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Photo : trendobjects / 123RF

Depuis que Chrystia Freeland a présenté son dernier budget en avril 2022, la situation a bien changé. À l’époque, la Banque du Canada (BdC) venait d’amorcer ses hausses de taux d’intérêt et depuis, le taux directeur a grimpé à 3,75 %.

Si les économistes admettent que la mission de la BdC est de juguler l’inflation, plusieurs craignent que sa politique actuelle ne soit trop agressive et déclenche une récession qui pourrait endommager davantage les finances publiques.

« Je pense que (l’augmentation des coûts de la dette et les risques de récession) vont vraiment de pair, pour être honnête, affirme ainsi Randall Bartlett, directeur principal de l’économie canadienne du Mouvement Desjardins, dans une note récente, reprise par Financial Post. C’est vraiment juste une fonction d’un ralentissement économique – la croissance des revenus ralentit, la croissance des dépenses augmente en conséquence. Ensuite, vous ajoutez les effets progressifs d’une inflation plus élevée qui alimente des dépenses plus importantes, ainsi que des taux d’intérêt plus élevés qui conduisent au ralentissement économique. C’est donc un peu la tempête parfaite pour une prévision budgétaire plus faible. »

Lui-même estime que les coûts d’emprunt du gouvernement du Canada sont appelés à augmenter fortement avec la série de hausses de taux jugées « démesurées » de la banque centrale. Il note toutefois que ces derniers resteront bas par rapport à ce que l’on a déjà vu dans l’histoire.

Cependant, il indique que les obligations gouvernementales canadiennes ont tendance à avoir des durées plus courtes que celles des autres économies avancées, ce qui pourrait faire en sorte que le pays ressente avant les autres l’impact de la hausse des taux d’intérêt.

« Par conséquent, nous sommes d’avis que le gouvernement fédéral verra les frais de la dette publique augmenter plus rapidement que prévu par le (directeur parlementaire du budget), car le taux d’intérêt effectif sur la dette fédérale augmente », précise-t-il.

Depuis quelques années, le gouvernement s’est vu dans l’obligation de contracter de grosses dettes. Ainsi, la hausse des coûts d’emprunts a beaucoup augmenté. Les récents frais mensuels de la dette de 3,6 milliards de dollars (G$) ne sont ainsi pas loin des sommets de l’époque, prévient-il.

Derek Holt, chef de l’économie des marchés financiers à la Banque Scotia, le rejoint sur ce point. Selon lui, la hausse des taux aura un impact important sur les finances du gouvernement fédéral et pourrait bouleverser les projections du gouvernement en matière de frais d’intérêt. Le gouvernement fédéral a ainsi calculé que les frais de la dette publique, qui s’élevaient à 25 G$ pour l’exercice 2021-2022, augmenteraient selon une trajectoire linéaire ascendante pour atteindre 43 G$ de dollars au cours de la cinquième année de leur projection. Mais selon lui, ces prévisions devraient être révisées à la hausse.

« Maintenant, cependant, je pense que nous devons retourner à la planche à dessin parce que les hypothèses même sur lesquelles cette augmentation des frais de la dette publique est basée semblent assez optimistes maintenant », affirme ainsi Derek Holt.

Les économistes craignent également que le gouvernement ne souffre des mesures qu’il prend pour apaiser le Nouveau Parti démocratique en promettant un projet de soins dentaires.

« Soit vous vous heurtez aux pactes entre les libéraux et les néo-démocrates si vous reculez sur certains montants de dépenses budgétaires, soit vous aurez les marchés sur le dos si vous signalez que vous reculez sur ces ancrages fiscaux étant donné les sensibilités actuelles », estime Derek Holt.