On a longtemps pensé que les revenus de retraite optimaux étaient le résultat des meilleures stratégies d’investissement ; aujourd’hui, on constate que le décaissement a autant d’importance. Un investissement inapproprié fait perdre du rendement, mais un décaissement non planifié érode les revenus de retraite, car il mène souvent à un taux effectif marginal d’imposition (TEMI)1 plus élevé.

Le décaissement doit tenir compte des trois principaux risques auxquels le retraité fait face : la longévité (manquer de revenus pour la durée de la retraite), les fluctuations du marché et le revenu excédentaire (avoir plus de revenus que les besoins financiers).

Les stratégies de décaissement devraient minimiser l’influence du ­TEMI, permettre de coordonner les revenus aux besoins financiers et réduire les risques. En outre, elles devraient tenir compte des quelques principes suivants :

  1. Les règles du système canadien de revenus de retraite prévoient que les prestations gouvernementales sont partiellement ou totalement perdues à l’atteinte de seuils qui tiennent compte des revenus nets du retraité au cours d’une année.
  2. ­Le début des prestations de la ­Sécurité de la vieillesse (SV) et du ­Régime de rentes du ­Québec (RRQ) peut être reporté jusqu’à l’âge de 70 ans, ce qui permet des prestations majorées, respectivement de 36 % et 42 % par année2.
  3. ­Des retraits du ­REER peuvent être faits à tout âge. Avant la fin de l’année de son 71e anniversaire, le titulaire du compte doit transférer son ­REER dans un ­FERR ou acheter une rente viagère. À compter de 72 ans, des retraits minimums doivent être faits selon une table prévue par la loi.

Un couple de retraités qui souhaite encaisser son ­épargne-retraite et respecter son objectif de ­TEMI, équilibrer ses revenus et ses besoins financiers ainsi que réduire les risques peut envisager différentes stratégies, dont l’approche classique et le report.

L’approche classique

  • Chaque conjoint retraité demande la ­SV et le ­RRQ dès l’âge de 65 ans.
  • À l’âge de 71 ans, chacun transfère son ­REER dans un ­FERR et effectue le retrait minimum à 72 ans conformément à la loi.
  • ­Chacun conserve son ­CELI et son compte non enregistré pour les imprévus.

Cette simple stratégie est empruntée par de nombreuses personnes et elle leur convient. Mais habituellement, elle n’est pas optimale pour les raisons suivantes :

  • ­Les retraités manquent souvent d’argent entre 65 et 71 ans et ils en ont trop à compter de 72 ans, ce qui occasionne des impôts élevés.
  • ­Il y a possibilité de perdre les prestations gouvernementales.
  • L’­épargne-retraite demeure investie plus longtemps, maintenant le risque de marché.
  • ­Au moment de leur décès, une trop grande partie de l’­épargne-retraite qui n’aura pas été utilisée profitera donc à la succession plutôt qu’à ­eux-mêmes.

Une autre stratégie serait celle du report.

Le report

  • Les conjoints transforment leur ­REER en ­FERR à l’âge de 65 ans (ou avant) et financent ainsi leurs besoins financiers.
  • ­Ils reportent la ­SV et le ­RRQ à 70 ans et majorent ainsi leurs prestations.
  • Ils déposent leur surplus dans un ­CELI et/ou un compte non enregistré qu’ils utilisent pour les imprévus.

Cette stratégie comporte plusieurs avantages :

  • Diminution des montants de retraits obligatoires du ­FERR à compter de 72 ans, réduisant ainsi le ­TEMI.
  • ­Possibilité d’éviter les répercussions sur les prestations gouvernementales.
  • ­Augmentation des revenus périodiques de la ­SV et du ­RRQ indexés annuellement.
  • ­Meilleur équilibre entre les revenus et les besoins financiers pendant la durée de la retraite.
  • ­Réduction des différents risques.

Le fractionnement des revenus à la retraite

Les retraits des ­FERR peuvent être fractionnés entre conjoints dès 65 ans jusqu’à concurrence de 50 %. Au fédéral, les prestations des régimes de pension agréés peuvent l’être à tout âge. Sous certaines conditions et sur demande, les prestations du ­RRQ et du ­RPC peuvent aussi être partagées.

Les fonds constitués en société de série T

Les comptes non enregistrés des retraités pourraient être avantageusement investis dans des fonds constitués en société de série T. Ces fonds versent habituellement des distributions réduites et fiscalement avantageuses sous forme de dividendes canadiens, de dividendes sur gains en capital et de remboursement de capital (RDC). Le ­RDC permet au ­particulier-investisseur de recevoir un revenu périodique non imposable immédiatement et qui n’a pas de conséquence sur les prestations gouvernementales3.

À la lumière de ces éléments, le conseiller en services financiers peut aider les retraités à choisir la stratégie de décaissement qui leur convient le mieux.

Karine Précourt, LL.M. Fisc., MBA, est directrice, Planification fiscale et successorale, à ­Placements Mackenzie.

1 ­Le ­TEMI est un taux d’impôt qui tient compte du taux marginal et de la perte des prestations et crédits gouvernementaux fondés sur le revenu. Par exemple, il y a réduction ou perte des prestations du programme de la ­Sécurité de la vieillesse lorsque le revenu net d’une année donnée excède les seuils fixés.
2 ­Idem pour les prestations du ­Régime de pensions du ­Canada (RPC), le cas échéant.
3 ­Le ­RDC n’est pas imposable dans l’année du versement, mais réduit le prix de base rajusté (PBR) des actions. Lorsque le ­PBR atteint zéro, le ­RDC additionnel est imposable à titre de gain en capital. Cf. par. 40(3),
al. 53(1)a) et (2)a) ­LIR.


• Ce texte est paru dans l’édition de novembre 2018 de Conseiller.
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