« Comment assurer une retraite décente à la classe moyenne? », s’interrogeait récemment Conseiller.ca.

Aujourd’hui, les régimes de pension publics ne remplacent qu’environ 25 % du revenu de la vie active. Pour améliorer le sort des retraités, il faudrait augmenter ce taux de façon importante, de même que le maximum des gains admissibles (MGA) et l’aide aux personnes à faible revenu, selon une étude de l’Observatoire de la retraite publiée en mai dernier.

Si la situation canadienne semble inquiétante, qu’en est-il dans d’autres pays? Petit tour d’horizon chez nos voisins du Sud, en France, au Japon et en Chine.

1) États-Unis : la retraite? Non, merci!

Les plus récentes données du Département fédéral du travail démontrent que près d’un Américain sur cinq continue d’occuper un emploi après l’âge de 65 ans, rapporte Bloomberg (en anglais). Il s’agit du nombre le plus élevé enregistré aux États-Unis depuis le début des années 1960, avant l’instauration de Medicare. L’agence attribue ce phénomène au fait que de nombreux baby-boomers choisissent de continuer à travailler après l’âge de la retraite.

De son côté, un rapport de la Réserve fédérale (en anglais) révèle que 27 % des 65 ans et plus envisagent de continuer d’exercer une activité professionnelle « aussi longtemps que possible », tandis que 12 % pensent ne jamais s’arrêter.

Interrogés sur leurs motivations, 60 % des sondés disent vouloir continuer de recevoir le même salaire, tandis que 51 % avouent ne pas avoir les moyens de vivre sans travailler. Autre raison invoquée : plus du tiers des Américains (36 %) affirment qu’ils aiment leur activité ou qu’ils « souhaitent rester impliqués » dans la société.

Fait à noter : pour beaucoup de nos voisins du Sud, le mot « retraite » n’est plus forcément synonyme de plaisir et de rêve. Ainsi, une étude (en anglais) publiée en avril par un institut de recherche américain indique que le nombre de personnes se disant « très satisfaites » de cette période de leur vie est passé de 60,5 % en 1998 à 48,6 % en 2012.

2) Mieux vaut être retraité en France qu’aux États-Unis

Si tous les sondages attestent qu’une majorité de Français sont inquiets pour l’avenir de leur régime de retraite, « ils peuvent avoir au moins une certitude : quelle que soit l’ampleur de la réforme, ils resteront mieux traités que leurs homologues américains », soulignait Slate dès 2013.

« Au total, alors que les retraites représentent en moyenne 66 % du dernier revenu d’activité en France (plus pour les bas salaires et les fonctionnaires, moins pour les cadres du privé), elles n’en représentent que 41 % aux États-Unis », expliquait le magazine en ligne en citant deux analyses publiées par le service des études économiques de la banque française Crédit Agricole : l’une décrit le système américain; l’autre constate ses effets sur le niveau de vie des aînés.

Citant des données de la fin 2013, le quotidien La Tribune rapporte que la France compte 15,6 millions de retraités (soit 280 000 de plus qu’un an plus tôt) qui reçoivent une pension mensuelle moyenne de 1 306 euros (1 960 $CAD), ou même 1 730 euros (2 500 $) pour les personnes justifiant d’une carrière complète.

Les femmes perçoivent une pension inférieure de 39,5 % à celle des hommes. Toutefois, observe La Tribune, l’écart a tendance à diminuer puisqu’il était de 45,4 % en 2004. À noter que la retraite constitue le premier poste de dépenses de la protection sociale dans l’Hexagone : au total, les prestations servies représentent un montant de 307,5 milliards d’euros (445 milliards $), soit un septième du produit intérieur brut du pays.

3) Le Portugal, nouvel eldorado des retraités français

Malgré ces conditions relativement favorables, les Français sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays pour trouver un meilleur niveau de vie sous le soleil, relève Le Figaro.

« Douceur de vivre, climat chaleureux, mais aussi marché immobilier abordable et fiscalité avantageuse… Le Portugal est devenu en quelques années une destination phare » pour les aînés français, écrit le quotidien à l’occasion du dernier Salon de l’immobilier et du tourisme portugais. Cet événement est organisé chaque année à Paris depuis six ans pour attirer les retraités français « à franchir le cap en s’installant en terre lusitanienne ».

Outre une hausse de leur pouvoir d’achat d’environ 35 % et une offre immobilière six fois moins chère qu’à Paris, c’est également la fiscalité avantageuse qui intéresse les nombreux visiteurs retraités, précise Le Monde (accès partiel). Depuis 2013, date de l’entrée en application de la circulaire portugaise prévoyant l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les retraités étrangers, près de 25 000 Français se sont installés au pays, soit 5 000 de plus qu’il y a un an.

Il faut dire que le statut de « non-résident habituel » proposé aux retraités immigrants est pour le moins alléchant puisqu’à condition qu’ils séjournent au moins six mois par an au Portugal, ils sont exonérés d’impôt sur le revenu pendant 10 ans. À certaines conditions toutefois : ne pas y avoir été résidents fiscaux au cours des cinq dernières années, être locataires ou propriétaires d’un logement sur place au moment de la demande et, enfin, ne pas être retraités de la fonction publique.

4) Les Japonais travaillent eux aussi plus longtemps

Des millions de Japonais âgés continuent à exercer divers métiers après l’âge de la retraite, notamment dans l’industrie du nettoyage de locaux commerciaux, dans les supermarchés ou certains grands magasins, rapporte l’Agence France-Presse (AFP).

Ces travailleurs aux tempes argentées représentent désormais quelque 20 % des plus de 65 ans dans l’archipel, soit « une proportion inédite parmi les pays développés et certainement amenée à s’accroître avec le vieillissement de la population et la raréfaction de la main-d’œuvre », explique l’AFP. Selon des projections du gouvernement nippon, ils seront ainsi près de 40 % en 2060, tandis que, en même temps, la population active pourrait chuter de plus de 27 millions de personnes si l’indice de fécondité ne se relève pas d’ici là.

Conclusion de l’agence : les aînés sont devenus incontournables et un nombre croissant d’entreprises souhaitent augmenter le nombre de salariés d’un certain âge. Une bonne affaire pour elles, puisque les salaires qui leur sont versés sont nettement inférieurs à ceux de leurs homologues plus jeunes. « Il y a une très forte pression du marché, le déclin drastique de la main-d’œuvre va profondément modifier le comportement des employeurs », confirme à l’AFP, Atsushi Seike, professeur d’économie du travail et président de l’université Keio à Tokyo.

La situation de certains aînés est devenue tellement critique que, chaque année, un nombre plus important d’entre eux font exprès de se faire arrêter par la police en flagrant délit de vol dans les magasins, explique Direct Matin. Leur objectif? Tout simplement se faire mettre en prison, où ils espèrent trouver des conditions de vie meilleures que s’ils restaient « libres ». Selon le Financial Times (en anglais), plus d’un tiers des vols à l’étalage seraient ainsi commis par des plus de 60 ans et, au sein de cette population, on note 40 % de récidivistes ayant commis au moins six fois le même délit.

5) Chine : une meilleure protection sociale depuis 10 ans

Le développement de la protection sociale des quelques 1,4 milliard de Chinois, dont 350 millions de retraités en 2030, est devenu un enjeu majeur pour Pékin, observent Les Cahiers de la retraite complémentaire. « Dans les années 2000, détaille la revue française, le pouvoir central et les Provinces ont mis en place [pour les travailleurs] un système à deux étages. Le premier, financé par les employeurs et les salariés, garantit une pension minimum en fonction du salaire moyen dans la province. Le second, financé par le salarié, la province et l’État central, est géré en comptes individuels financés en capitalisation. »

Par ailleurs, « les entreprises peuvent compléter ce système de base par un régime d’entreprise agréé et géré paritairement ». Toutefois, malgré une avancée réelle, la revue souligne que « la protection sociale laisse de côté la majeure partie de la population », non seulement les ruraux, mais aussi les « migrants » qui quittent en grand nombre la campagne pour rejoindre illégalement les villes « où ils constituent une main‑d’œuvre dépourvue de tout droit ».

À ce problème s’ajoute le fait qu’un quart de la population aura plus de 60 ans d’ici 15 ans, soit près du double du nombre actuel. Cette situation représentera un véritable casse-tête pour les jeunes générations qui n’auront pas les moyens financiers de prendre en charge leurs aînés, explique Le Figaro.

En raison de la politique de l’enfant unique, ce vieillissement « va peser très lourd sur le pays, réduisant la main-d’œuvre et rendant les héritiers qui n’ont ni frère ni sœur, responsables de leurs multiples grands‑parents », prévoit le quotidien. Et cela d’autant plus que « beaucoup de ces jeunes adultes ont déjà du mal à joindre les deux bouts, face à la cherté de l’immobilier notamment ».