manquer, contre seulement 42% des hommes. De même, 60% d’entre elles jugent «important» de recevoir d’un conseiller une formation au sujet de la gestion de leurs investissements, contre 47% des hommes. Enfin, le sondage indique que les femmes se montrent moins agressives et plus conservatrices que les hommes dans leur manière d’investir, et qu’elles sont aussi plus préoccupées par les risques liés à la retraite, notamment les coûts futurs des soins de santé.

5) Une boîte à outils financiers pour femmes

«Site internet, blogue et ateliers de formation : Ellefinances explique aux femmes comment prendre en main leur sécurité financière», écrit Conseiller dans un article paru en septembre. «Il y a des iniquités entre les hommes et les femmes (…). Les femmes prennent des décisions lorsqu’elles ont 25, 30 ou 40ans, souvent parce qu’elles ont des enfants. Et ces décisions peuvent avoir des conséquences financières importantes une fois qu’elles sont rendues à la retraite», souligne André Lacasse, planificateur financier et cofondateur du site web. Le fait qu’une femme décide de travailler temporairement à temps partiel et, pour cette raison, ne postule pas à un emploi impliquant davantage de responsabilités, peut être la cause d’un déséquilibre.

«Ces choix font en sorte que les femmes gagnent moins d’argent qu’elles ne le pourraient, analyse M.Lacasse. C’est de l’argent en moins à mettre dans les REER. C’est également, au final, moins d’argent de la part du Régime de rentes du Québec, puisque celui-ci offre un pourcentage des revenus gagnés tout au long de la vie. Les congés de maternité font également en sorte que durant un an, certaines femmes ne cotisent pas à leurs fonds de pension. Il faut tenir compte de tout cela lorsqu’on fait une planification financière», explique André Lacasse. Rappelant que les femmes vivent en moyenne cinq ans de plus que les hommes, le planificateur financier observe qu’à 65 ans et plus, leur revenu moyen d’un océan à l’autre est de 28 711$, contre 43 000$ pour les hommes. Toutefois, poursuit-il, «il y a des solutions et c’est de cela dont nous souhaitons parler [sur le site]». Ainsi, «le conjoint peut cotiser pour sa conjointe afin qu’ils aient une retraite équivalente», «rédiger un testament» ou encore «vérifier que le partage du patrimoine familial est équilibré», entre autres choses.

Selon le planificateur financier, l’existence d’Ellefinances répond à un réel besoin en matière de planification financière au féminin. Et pour appuyer ses dires, il cite les résultats de deux sondages qu’il a lancés l’été dernier sur les réseaux sociaux : 43% des répondantes y déclaraient en effet ne pas avoir de plan advenant un décès prématuré ou une invalidité prolongée de leur conjoint, tandis que 62% voulaient savoir comment en bâtir un. De même, 41% disaient ignorer quels seraient les effets sur leur sécurité financière en cas de séparation avec leur conjoint. Enfin, 75% souhaitaient apprendre à planifier leur retraite pour réaliser leurs projets. «Les femmes pourront trouver ces informations sur le site d’Ellefinances sous la forme notamment d’un billet de blogue», indique Conseiller, qui précise que les fondateurs du site donneront des ateliers de formation gratuits une fois par mois à Brossard, sur les thèmes de la retraite, de la maternité, de l’entrepreneuriat et de la sécurité financière en général.