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Les dernières communications de la Banque du Canada (BdC) font état de perspectives plus favorables pour l’économie du pays, mais la banque centrale pourrait sous-estimer les consommateurs canadiens, selon un nouveau rapport de la Banque Scotia.

Dans une publication analysant la décision de taux de mercredi, le rapport de politique monétaire et la conférence de presse, la Scotia a déclaré que la banque centrale avait fait un bon travail en signalant qu’elle avait probablement fourni une stimulation monétaire adéquate à ce stade et qu’elle serait finalement en mesure de réduire ce soutien.

« Je n’appellerais pas encore cela un discours conique, par opposition à un murmure à l’oreille du marché, mais l’intention était néanmoins assez claire », affirme Derek Holt, vice-président et responsable de l’économie des marchés de capitaux à la Banque Scotia, l’auteur du rapport.

Le signal d’un éventuel resserrement intervient alors que la BdC a revu à la hausse ses prévisions pour l’économie nationale et l’économie mondiale, et a réduit les perspectives de risque, en citant l’arrivée précoce des vaccins pour combattre la COVID-19.

Pourtant, même avec ces prévisions plus optimistes, la Banque Scotia estime que la banque centrale continue de sous-estimer les dépenses de consommation.

« Jusqu’à présent, elle n’a pas réussi à juger de la façon dont les ventes au détail et les marchés du logement réagiraient à un stimulus puissant », indique le rapport.

Pour l’instant, la banque centrale ne s’attend pas à ce que l’augmentation de l’épargne accumulée pendant la pandémie se traduise par des dépenses de consommation supplémentaires à l’avenir, note le rapport.

Toutefois, la BdC pourrait manquer le coche à plusieurs égards. D’une part, le rapport suggère que la banque centrale pourrait sous-estimer l’ampleur de l’épargne supplémentaire.

« Premièrement, ce ne sont pas seulement les ménages à revenus élevés qui ont épargné davantage », souligne Derek Holt, ajoutant que de nombreux ménages que la banque définit comme « à revenus élevés » ressemblent en fait davantage aux ménages de la classe moyenne, qui sont plus susceptibles de dépenser leur épargne supplémentaire.

Deuxièmement, alors que la banque centrale a indiqué que les dépenses de services auxquelles on a renoncé, comme les coupes de cheveux, ont disparu à jamais, la Scotia a déclaré que ces fonds peuvent être affectés à l’augmentation des dépenses de biens.

« [Les consommateurs] peuvent les dépenser pour acheter des biens plus importants à la place, selon le rapport. L’hypothèse de fonctionnement ici est de ne jamais sous-estimer la capacité des consommateurs à dépenser. »

Enfin, le rapport indique que la BdC pourrait surestimer la mesure dans laquelle l’épargne excédentaire sera affectée au remboursement de la dette, au lieu d’alimenter la consommation.

« Les actions sont bien plus éloquentes que les mots lorsqu’il s’agit d’évaluer le comportement des consommateurs et la Banque du Canada indique qu’elle n’a peut-être pas passé assez de temps à évaluer les actions à ce jour, car les ventes au détail ont atteint un niveau record pendant la pandémie et ont emporté avec elles les ventes à domicile », écrit Derek Holt.

Si les dépenses de consommation surprennent à la hausse, l’inflation pourrait augmenter plus tôt que prévu, ce qui entraînerait une hausse potentielle des taux d’intérêt plus tôt également.

« Pour le public que la rue sert, je continuerais à mettre l’accent sur le risque de hausse en 2022 tout en sortant du jeu [d’assouplissement quantitatif] vers la fin de cette année », ajoute Derek Holt.