Fillette déposant une pièce de monnaie dans une tirelire.
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Aborder le rôle de l’argent dans la société avec sa progéniture ne va pas de soi, car il y a 1001 façons d’aborder la question, constate Le Monde

Les enfants sont très tôt confrontés à cette thématique, note le quotidien, ce qui, pour les parents, occasionne « une avalanche d’interrogations » : combien faut-il leur donner d’argent de poche? À quelles occasions? Par exemple, doit-on rémunérer leurs bonnes notes à l’école ou l’aide qu’ils fournissent à la maison? Faut-il leur ouvrir un compte? Comment leur transmettre la fameuse « valeur de l’argent » tout en évitant qu’ils ne deviennent trop matérialistes?

Interrogé par le journal, le psychanalyste Patrick Avrane estime qu’il n’y a pas forcément de « bonnes » réponses à toutes ces interrogations. « Édicter des règles dogmatiques n’a pas de sens. À chaque famille de placer le curseur selon son mode de vie, ses valeurs et la maturité de l’enfant. Le plus important est de ne pas mettre l’argent en position de toute-puissance, de le garder à sa juste place. Ce n’est pas une finalité en soi, mais un outil », explique l’auteur de Petite Psychanalyse de l’argent (PUF, 2015).

« IL NE FAUT PAS TOUT MESURER À L’AUNE DE L’ARGENT »

Dans la société actuelle, il est cependant loin d’être évident de ne pas accorder trop de pouvoir à l’argent, relève la psychologue Nicole Prieur. Dans son livre La Famille, l’argent, l’amour (Albin Michel, 2018), celle-ci rappelle notamment que, pour beaucoup de couples séparés, les questions financières deviennent un enjeu central.

Estimant « fondamental » de ne pas tout mesurer à l’aune de l’argent et de montrer aux enfants qu’il existe des choses importantes qui sont gratuites, Patrick Avrane est catégorique : « Tout rémunérer fausse tout. Quand un parent me dit que son fils ne veut pas s’habiller le matin, je ne vais pas lui conseiller de le payer pour mettre ses chaussettes, il faut trouver pourquoi. Ne pas donner l’idée qu’on résout les problèmes avec l’argent. Le payer pour faire ce qu’il ne veut pas faire ou pour croire ce qu’on dit, c’est le risque qu’il traduise : “J’ai de l’argent, je peux tout acheter, même les gens”. »

Si le fait de rémunérer un enfant pour qu’il effectue certaines tâches divise les spécialistes, ils sont en revanche unanimes quant à l’intérêt de lui donner (un peu) d’argent de poche sur une base régulière afin de le préparer à sa future indépendance financière. « Souvent accordé à partir de l’entrée au collège, cet argent permet de s’exercer à gérer un budget », souligne Pascale Micoleau-Marcel, déléguée générale de l’institut français La Finance pour tous.

« L’ARGENT PEUT AUSSI SERVIR À APPRENDRE LA GÉNÉROSITÉ »

« On n’apprend jamais aussi bien que par ses erreurs. Le laisser se tromper en achetant des chaussures trop chères et regretter ensuite cet achat est important », estime Nicole Prieur. Attention, toutefois, à laisser l’argent de poche à sa juste place, insiste le quotidien. « Il faut faire la différence entre les dépenses de base, qui reviennent aux parents, et les petits plaisirs, qui relèvent de l’argent de poche, afin d’éviter d’encombrer l’enfant. Il a bien d’autres choses à apprendre entre six ans et 15 ans. L’important est qu’il acquière les bases », recommande Patrick Avrane. « L’argent de poche prépare l’indépendance psychique autant que financière. Il est ressenti comme un marqueur de croissance, c’est structurant », ajoute Nicole Prieur. Or, relève-t-elle, passer ce cap n’est pas toujours facile pour les parents, car « accepter l’indépendance des enfants suppose qu’ils n’aient plus besoin que leurs enfants aient besoin d’eux ».

« Les parents doivent accepter de ne pas tout voir et tout savoir (…) Donner de l’argent de poche à cet âge (…) permet à l’adolescent de cultiver son jardin secret et d’affirmer son autonomie », juge pour sa part la psychologue Béatrice Copper-Royer. Une approche qu’approuve le sociologue Gilles Lazuech, auteur de L’Argent du quotidien (Presses universitaires de Rennes, 2012) : « L’argent de poche pose surtout la question du contrôle ou de la liberté laissée dans son utilisation. »  Contrôle plus facile à instaurer « quand l’argent de poche est géré de façon dématérialisée, par le biais d’un compte bancaire, que s’il est liquide », souligne Le Monde.

Enfin, outre le fait qu’il permet d’« entrer dans des sociabilisations adolescentes » (aller au cinéma, au café, faire du magasinage entre amis, par exemple), l’argent de poche peut aussi « servir à apprendre la générosité à sa progéniture », croit le journal, qui cite à cet effet les spécialistes américains des finances personnelles Dave Ramsey et Rachel Cruze, auteurs de Smart Money Smart Kids (The Lampo Group Incorporated, 2014, non traduit). « On peut parler d’argent sous l’angle de l’altruisme. L’argent peut permettre de s’aider soi-même, mais aussi la communauté et d’avoir un impact positif sur la planète », soutient un autre spécialiste interrogé par Le Monde. « Le don est une petite graine qu’on sème. Comme toutes les bonnes habitudes, mieux vaut les cultiver jeune », conclut Nolwenn Poupon, porte-parole de l’OSBL France Générosités.