Donald Trump.
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En laissant son taux directeur inchangé à 1,75 % mercredi dernier, la Banque du Canada (BdC) a semblé faire bande à part. En effet, il y a depuis plusieurs mois un mouvement mondial d’assouplissement des politiques monétaires. 

La réalité pourrait être tout autre, raconte Éric Desrosiers, dans Le Devoir. Le quotidien montréalais rapporte les propos du gouverneur de la BdC, Stephen Poloz, selon qui le Canada a simplement été l’un des premiers pays au monde à vivre une incertitude économique liée aux politiques commerciales de Donald Trump.

« Cette incertitude pèse sur l’investissement au Canada depuis trois ans, a-t-il rappelé. Ces importants vents contraires ont empêché les taux d’intérêt canadiens d’augmenter autant que les taux américains en 2017-2018. » Cette réalité rejoindrait maintenant plusieurs autres pays, qui commencent à baisser des taux qui avaient davantage remonté que le taux canadien. 

STABILITÉ ÉCONOMIQUE

La relative vigueur de l’économie canadienne explique la décision de la BdC de ne pas abaisser immédiatement sont taux directeur. Dans la plus récente édition de son Rapport sur la politique monétaire, l’institution a revu à la hausse ses prévisions de croissance par rapport à celles du mois de juillet. Elle prédit maintenant une croissance de 1,5 %, plutôt que 1,3 %. Toutefois, elle devrait croître plus lentement que prévu en 2020 (1,7 % plutôt que 1,9 %) et l’année suivante (1,8 % plutôt que 2 %). Par ailleurs, l’inflation reste dans la cible de 2 % de la Banque. 

La BdC évalue à 2 % du PIB le coût économique que les tensions commerciales infligeront à notre économie dans les prochains mois. Stephen Poloz a par ailleurs évoqué le rôle du gouvernement fédéral pour stimuler la croissance en affirmant que la BdC serait attentive « à tout changement de la politique budgétaire fédérale maintenant que l’élection est derrière nous ». 

LE TAUX BAISSE AU SUD DE LA FRONTIÈRE

La Réserve fédérale américaine (Fed), qui faisait aussi le point sur sa politique monétaire, a pour sa part baissé ses taux d’un quart de point pour la troisième fois de suite. L’économie américaine reste résiliente, mais doit elle aussi absorber les effets du ralentissement mondial et l’incertitude générée par les tensions commerciales. La Fed pourrait maintenant ralentir la cadence de la réduction de ses taux, à moins que la santé de l’économie américaine ne se dégrade rapidement.

Après avoir connu une croissance de 3,1 % de janvier à mars, les États-Unis ont vu celle-ci descendre sous la barre des 2 % pendant les deux trimestres suivants. La croissance estimée à 1,9 % pour le troisième trimestre n’est pas extraordinaire, mais c’est tout de même 30 points de base de plus que les prévisions, rappelle pour sa part Joe Chidley dans le Financial Post. Le taux de chômage reste à son plus bas niveau depuis cinquante ans et les dépenses des ménages sont vigoureuses. Pourtant, le taux directeur a été abaissé de 75 points de base depuis juin. 

GARDER DE LA POUDRE À CANON

Une situation remarquable, souligne Joe Chidley, qui constitue en fait une reconnaissance que la Fed est allée trop vite dans la remontée de ses taux entre 2015 et 2018. Mais que fera-t-elle maintenant qu’elle s’est réajustée?

Le chroniqueur croit que la réponse se trouve dans un changement du libellé d’une toute petite phrase dans la déclaration du Federal Open Market Committee (FOMC) de la Fed. En septembre, le FOMC disait qu’il « surveillerait et agirait ». Voici qu’il dit plutôt qu’il « surveillera et évaluera ». Cela laisse entendre qu’il sera plus passif dans son approche et qu’il fera peut-être une pause dans ses réductions de taux. À la suite de la déclaration, les prévision de nouvelles réductions en décembre se sont effondrées sur les marchés.

Certes, une récession finira bien par arriver aux États-Unis, mais si l’on se fie aux expériences du Japon et de l’Europe, réduire les taux pourrait ne pas suffire à la relancer, surtout s’ils sont déjà très bas. En arrêtant de réduire ses taux, la Fed se garde un peu de poudre à canon en réserve pour réagir si l’économie américaine devient poussive. 

Peu de chances toutefois de la voir remonter ses taux de sitôt, à moins que l’inflation ne s’envole. Ils pourraient donc rester un certain temps à son niveau actuel. Ce qui n’empêchera personne de s’amuser à prédire une hausse ou une baisse prochaine.