La discipline est de mise sur les marchés obligataires

Par Nicolas Ritoux | 12 may 2026 | Last updated on 11 may 2026
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Femme concentrée sur des documents financiers devant un écran d’ordinateur.
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L’escalade des tensions au Moyen-Orient a démontré la pertinence de la gestion active de portefeuille, croit Adam Ditkofsky, gestionnaire de portefeuille principal, revenu fixe mondial, Gestion d’actifs CIBC. 

Son équipe aborde la gestion du revenu fixe sous trois angles principaux : le risque de taux d’intérêt lié aux échéances, la position sur la courbe de rendement, qui exprime la manière dont les prix sont établis selon le rendement à court ou long terme, et le risque de crédit, souvent associé au secteur d’activité.

Concernant les échéances, l’équipe avait adopté une posture plutôt neutre en début d’année. « Nous craignions un affaiblissement des conditions de travail aux États-Unis et au Canada en raison de l’incertitude liée aux tarifs et au chômage », explique Adam Ditkofsky. Cette prudence a limité l’impact de la hausse des rendements observée en mars avec la montée des prix du pétrole.

Du côté de la courbe de rendement, les gestionnaires étaient sous-pondérés dans les titres à court terme, les plus touchés par la volatilité récente.

Finalement, l’équipe privilégiait également les obligations de sociétés de haute qualité à moyen terme. « Nous gardions à l’esprit que plusieurs investissements liés à l’intelligence artificielle risquent de s’avérer peu rentables », souligne-t-il.

Ces trois positions se sont révélées particulièrement profitables lors du déclenchement des hostilités. Depuis, l’équipe affirme avoir multiplié les ajustements afin de profiter de la volatilité du marché « tout en restant extrêmement disciplinée ».

La nouvelle donne géopolitique a bouleversé les perspectives des banques centrales. Le contexte diffère grandement de celui de la forte poussée inflationniste de 2022. À l’époque, l’inflation était alimentée par la hausse des prix de l’énergie à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais aussi par l’épargne excédentaire accumulée par les consommateurs dans la foulée de la pandémie et par un marché du travail très tendu, qui soutenait la croissance des salaires. Aujourd’hui, l’épargne des ménages a beaucoup diminué, le marché du travail s’est assoupli et les taux d’intérêt sont nettement plus élevés qu’au cours de la pandémie.

Les banques centrales disposent de beaucoup moins de marge de manœuvre pour procéder à des hausses de taux agressives, puisqu’elles risqueraient d’entraîner une récession, prévient Adam Ditkofsky. « Même si les prix du pétrole demeurent élevés en raison du conflit en Iran, cela ne suffira probablement pas à les pousser à reprendre cette stratégie. Il est plus réaliste d’anticiper des taux élevés pendant une longue période, sans hausse ni baisse marquées. Il faudrait vraiment assister à une accélération et à un élargissement de l’inflation pour que les banques centrales resserrent de nouveau leurs politiques monétaires », analyse Adam Ditkofsky.

Pour les investisseurs, cette situation soutient les perspectives de revenu, croit l’expert. Il dit privilégier les obligations à moyen terme, de cinq à sept ans, qui offrent des rendements attrayants avec une sensibilité moindre aux changements de taux. Il ne ferme d’ailleurs pas la porte à une nouvelle baisse de la part de la Réserve fédérale américaine, et même peut-être de la Banque du Canada, mais de manière limitée.  

Le scénario d’une « stagflation », où l’inflation s’accompagne d’un ralentissement de la croissance, demeure très réel selon lui. Mais les rendements obligataires actuels permettent d’y faire face, à plus de 3 % pour les titres du Canada sur dix ans, et près de 4 % à plus long terme, et un peu plus aux États-Unis.  

« Cela n’élimine pas pour autant le risque de crédit du côté des titres de sociétés. Plus que jamais, il s’agit de choisir des émetteurs de haute qualité avec des échéances courtes et une exposition limitée au crédit à long terme. Nous privilégions la catégorie investissement, et plus précisément les secteurs capables d’établir leurs prix, comme l’énergie, les services bancaires, les infrastructures, ou les sociétés exposées aux dépenses gouvernementales. Ces critères revêtent encore plus d’importance en période de stagflation », résume Adam Ditkofsky. 

Il dit voir beaucoup plus de possibilités aujourd’hui qu’il y a à peine quatre ans, lorsque les hausses de taux ont frappé l’ensemble du marché. Il en a résulté une renaissance du revenu fixe avec une vigueur que l’on n’avait pas vue depuis la grande crise financière. « Pour la première fois depuis plus d’une décennie, les obligations se sont remises à faire ce qu’elles étaient censées faire, c’est-à-dire rémunérer les investisseurs qui les détiennent », se félicite-t-il.  

Selon lui, il serait bon de recommander aux investisseurs de s’exposer au revenu fixe. « Il offre désormais un véritable rendement, tandis que les positions en liquidités comportent un coût d’opportunité. Bien sûr, les risques demeurent bien réels, d’où l’importance de privilégier la gestion active dans le contexte actuel. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion globale d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.