La rentrée est l’occasion de rappeler à vos clients certains faits importants qu’ils pourraient sous‑estimer, comme le prouvent les enquêtes régulièrement menées auprès des 50 ans et plus pour le compte des institutions financières.

Dernière en date : celle de Morneau-Shepell publiée au mois de juillet. Elle révèle qu’à l’heure où un nombre croissant de Canadiens se préparent à quitter le marché de l’emploi, «des changements sans précédent se pointent à l’horizon pour les milieux de travail et le système de santé», ce qui inquiète beaucoup de futurs retraités et «fait planer un nuage d’incertitude» au-dessus de la planification de leurs vieux jours.

Consciente du problème, l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes vient d’ailleurs de créer un «guichet unique» en ligne pour la préparation à cette étape cruciale, rapporte Conseiller.ca. Ce portail explique par exemple de quelle façon obtenir des prestations gouvernementales, dont celles du Régime de rentes du Québec, ou comment transformer son épargne personnelle en revenu de retraite.

Des sections détaillées sur l’emploi, les finances et les façons de vivre la retraite sont également proposées. Pour chaque thématique abordée, des infographies donnent une idée des démarches à effectuer dans différentes situations. Selon Conseiller.ca, ce nouvel outil risque d’intéresser autant les consommateurs que les professionnels.

1) Ne pas se mettre la tête dans le sable

De nombreux épargnants sous-estiment leurs besoins et ont des intentions irréalistes, estime TVA sur la base du sondage de Morneau Shepell déjà cité. Ainsi, les 50 ans et plus «se préparent à des lendemains difficiles», car «ils s’attendent à retirer de leur fonds de retraite en moyenne près de quatre fois plus d’argent chaque année que ce que recommandent les experts financiers» : 70% des futurs retraités envisagent d’utiliser 15% de leur épargne totale annuellement, tandis que les professionnels suggèrent de ne pas dépasser un taux de 4%.

Par ailleurs, plus d’un répondant sur trois (35%) déclare épargner 10% ou moins de son salaire actuel en vue de ses vieux jours, même si deux tiers d’entre eux craignent que cela les empêche de couvrir leurs coûts de santé durant cette période. «Le niveau d’épargne risque d’être insuffisant, si l’on considère que près de deux tiers (61%) des salariés de 50 ans et plus souffrent actuellement d’au moins une maladie chronique (hypertension, arthrite, hypercholestérolémie, diabète, et autres)», explique TVA. Les coûts pour les retraités seront d’autant plus grands que la majorité d’entre eux (59%) n’obtiendront plus le remboursement des soins médicaux dont ils bénéficiaient au sein de leur entreprise.

«Il existe un “décalage évident” entre la période que doit durer le revenu de retraite en général, les habitudes d’épargne d’un grand nombre de personnes, et le montant que la plupart des gens prévoient retirer à la retraite», déplore Paula Allen, vice-présidente, Recherche et solutions intégratives chez Morneau Shepell. Selon la firme, ce phénomène est d’autant plus préoccupant que «les coûts liés aux maladies actuelles et futures devraient augmenter pour les personnes ne bénéficiant pas d’un régime de soins médicaux approprié durant la retraite.»

Conclusion de Morneau Shepell : «Il existe un lien clair entre la santé personnelle et le patrimoine à la retraite, donc une mauvaise santé ou un patrimoine insuffisant peut avoir des conséquences négatives sur l’autre facteur.» En effet, «une sécurité financière réduite amène à faire des choix de vie qui peuvent nuire à la santé future. Une mauvaise santé entraîne inévitablement des coûts élevés. Par exemple, les retraités pourraient devoir travailler à temps partiel, afin d’assurer leur sécurité financière au quotidien, ce qui leur laissera moins de temps pour s’adonner à des activités bénéfiques».

2) Trouver un équilibre entre l’épargne à court et à long termes

Cela peut être difficile en période de faibles taux d’intérêt, de baisse du huard et de volatilité des marchés. Mais sur ce point, ils sont bien conscients du problème puisque dans un sondage RBC publié au début de l’année, 75% d’entre eux s’avouent préoccupés.

Les deux groupes d’âge les plus concernés, soient les 18-29 ans (86%) et les 40-49 ans (79%), sont ceux où l’on retrouve le plus grand nombre de répondants n’ayant aucun plan financier (61% et 59%, respectivement), comparativement à la moyenne nationale (51%).

Plus de la moitié (54%) des sondés affirment que l’épargne à long terme est leur principale priorité financière. La seconde consiste à arriver à épargner en cas d’imprévus (46%), suivie par la capacité de rembourser leurs dettes (42%). Malgré cette prise de conscience, le sondage démontre que près d’un Canadien actif sur trois n’a pas encore commencé à épargner en vue d’assurer ses vieux jours, tandis que la moitié n’a aucun plan financier.

«Nos études permettent d’établir un lien direct entre le fait d’avoir un plan financier et le sentiment de confiance face à l’avenir. À tout âge, avoir un plan financier peut grandement atténuer le stress et vous aider à vous concentrer sur ce qui importe vraiment», commente Brigitte Felx, planificatrice financière, RBC.

3) Commencer à économiser le plus tôt possible

Un sondage Mercer (voir pages 12 et 13) publié à l’automne 2015 démontre que si l’épargne-retraite est l’un des principaux objectifs des employés, plusieurs craignent de ne pas être prêts le moment venu. Résultat : 20% d’entre eux indiquent que leur plus grand souci est de ne pas épargner suffisamment pour subvenir à leurs besoins, au point que cela les empêche de bien dormir la nuit. Sans surprise, plus les personnes interrogées avancent en âge, plus elles s’inquiètent.

Tout aussi logiquement, les employés âgés de 50 ans et plus se préoccupent davantage des questions financières relatives à leurs vieux jours que leurs homologues moins âgés. Si l’on en croit Mercer, l’une des raisons qui expliquent cette attitude est qu’«ils sont plus attentifs à la situation de leurs collègues qui ont pris leur retraite récemment, dont beaucoup sont peut-être confrontés à une réalité difficile». La firme relève d’ailleurs que «beaucoup devront [à cette période de leur vie] travailler à temps partiel ou s’ajuster à un niveau de vie plus modeste» tandis que certains «devront même retarder leur départ».

Le niveau d’appréhension au sein de la population active est tel qu’une nette majorité de Canadiens se dit prête à payer davantage et à travailler plus longtemps afin de s’assurer une retraite confortable, révèle une autre enquête publiée en juin par Willis Towers Watson. Ainsi, 62% d’entre eux consentiraient à débourser plus si cela leur permettait d’obtenir une prestation plus généreuse, tandis que les deux tiers (65%) seraient prêts à mettre la main au portefeuille pour toucher une prestation garantie à vie.

L’édition 2016 du Rapport sur la retraite aujourd’hui de la Financière Sun Life démontre qu’une fois retraités, les Canadiens doivent apprendre à vivre, en moyenne, avec environ 60% du revenu qu’ils gagnaient lorsqu’ils étaient actifs. Une situation qui n’a rien d’évident, même si leurs dépenses mensuelles (nourriture, soins de santé, logement, impôts) sont inférieures de plus de 20% à celles de leur vie active.

4) Bien choisir le moment du départ à la retraite

Les besoins financiers des travailleurs et les changements démographiques ont entraîné une révision de la notion même de retraite, note dans Avantages la planificatrice financière Mélanie Beauvais. «Par le passé, elle représentait un point culminant de la carrière d’un employé. Maintenant, il s’agit souvent d’une transition pouvant parfois durer plusieurs années. Ainsi, une personne peut se retirer graduellement du marché du travail en diminuant ses horaires pour ultimement se retrouver à temps plein à la retraite», explique la conseillère principale Retraite de Aon Hewitt, à Montréal.

«À cet égard, le concept de retraite progressive s’avère un outil intéressant», poursuit-elle, puisqu’il permet à un employé de recevoir jusqu’à 60% de sa rente de retraite du régime de l’employeur tout en continuant de travailler et d’accumuler des droits dans ce même régime. Toutefois, ajoute Mélanie Beauvais, certaines conditions d’admissibilité s’appliquent pour y avoir droit. D’abord, l’employeur doit conclure une entente de principe avec l’employé. Ensuite, ce dernier doit avoir au moins 55 ans et, avant 60 ans, il doit être admissible à une rente de retraite anticipée sans réduction, selon les modalités du régime.

D’après la conseillère, la hausse de l’espérance de vie «représente un défi supplémentaire tant pour les individus que pour les régimes de retraite [et un] effort d’épargne supplémentaire sera nécessaire pour financer le même revenu de retraite qui doit s’étaler sur une période plus longue». Elle souligne par ailleurs que beaucoup de Canadiens n’ont pas les connaissances nécessaires en matière de finances pour bien gérer leurs actifs à la sortie du régime et s’assurer un revenu de retraite adéquat.

«Le défi du décaissement s’avère ainsi tout aussi grand que celui de l’épargne, conclut-elle. Il faut donc se rabattre sur une bonne planification de la retraite. Or, selon Retraite Québec, près de trois Québécois sur quatre n’ont jamais fait une estimation du montant nécessaire pour combler leurs besoins à la retraite.»

5) Se consoler en regardant chez nos voisins…

Selon le sondage 2016 Retirement Income Strategies and Expectations (Stratégies et attentes en matière de revenus à la retraite) de Placements Franklin Templeton, les Canadiens sont désormais plus nombreux que les Américains à économiser pour la retraite. Ainsi, 70% des préretraités au pays ont commencé à mettre de l’argent de côté pour leurs vieux jours, en progression constante depuis 2015 (63%) et 2014 (60%). À l’inverse, aux États-Unis, la tendance à la baisse se poursuit et seuls 59% des préretraités épargnent pour la retraite, comparativement à 61% en 2015 et à 65% en 2014.

«Cependant, malgré cette tendance positive à l’égard de l’épargne au Canada, la retraite est à la source de certaines inquiétudes récurrentes, comme nous pouvons l’observer dans notre sondage annuel, et de façon empirique, dans le cadre des discussions que nous avons régulièrement à ce sujet avec nos clients canadiens», note Duane Green, directeur général de la Société de Placements Franklin Templeton pour le Canada. Cette année, l’enquête a en effet révélé que 82% des Canadiens se demandaient s’ils pourraient payer leurs dépenses à la retraite, et c’est bien avant ce stade qu’ils éprouvent le plus d’anxiété à ce sujet.

«Plus la retraite approche, et plus les gens commencent à s’en inquiéter sur le plan financier. Notre sondage montre qu’un pourcentage étonnamment élevé de Canadiens qui prévoient prendre leur retraite dans les onze à quinze prochaines années, soit 92%, ont certaines préoccupations quant aux dépenses qu’ils paieront à la retraite», précise Matthew Williams, chef des Régimes à cotisations déterminées et de la retraite à la Société de Placements Franklin Templeton.

Enfin, le sondage indique que les futurs retraités envisagent leurs dépenses de retraite d’une façon qui coïncide peu avec les habitudes réelles des retraités. Si 69% des préretraités projettent de dépenser moins à la retraite, seuls 32% des retraités déclarent que leurs dépenses ont bel et bien diminué. «Il y a donc un écart entre ce que les préretraités entrevoient et ce que les retraités canadiens vivent réellement», relève Matthew Williams. D’une manière générale, 72% des Canadiens ressentent du stress en pensant à leur épargne et à leurs placements retraite. Fait important, parmi ceux qui se déclarent très anxieux, 76% ne font pas affaire avec un conseiller en placements.