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Alors que la promesse électorale de Justin Trudeau de légaliser le cannabis se concrétise cette semaine, la création de ce nouveau marché a généré « une forme de frénésie et d’excitation », voire d’« euphorie », en même temps qu’« un fort mouvement de capitaux », rapporte Radio-Canada.

Dans sa plus récente chronique, le journaliste Gérald Fillion note que, selon Statistique Canada, le pays compte environ 4,9 millions d’adeptes du pot de tous âges, ce qui représente un marché d’environ six milliards de dollars, soit un montant de 1 200 dollars par consommateur.

De son côté, le service de prospective économique de la CIBC anticipe des ventes de 6,5 milliards dès cette année, ce qui permettrait à Ottawa de percevoir quelque 424 millions de revenus additionnels grâce aux taxes imposées sur la vente du cannabis. Quant aux provinces, elles toucheraient plus de 1,2 milliard supplémentaire par le biais de la taxe d’accise sur cette substance. Or, rappelle Gérald Fillion, lorsque l’entente sur le partage des revenus entre le gouvernement fédéral et les provinces a été conclue voilà à peine un an, les prévisions fiscales pour 2018 avoisinaient 100 millions de dollars pour le premier et 300 millions pour les secondes.

SPECTACULAIRE ENVOLÉE EN BOURSE

Selon Statistique Canada, les consommateurs ont payé en moyenne 6,83 $ le gramme de pot au pays en 2017, mais 7,20 $ au cours des derniers mois. Si l’on en croit le PDG de la Société québécoise du cannabis, Alain Brunet, le prix du gramme au Québec pourrait tourner autour de 6 $, pour un achat maximal de 30 grammes. Toujours d’après l’agence fédérale de statistiques, 18 % des achats sont effectués par des adolescents de 15 à 17 ans et 33 % par de jeunes adultes de 18 à 24 ans.

Dans sa chronique, Gérald Fillion souligne également que la valeur en Bourse des quatre principaux producteurs de marijuana au pays (Canopy Growth, Aurora Cannabis, Tilray et Aphria) est supérieure à 45 milliards de dollars. « Leur envolée boursière est spectaculaire, les investisseurs spéculant sans ambages sur le potentiel de croissance de ces entreprises, au cœur de nombreuses transactions, acquisitions et partenariats de toutes sortes dès les premières années de la légalisation », relève le journaliste.

Ainsi, l’action de Canopy Growth a crû de 416 % en l’espace d’un an (pour une capitalisation boursière de 14,8 milliards), tandis que celle de Tilray a bondi de 515 % (12,8 milliards). De même, l’action d’Aurora Cannabis a progressé de 340 % (12,8 milliards), alors que celle d’Aphria a gagné 171 % (5,1 milliards). Basée à Gatineau, la société québécoise Hexo a vu pour sa part son action grimper de 480 % en 12 mois, pour une capitalisation boursière de 1,7 milliard.

UNE DEMANDE SUPÉRIEURE À L’OFFRE

Gérald Fillion rappelle par ailleurs que si la production de pot pourrait atteindre entre 210 et 300 tonnes par an au pays, la demande semble plus élevée puisque, d’après l’Institut C.D. Howe, elle serait aujourd’hui de 611 tonnes annuellement, voire de 733 selon Statistique Canada, et même de 800 selon la CIBC.

Conclusion du chroniqueur : « Si l’offre n’est pas assez élevée, cela devrait permettre au marché noir de continuer à prospérer. À court et à moyen terme, du moins. »

Les personnes liées au cannabis interdites de séjour aux États-Unis?

Les Canadiens qui « ont des liens avec l’industrie du cannabis au pays » risquent-ils d’être bannis à vie des États-Unis, se demandait récemment Radio-Canada. Le mois dernier, un dirigeant des services douaniers américains a en effet déclaré que les personnes qui investissent ou qui travaillent au pays pour le compte de compagnies actives dans le secteur pourraient être refoulées à la frontière, et ce, même après la légalisation de la marijuana par Ottawa.

« Nous ne les considérons pas comme étant des entreprises légales », a affirmé Todd Owen, du US Customs and Border Protection (Douanes et protection des frontières des États-Unis). Radio-Canada rappelle que « le cannabis est considéré comme une substance interdite au niveau fédéral américain, même si de nombreux États l’ont légalisé ».

Interrogée par la chaîne publique d’information, Me Annamaria Enenajor estime qu’il s’agit là d’« un risque calculé ». Également directrice de l’organisme canadien Campaign for Cannabis Amnesty (Campagne pour l’amnistie du cannabis), l’avocate précise que les Canadiens qui consomment du cannabis et ceux qui possèdent des intérêts dans cette industrie pourraient être considérés comme étant des « étrangers indésirables » en vertu du droit américain, et donc, à ce titre, être refoulés à la frontière, voire bannis à vie du territoire des États-Unis.