Les deux tiers des Québécois âgés de 35 à 54 ans disent ne pas épargner assez pour leur retraite, et un sur cinq va jusqu’à en perdre le sommeil, révèle un récent sondage effectué pour le compte de la Banque TD. Résultat : quatre membres de la génération X sur dix craignent de ne pas pouvoir prendre leur retraite à temps, et 17 % pensent même qu’ils devront travailler durant leurs vieux jours.

Ce phénomène préoccupant a déjà été mis en exergue par plusieurs études dont Conseiller s’est fait l’écho l’an dernier, notamment L’avenir de la retraite : Repartir du bon pied, publiée par HSBC Canada. Dans cette vaste enquête menée auprès de 18 000 personnes dans 17 pays, on découvrait que 74 % des Canadiens de plus de 45 ans voulaient quitter le travail vers 2020, soit une proportion nettement supérieure à la moyenne internationale (65 %). Toutefois, près de la moitié (45 %) estimaient être incapables d’y arriver, surtout en raison de considérations financières (manque d’épargne, dettes importantes, ou besoins de personnes à charge).

Bien qu’ils soient parfaitement conscients de la précarité économique de leur futur statut de retraités, nombre de Canadiens de 40 ans et plus semblent enclins à continuer de vivre au jour le jour. Alors que la saison des régimes enregistrés d’épargne-retraite commence, un sondage de Placements Mackenzie (voir ci-dessous) démontre que les REER ne viennent pas spontanément à l’esprit des répondants quand on leur parle d’épargne. Au niveau national, 35 % disent ne pas cotiser à un tel régime (33 % au Québec), et cette proportion atteint 37 % parmi les 55 à 64 ans, c’est-à-dire ceux qui se préparent à quitter la vie active.

1) Le fossé est grand entre les attentes des retraités et leur réalité financière

« L’écart entre les perceptions et la réalité menace la santé financière des personnes âgées », affirme Le Journal de Montréal dans un article paru en novembre dernier. Citant les conclusions d’un sondage national effectué l’automne dernier pour la banque HomEquity auprès de 1 500 Canadiens de 40 ans et plus, le quotidien souligne que près de la moitié des retraités ont des dettes, et que 40 % d’entre eux posséderaient des épargnes de moins de 100 000 $. En outre, environ 25 % des personnes âgées de 75 ans et plus détiennent toujours une hypothèque, tandis que 35 % sont endettées. « Ces données démontrent un écart profondément troublant entre perceptions et réalité. Les personnes âgées canadiennes comptent parmi les groupes aux prises avec des niveaux records d’endettement tout en ayant des épargnes étonnamment peu élevées », commente Yvonne Ziomecki, vice-présidente directrice, Marketing et Ventes à la Banque HomEquity, spécialisée dans la fourniture de prêts hypothécaires inversés. Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel, selon La Presse, qui détaille régulièrement des « cas vécus » de personnes de l’âge d’or surendettées. C’est par exemple la situation dans laquelle se trouvent actuellement Monique et Gaston, « qui profitent tellement bien de la vie qu’ils doivent 40 000 $ sur leurs cartes et leur marge de crédit. Âgés respectivement de 66 et 75 ans, ils n’ont ni maison ni placements. Seulement un véhicule récréatif, grevé d’un prêt au moins équivalent à sa valeur de revente. »

L’hyper endettement des consommateurs n’a pas échappé à l’Agence du revenu du Canada (ARC), qui a profité du Mois de la littératie financière, en novembre, pour lancer une nouvelle campagne baptisée Bien s’informer, au sujet de la littératie financière, c’est payant! L’ARC y prodigue divers conseils destinés à ceux qui souhaiteraient ouvrir un compte d’épargnes, un REER ou un compte d’épargne libre d’impôt. Elle souligne également qu’obtenir les crédits et les prestations auxquels vous pourriez avoir droit « pourrait signifier plus d’argent dans vos poches ». Enfin, l’agence met en garde contre la fraude et rappelle que « l’un des aspects les plus importants de la planification financière est de disposer de tous les renseignements dont vous avez besoin », d’où l’intérêt de tenir « des registres, des dossiers et des documents à jour et exacts ».

Dans le même ordre d’idée, Conseiller rapporte une récente initiative de l’Organisme de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM) et de l’Agence de consommation en matière financière du Canada (ACFC). Afin d’aider les Canadiens à « améliorer leurs connaissances financières et leur bien-être financier », les deux organismes ont créé quatre capsules vidéo qui fournissent des conseils et présentent divers outils pratiques, comme la Base de données canadienne sur la littératie financière de l’ACFC et le rapport Info-conseiller de l’OCRCVM. Une initiative intéressante, écrit Conseiller, qui souligne que« ces capsules s’adressent aussi aux professionnels du conseil financier, qui y trouveront des trucs pour aider leurs clients à s’éduquer financièrement ».

2) Il y a de plus en plus de pauvres chez les personnes âgées

Une enquête sur le revenu des personnes âgées de 1976 à 2014 publiée en novembre par Statistique Canada permet d’observer deux tendances bien distinctes. Alors que leur revenu a progressé de façon régulière de 1976 à 1995, le revenu médian après impôt des familles plus jeunes a diminué, ce qui a mené à une réduction de l’écart entre ces deux segments de la population. Toutefois, la croissance du revenu des jeunes familles a commencé à augmenter à partir du milieu des années 1990, alors que celle des familles de personnes de l’âge d’or a légèrement ralenti. Si l’on compare les deux groupes, le revenu du premier a en effet augmenté de 39,6 % de 1995 à 2014 pour atteindre 82 100 $, tandis que le second a affiché une hausse de 27 %, à 54 500 $, soit une différence de 28 000 $. Celle-ci s’établissait à 30 000 $ en 1976, comparativement à 20 000 $ environ en 1995.

La même double tendance de réduction, puis d’accentuation de l’écart est aussi observée si l’on ne considère que les personnes vivant seules, relève Statistique Canada, qui attribue cette situation à la source des revenus. Au cours des 20 premières années de la période étudiée, soit de 1976 à 1995, la croissance du revenu des personnes âgées provenait d’une hausse des transferts gouvernementaux, comme les prestations du Régime de pensions du Canada, de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti, plutôt que du revenu du marché, comme les revenus d’emploi, de régimes de retraite privés, et d’investissements. Mais à partir de 1995, c’est au contraire le revenu du marché qui est devenu la principale source de la croissance.

Au bout du compte, l’agence fédérale constate que si l’on dénombrait moins de pauvres parmi les personnes âgées en 2014 qu’en 1976, il y en a bien davantage aujourd’hui qu’en 1995. Le taux de personnes à faible revenu, qui avait beaucoup diminué de 1976 à 1995 pour passer de 30,6 % à 3,9 %, a en effet enregistré une forte croissance durant les deux dernières décennies pour s’établir à 12,5 % en 2014.

3) Les futurs retraités canadiens pessimistes envers leur train de vie

Après ce tableau plutôt sombre, il n’est pas étonnant qu’un sondage publié cet automne par Placements Mackenzie démontre que les Canadiens qui approchent de la retraite ont moins confiance en leur avenir financier que leurs compatriotes plus jeunes. Réalisée par Léger Marketing auprès de 1 564 personnes âgées de 18 ans et plus, cette enquête relève que même si quatre répondants sur dix estiment être dans une meilleure situation qu’il y a une décennie, seuls 25 % de ceux âgés de 65 ans et plus expriment un tel sentiment. En outre, chez les 55 à 64 ans et les 65 ans et plus, « moins de 35 % croient qu’ils sont indéniablement sur la bonne voie pour atteindre leurs objectifs associés à la retraite. » Ce sont les Québécois qui se montrent les plus optimistes : tous groupes d’âges confondus, 60 % s’estiment en effet sur le bon chemin, tandis que 40 % assurent l’être « quelque peu ».

La situation n’est guère plus reluisante dans la population en général. L’étude révèle que lorsqu’ils pensent à leur style de vie dans 10 ans, deux sondés sur cinq (39 %) anticipent qu’ils devront revoir leurs dépenses à la baisse. Parmi eux, un quart (25 %) croit que ce sera à cause de l’inflation, et un autre quart (23 %) juge que ce sera par manque d’économies. « Cette perception pessimiste pourrait être attribuée à un manque de confiance en leur planification de retraite et en leur capacité à maintenir leur style de vie », selon Placements Mackenzie. Ainsi, seuls 16 % se sentent confiants de cotiser à un REER, tandis que la grande majorité (72 %) n’a aucun plan financier écrit (70 % au Québec).

Le sondage indique aussi que les personnes n’ayant pas de conseiller ou de plan financier sont moins susceptibles de placer de l’argent dans un REER. Et si la majorité (58 %) des Canadiens n’ont pas recours aux services d’un professionnel de la finance (52 % au Québec), ceux qui le font ont tendance à mieux connaître les produits financiers. Ainsi, près de 70 % de ces derniers savent que des fonds communs peuvent être détenus dans un REER, comparativement à 35 % de ceux qui se débrouillent par leurs propres moyens. Enfin, l’étude indique que l’épargne-retraite demeure souvent source de confusion et que plusieurs personnes n’ont guère confiance aux options de placement qui leur sont offertes dans ce domaine. Résultat, 29 % des sondés affirment être indifférents, 23 % avouent être dépassés et 20 % se disent carrément perplexes lorsqu’ils pensent aux différents placements dont ils disposent pour économiser en vue de leurs vieux jours.

4) Les Français ne sont guère mieux lotis que les Québécois

Pour conserver leur niveau de vie à la retraite, les épargnants européens auraient besoin de 2 010 milliards d’euros (2 800 milliards de dollars canadiens) supplémentaires, rapporte Le Figaro, qui cite une récente étude de l’assureur Aviva réalisée en collaboration avec le cabinet Deloitte. Avec les Allemands et les Britanniques, les Français figurent parmi les pires élèves du Vieux Continent, souligne le quotidien parisien. Ceux qui partiront à la retraite de 2017 à 2057 n’épargnent pas assez et la plupart pourraient ainsi voir leur niveau de vie baisser une fois qu’ils seront inactifs. « Face à cet enjeu majeur du niveau de vie des retraités, renforcé par l’allongement de l’espérance de vie, épargner davantage et plus tôt est donc critique », commente pour Le Figaro Julien Brami, directeur des activités Vie d’Aviva France.

Plus précisément, le déficit d’épargne dans l’Hexagone s’élevait à 241 milliards d’euros (336 milliards de dollars) en 2016, soit 7 300 euros (10 200 dollars) par an et par personne. Un montant plutôt stable par rapport à 2010, année où a été publiée la précédente étude, note le journal. Celui-ci ajoute que d’autres grandes nations européennes, pourtant en meilleure santé économique que la France, se trouvent dans une plus fâcheuse posture encore, puisqu’elles enregistrent des déficits d’épargne nettement supérieurs : 461 milliards d’euros pour l’Allemagne et 365 milliards pour le Royaume-Uni, par exemple. Parmi les causes possibles de ce phénomène, Le Figaro cite l’âge de départ à la retraite, plus élevé en Allemagne (65 ans) qu’en France (62 ans), ainsi que le nombre de personnes qui ont ou vont bientôt quitter le marché du travail, soit 33 millions pour la France et 40 millions pour l’Allemagne. Toutefois, nuance le journal, si l’on compare ce manque d’épargne aux produits intérieurs bruts respectifs des trois pays, on aboutit à un résultat plus homogène, avec 11 % pour la France, 13 % pour la Grande-Bretagne et 15 % pour l’Allemagne. Conclusion du Figaro : « Il apparaît donc clairement que le financement des retraites n’est pas seulement un problème français mais également européen. »

5) La plupart des stratégies de décaissement actuelles sont inadéquates

Dans ce contexte plus que morose, et alors que la saison des REER commence, une récente analyse de Morneau Shepell suggère que les stratégies classiques pour retirer l’épargne accumulée dans un régime de retraite à cotisations déterminées (CD) sont pour la plupart désavantageuses. « Dans le pire scénario de placement, les stratégies utilisées habituellement pour tirer un revenu de son épargne à la retraite échouent lamentablement », assure même Fred Vettese, actuaire en chef pour la firme de services-conseils, dans le numéro de novembre de son bulletin Vision.

Utilisant une simulation de Monte-Carlo pour illustrer le risque auquel s’exposent les participants des régimes CD après qu’ils ont quitté la vie active, l’expert présente une analyse approfondie des défis à long terme des régimes de retraite et d’assurance collective. « La plupart des gens croient qu’ils devraient commencer immédiatement à recevoir la rente du RPC/RRQ, que les rentes assurées ne sont pas intéressantes dans un contexte de faible taux d’intérêt et que le revenu de retraite total doit augmenter au rythme de l’inflation chaque année, explique monsieur Vettese. Notre pire scénario de placement montre que cette approche mène à la ruine. » Pour illustrer ce propos, il décrit le cas d’un couple, Carl et Hanna, tous deux âgés de 65 ans, sur le point de prendre leur retraite. « Leurs salaires combinés de leurs dix dernières années de travail totalisent en moyenne 120 000 $ par année, ce qui les place dans la catégorie “aisée”, mais pas exactement dans l’échelon supérieur du Canada. » Or, en ayant recours à une stratégie traditionnelle de décaissement, le couple épuisera son épargne avant l’âge de 75 ans, soutient Fred Vettese. Celui-ci détaille alors une autre approche qui leur permettrait de maintenir une bonne qualité de vie même après 90 ans, sans épargner davantage, mais en obtenant un meilleur rendement de leurs placements. « Le problème, c’est que la plupart des retraités ne découvriront pas cette stratégie optimale par eux-mêmes », insiste l’actuaire, qui appelle les promoteurs de régimes CD à « en faire davantage pour accompagner [les travailleurs] au moment de leur départ à retraite ». Le spécialiste juge toutefois que ce n’est pas entièrement la faute des promoteurs s’ils ne soutiennent pas mieux les retraités. En effet, constate‑t‑il, « dans la plupart des provinces […] les règlements qui permettraient d’utiliser une stratégie de décaissement plus judicieuse d’un régime de retraite à cotisations déterminées ne sont pas encore entièrement en place. »

Si épargner est souvent compliqué, décaisser n’est pas de tout repos non plus, confirme la journaliste Emmanuelle Gril dans un article publié en octobre par Conseiller, qui explore plusieurs pistes pour que les clients des conseillers n’y laissent pas de plumes. « Après les phases d’emprunt puis d’épargne, les clients atteignent l’âge de la retraite et du décaissement. À ce stade, ils payeront leurs dépenses à l’aide de leur épargne plutôt que de leurs revenus. Cette étape peut rendre nerveuses de nombreuses personnes, parce qu’elles appréhendent de devoir changer leur train de vie, mais aussi parce qu’elles craignent de ne pas avoir les ressources suffisantes pour vivre confortablement jusqu’à leur décès. Le rôle du conseiller change-t-il dans ce contexte? De quelle façon peut-il aider son client à vivre le mieux possible cette période sur le plan financier? », s’interroge la journaliste.