Piles de pièces d'or éclairées par un rayon de lumière.
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Les ménages canadiens ont laissé passer des milliards de dollars d’économies potentielles en recourant relativement peu aux programmes d’allègement de la dette offerts par les banques et autres institutions financières en réponse aux perturbations causées par la COVID-19, indique une nouvelle étude.

Dans un document de travail publié par la Banque du Canada (BdC) (les documents de travail ne reflètent pas le point de vue de la banque centrale), les chercheurs ont examiné l’utilisation des programmes d’allègement de la dette offerts, et ont estimé que ceux-ci auraient pu faire économiser aux ménages plus de 4 milliards de dollars (G$) au total.

En raison de la faible participation à ces programmes, les économies réelles des ménages n’ont atteint qu’environ 11 % de leur potentiel, indique le document.

« Pour le seul programme de cartes de crédit, plus d’un milliard de dollars ont été laissés sur la table », selon le document. Cela représente des économies potentielles pour les 34 % de titulaires de cartes qui ont des soldes mensuels, dans la mesure où ils auraient pu bénéficier de taux d’intérêt réduits sur ces soldes.

Les chercheurs ont également estimé que le report des paiements hypothécaires à faible taux d’intérêt et l’utilisation du sursis pour rembourser les dettes de cartes de crédit à taux d’intérêt élevé auraient permis aux ménages d’économiser 3,35 G$ supplémentaires.

« Ensemble, les économies potentielles ont été considérables, mais les faibles taux d’utilisation suggèrent que les Canadiens n’ont pas profité pleinement des programmes de report et ont laissé beaucoup d’argent sur la table », poursuit le document.

En effet, les chercheurs ont constaté que 24 % d’entre eux ont profité de l’allègement hypothécaire, et que seulement 7 % ont opté pour les offres d’allègement des cartes de crédit.

Les chercheurs ont attribué le taux d’utilisation relativement faible de ces programmes au fait que les gens n’en connaissaient pas l’existence ou ne se donnaient pas la peine d’y appliquer.

En particulier, les chercheurs ont noté que les détails sur les programmes de report de carte de crédit étaient « initialement difficiles à trouver ». Près de 80 % des personnes n’étaient ainsi peut-être même pas au courant des possibilités de report de paiements liées aux cartes de crédit.

« Le programme de report de remboursement des prêts hypothécaires a fait l’objet d’une promotion plus large, mais son existence même n’était peut-être pas connue de tous », ajoute le document.

En plus de ce manque de sensibilisation, les chercheurs ont constaté que la difficulté perçue à s’inscrire aux programmes peut avoir découragé la participation.

« Avec des temps d’attente signalés de plusieurs heures au moment du lancement des programmes de report, de nombreuses personnes pourraient avoir renoncé à s’inscrire », indiquent les chercheurs de la BdC. Ils notent que des recherches antérieures sur les finances des ménages ont montré que les coûts associés à ce qui est perçu comme des tracas administratifs incitent souvent certaines personnes à renoncer à des économies potentielles.

Un autre facteur dissuasif pourrait résider dans la crainte que la demande d’un report puisse avoir un impact sur la solvabilité future, avancent les experts.

« Nos résultats suggèrent que l’efficacité des programmes de report de dettes dépend de la mesure dans laquelle les gens les connaissent et de leur facilité d’utilisation », concluent-ils.

« Une façon d’assurer une plus grande sensibilisation serait une plus grande publicité de la part des agences de protection des consommateurs, similaire à l’augmentation de la publicité des agences d’assurance-dépôts pendant la crise financière et la pandémie. »

Rendre les programmes plus faciles à rejoindre augmenterait probablement aussi le nombre d’inscriptions. Pour répondre aux besoins d’un plus grand nombre de candidats, « on pourrait faciliter les demandes en ligne à l’aide d’incitations comportementales classiques ou faire de l’option de participation, l’option par défaut », proposent les experts de la BdC.