Femme bras ouverts devant un coucher de soleil.
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Contrairement à une idée reçue, le fait d’avoir un gros salaire n’est pas forcément synonyme de bien-être financier, et ce, quel que soit l’âge ou la localisation géographique, selon une étude publiée lundi par l’Association canadienne de la paie (ACP).

Intitulé Le point sur la santé financière au Canada, ce document est le fruit d’une recherche de 11 ans menée conjointement par l’ACP et le laboratoire d’analyse de données financières Western-Laurier, en Ontario. Il révèle par exemple que 20 % des particuliers dont le revenu familial atteint 150 000 dollars ressentent malgré tout un stress financier, comparativement à environ 50 % des ménages qui gagnent moins de 50 000 dollars.

Et il montre aussi que l’opinion selon laquelle les Y seraient financièrement stressés en raison de la difficulté à se bâtir une carrière ne correspond pas à la réalité : la moitié des personnes angoissées sur ce plan ont en effet plus de 40 ans, tandis que 25 % ont franchi le cap de la cinquantaine.

Au-delà de l’âge et du revenu, les principaux facteurs de stress financier chez les travailleurs canadiens sont en réalité la capacité à gérer les difficultés financières passagères, comme le fait de devoir se passer d’une paie, ainsi que les habitudes d’épargne, souligne l’étude.

LES MÉNAGES SE DIVISENT EN TROIS GROUPES

Concrètement, le laboratoire Western-Laurier a établi l’absence de corrélation entre le salaire et le stress financier en étudiant 11 années de données provenant de sondages réalisés par l’ACP dans le cadre de la Semaine nationale de la paie, soit un total de plus de 35 000 réponses. Cette masse de données a ensuite été analysée au moyen de l’analyse de grappes, une méthode fondée sur des algorithmes : les répondants ont ainsi été regroupés en fonction de leurs similitudes entre eux et de leurs différences avec les autres segments.

Selon l’étude, les travailleurs canadiens se divisent en trois groupes : les gens stressés financièrement, ceux qui se débrouillent et ceux qui sont à l’aise. Chacun de ces groupes englobe environ un tiers des sondés. Dans l’ensemble, les gens à l’aise sur le plan de leurs finances peuvent se passer d’une paie, tendent à épargner davantage et accordent davantage d’importance à l’équilibre travail-vie personnelle qu’au salaire.

De leur côté, les travailleurs stressés financièrement combinent habituellement certaines caractéristiques. Ils éprouvent en particulier de la difficulté à composer avec des imprévus financiers; ont des capacités d’épargne modestes ou inexistantes; mettent l’accent sur le salaire plus que sur la qualité de vie; et ont des dépenses équivalant à leur revenu net ou le dépassant. En outre, ils doivent faire face à un taux d’endettement élevé, puisqu’il s’agit de la catégorie la plus susceptible d’avoir un prêt automobile ou étudiant à rembourser, ou encore un solde à payer sur une marge ou une carte de crédit. Dans l’ensemble, cette partie de la population voit également ses dettes croître d’une année à l’autre.

Quant aux travailleurs qui se débrouillent sur le plan financier, ils se situent « quelque part entre ces deux groupes opposés », note l’étude.

« UN PROBLÈME ENDÉMIQUE CHEZ LES TRAVAILLEURS CANADIENS »

« L’analyse de grappes est intéressante, car elle élimine les idées préconçues et les préjugés inconscients qui pourraient influer sur les résultats. Elle se fonde uniquement sur la similitude entre les réponses fournies par les participants du sondage. La longévité du sondage de l’ACP, la constance de ses questions d’une année à l’autre et le nombre de répondants rendent les données idéales pour réaliser un tel exercice », explique Adam Metzler, professeur agrégé de mathématiques à l’Université Wilfrid-Laurier et coauteur de l’étude.

« Les employeurs doivent prendre note de ces constats, car on sait que la perte de productivité liée au stress financier engendre, pour l’économie canadienne, un manque à gagner frôlant les 16 milliards de dollars chaque année. Ils ne peuvent plus tenir pour acquis que le bien-être financier dépend uniquement du salaire et de prédispositions générationnelles, et ils doivent donc agir », insiste pour sa part le président de l’ACP, Peter Tzanetakis.

Conclusion de l’étude : « Un tiers des répondants sont dans une mauvaise situation financière, ce qui nous permet d’affirmer que le stress financier est un problème endémique chez les travailleurs canadiens depuis de nombreuses années. »

L’étude en bref

Être en « bonne santé financière » ne peut s’expliquer par de simples indicateurs démographiques. En effet, cela est entièrement indépendant du lieu de résidence et du sexe du répondant, et faiblement lié à l’âge. Dans l’ensemble, les plus jeunes semblent légèrement plus susceptibles d’être stressés financièrement, mais la moitié des personnes risquant de l’être ont plus de 40 ans, tandis qu’un quart ont plus de 50 ans.

Avoir un faible revenu familial augmente néanmoins le risque d’être dans une mauvaise situation financière : environ la moitié des personnes dont le revenu familial est inférieur à 50 000 dollars sont considérées comme étant stressées financièrement, tandis que le cinquième sont considérées comme étant à l’aise.

Enfin, les particuliers dont le revenu familial est élevé ne sont pas à l’abri de ce phénomène. En effet, même si la moitié des répondants ayant un revenu familial supérieur à 150 000 dollars sont considérés comme étant à l’aise, un cinquième d’entre eux vivent une mauvaise situation financière.